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Le secret de la Dame en bleu
DENIS BOUCHER
Roman, Montréal,
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005, 308
pages.
ISBN 2-89612-090-4
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Fantômes, superstitions, légendes,
hantises, ragots...
Des
ossements sont découverts à côté d'une maison hantée du petit village de
Berge-aux-Ronds, sur les bords du Grand Fleuve, entre l'Île des Morts debout et
la Pointe-aux-Forbans.
Fantômes, superstitions, légendes, hantises, ragots de toutes sortes sont le lot
du quotidien des Bergerons. Car c'est ainsi qu'on nomme les habitants de
ce coin de pays perdu.
Rapines, vols, menaces, enlèvement et séquestration, contrebande et
manigances sont le mode de vie de la bande à LaTerreur. Car c'est ainsi
qu'on surnomme le maître des lieux.
Extrait
Au sujet de
l'auteur
Bibliographie
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Extrait
Prélude
Si vous prenez le bateau-mouche pour
une excursion sur le Grand Fleuve, entre l’île des
Morts debout et l’île aux Vaches, juste après la
Baie des Tournedos, on aperçoit le village de
Berge-aux-Ronds.
Il y a un siècle à peine, des troupeaux de bovins
allaient paître là où on ne rencontre plus que sable
et galets. Sur cette berge, juste devant le village,
surgissent trois gros rochers ronds, grugés par
l’érosion. D’où le nom du dit village.
Peu de touristes visitaient jadis ce coin de pays
perdu. Seuls quelques artistes, amoureux de paysages
pittoresques, y faisaient escale pendant les beaux
jours de l’été. Aujourd’hui, des hôtels et des
auberges, des villas et des chalets, des restaurants
et des boutiques ont envahi le décor. Le
bateau-mouche y fait escale. Des milliers de
villégiateurs et de touristes prennent d’assaut ce
petit village paisible et ont complètement chambardé
la vie des Bergerons.
Car c’est ainsi qu’on nomme les habitants de ce
minuscule village de la côte nord du Grand Fleuve.
C’est là que s’est passé le drame que je vais vous
raconter.
* * *
Extrait du premier chapitre
Un peu à l’écart du port de pêche, si on peut
appeler ainsi un simple quai en béton où les barques
sont amarrées, se dresse une jolie maison que les
superstitieux Bergeron disaient hantée. Jadis, nul
n’aurait osé s’aventurer dans ses parages la nuit
et, même en plein jour, les femmes pressaient le pas
en longeant la haie de cèdres qui l’entourait.
Cette habitation n’a pourtant rien d’exceptionnel,
si ce n’est qu’elle est très ancienne et qu’elle a
des lucarnes, fait assez inusité dans cette région.
Construite au milieu du siècle dernier par un riche
industriel américain, elle servait de résidence
secondaire durant les beaux jours de l’été. À la
mort de son propriétaire, cette maison avait été
vendue puis restaurée. Elle est restée inhabitée
durant de longues années, compte tenu des ragots qui
en éloignaient les potentiels acquéreurs. Aucun
Bergeron ne l’avait habitée, ça c’est certain.
Un jour cependant, un jeune peintre français,
Gabriel Noiselet, captivé par la beauté du paysage,
l’avait achetée, pour une bouchée de pain,
disait-on, et s’y était installé. Seul et heureux de
l’être.
Mais sa quiétude avait été de courte durée, troublée
par des phénomènes qui laissaient perplexes. Des
bruits insolites se faisaient entendre la nuit, sans
qu’il pût en déterminer la cause.
Un soir, environ une semaine après son arrivée, vers
les onze heures, Gabriel Noiselet roupillait dans sa
chambre à l’étage supérieur. Soudain un bruit sourd
de fit entendre, comme une porte qu’on ferme. Puis
des coups sur le mur à gauche de son lit. Comme si
quelqu’un frappait avec son poing. Il s’était levé
et était sorti en trombe de sa chambre pour voir de
quoi il s’agissait. Absolument rien d’anormal dans
la maison.
Pendant la semaine suivante, à intervalles
réguliers, des bruits de porte qu’on ferme et de
coups sur les murs avaient retenti. Inquiet, il en
avait parlé aux voisins et aux villageois qui,
curieusement, avaient ri.
- Elle est hantée, cette maison, qu’on disait.
Il a donc consulté la police locale qui lui a
conseillé de voir un psychiatre.
Mais les bruits n’ont pas cessé pour autant. Il a
donc fait appel aux Mesures d’urgences. Des
inspecteurs, des géologues, des spécialistes
d’Environnement Canada et de Gaz Métropolitain sont
venus avec des appareils sophistiqués. Selon une
hypothèse émise par ces hommes de science, des
émanations de gaz provenant du sol asséché par la
canicule auraient été responsables de déplacements
d’air dans les murs. A l’aide de détecteurs
ultrasensibles, ils auraient réussi à déceler une
présence gazeuse dans la cave de la maison. Ils
n’avaient cependant pas pu l’identifier, n’ayant pas
en leur possession l’appareil permettant d’en
recueillir des échantillons. Ils étaient donc
revenus le lendemain, mais ce sont les gaz qui
n’étaient pas au rendez-vous.
- Une bonne pluie devrait corriger cette situation
désagréable, lui avait-on dit pour le rassurer.
La nouvelle s’était répandue comme une traînée de
poudre. Durant la semaine suivante, cette maison à
lucarnes de Berge-aux-Ronds avait attiré plus d’un
curieux. Parmi ces visiteurs non désirés, plusieurs
adeptes d’ésotérisme et de sciences occultes,
persuadés d’avoir affaire à une histoire de fantôme
ou de poltergeist, s’étaient pointés pour tenter de
communiquer avec cet esprit. Il y en a même un qui a
cogné du morse sur le mur pour établir un contact.
Un prêtre est venu avec de l’eau bénite. Rien n’y
fit.
Découragé, il avait alors fait appel à son ami
Georges Martimbault, un journaliste-enquêteur à la
retraite de Montréal. Fin limier, perspicace et
investigateur hors pair, il aurait tôt fait
d’élucider ce mystère. Il était arrivé à
Berge-aux-Ronds, auprès de son ami, en automobile de
location. En pleine saison touristique.
* * *
C’est ainsi que nous retrouvons, en ce calme soir
d’été, les deux amis causant dans une chambre de
l’étage que Noiselet avait transformée en atelier.
Les derniers feux du soleil couchant baignent d’un
reflet doré les toiles et les ébauches du jeune
peintre et enveloppent les deux hommes d’une
atmosphère de discrète intimité.
- Tu disais donc, murmure Georges en aspirant de sa
pipe de longues bouffées de fumée bleue, qu’une nuit
des bruits t’ont réveillé en sursaut.
Noiselet rêve, les yeux perdus dans le vague,
visiblement troublé et perturbé. Puis il continue
son récit interrompu :
- Exact. Je m’étais endormi d’un sommeil lourd après
une longue journée à peindre. Je ne sais pas
exactement l’heure qu’il était lorsque des
grognements furieux de mon chien m’ont réveillé
brusquement. La lune éclairait la chambre…
… Silence, César, que je lui dis. Il s’est tu et est
venu se coucher au pied de mon lit. Puis il a
recommencé à gronder sourdement. Je prêtai l’oreille
aux bruits du dehors. En plus de la plainte du vent,
j’ai cru entendre des chuchotements et des pas
étouffés. Je me suis levé à la hâte et j’ai ouvert
la fenêtre. Les alentours de la maison étaient
déserts. J’ai ensuite ouvert silencieusement la
porte de ma chambre. Des bruits divers, des
frôlements, des craquements de boiseries me sont
distinctement parvenus puis il me sembla qu’une
porte se refermait au rez-de-chaussée…
… Sans perdre de temps, j’ai allumé ma lampe et suis
descendu. Mais j’ai eu beau inspecter toutes les
pièces, fouiller les moindres recoins, rien
d’insolite n’a frappé ma vue. J’ai cru avoir été
l’objet de mon imagination surexcitée et j’ai pensé
qu’il s’agissait de quelques fêtards rôdant dans les
environs. Et la nuit s’est terminée sans autre
incident.
- Rien de bien paniquant jusqu’à maintenant,
remarque Martimbault.
- Attends, ce n’est pas tout. La nuit suivante, à la
même heure, mêmes gémissements de mon chien, mêmes
bruits étouffés…
- Mêmes hallucinations…
- Non. Comme la veille, je me suis levé et j’ai
distingué, très nettement, des ombres mouvantes, sur
le terrain juste à côté de la maison. J’ai ouvert la
fenêtre et j’ai vu des silhouettes humaines qui
semblaient creuser un trou.
- Qu’as-tu fait ?
- J’ai crié : heille, qu’est-ce que vous faites là ?
- Pis après ?
- Ils sont partis par derrière la maison.
- Et depuis ?
- Depuis ? Chaque nuit, je suis réveillé, à la même
heure, par les grognements de mon chien. Les mêmes
bruits se reproduisent mais les ombres ne se
montrent plus.
- Avoue, mon vieux, que ces êtres ne sont pas bien
dangereux. Dans quels buts ces personnages nocturnes
que tu as vus, ou cru voir, viendraient-ils hanter
ta maison ou troubler ton sommeil ?
- C’est justement ce qui m’inquiète. Sûrement pas le
vol, rien n’a disparu. D’ailleurs on ne vole pas un
artiste. Tout le monde sait que je suis pauvre comme
Job.
- À moins que ce soit des bandits, des malfaiteurs …
- … ou des fantômes. La rumeur veut que …
- Bin non, bin non. Il n’existe pas de fantômes. Ce
sont sûrement des contrebandiers ou …
- C’est peut-être le cas. Ici dans ce coin perdu,
loin des regards indiscrets… C’est bien possible.
Mais ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’ils laissent
des traces : chaque matin je trouve les alentours de
la maison lacérés, éraflés, chamboulés, comme si on
faisait des fouilles.
- C’est étrange en effet. Qui sait si tu ne dors pas
sur un trésor caché ?
- Peu probable !
- Cette maison a-t-elle été habitée longtemps par
des gens fortunés, avant que tu t’y installes ?
- Non. Elle est restée inoccupée pendant plus de
quinze ans, comme pourra le confirmer la brave
aubergiste où je vais souvent manger. Si on allait
souper à cette auberge ?
- Bonne idée. J’avoue que je ne serais pas fâché de
connaître la cuisine de ce coin perdu du monde,
d’autant plus que j’ai presque pas pu me restaurer
sur la route. J’ai très faim.
- Allons-y donc.
Au sujet de
l'auteur
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Je suis né à
Drummondville, ai fait des études classiques
à Nicolet et mon baccalauréat à l'Université
de Montréal. Nicole et moi, nous nous sommes
mariés le 4 juillet 1964, ça fait donc 40
ans et... Nous avons vécu à Montréal, la
grande ville, jusqu'en 1980. Nos trois
enfants sont nés à Montréal. J'y ai été
professeur durant 18 ans, dans des écoles
publiques de niveau primaire. J'ai quitté
l'enseignement en 1980, J'ai décroché du
système.
Aujourd'hui, quand on me parle des jeunes
décrocheurs, je les comprends. Je sais ce
que c'est, décrocher. Si j'étais demeuré
dans l'enseignement, je profiterais
aujourd'hui d'une bonne retraite, me dit-on
souvent. Non, je serais mort. J'ai préféré
risquer le tout pour le tout et rester
vivant.
Et nous avons quitté la grande ville avec
armes et bagages. Je suis venu vivre dans ma
ville natale, où j'ai acheté le |
commerce de mon père, avec un de mes
frères qui y travaillait déjà depuis de nombreuses
années. J'ai eu ce commerce, 5 ans. Faut croire que
je n'avais pas la bosse des affaires. J'ai vendu ma
part à mon frère.
Maintenant je travaille toute la semaine de 8 à 5
dans une usine où nous fabriquons des outils et des
pièces de haute précision pour le domaine de
l'aéronautique. Je suis homme à tout faire et
responsable des réceptions et expéditions depuis 15
ans. C'est un travail parfois éreintant mais très
varié. Je n'ai pas le temps de perdre du temps là.
Les jeunes me regardent aller et je peux dire que je
suis plus endurant que n'importe lequel d'entre eux.
Pour mon âge, je suis passablement en forme.
Bibliographie
Le
matin se lève au bout de chaque nuit
DENIS BOUCHER
Témoignage, Montréal,
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005, 226 pages.
ISBN 2-89612-089-0
Le
secret de la Dame en bleu
DENIS BOUCHER
Roman, Montréal,
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005, 308 pages.
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