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Pages personnelles de l'auteur Erdé Lutin   1   2   3

La saga des Asting

Tome 2 - L'esclavage familiale, roman, 594 pages.

 

 

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Histoire romancée en trois tomes de la famille ASTING s'échelonnant du début du siècle à la fin de mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept au Saguenay-Lac-St-Jean (Québec).

 

Le deuxième tome, L’ESCLAVAGE FAMILIAL, nous entraîne avec Néré et Lore dans les bonheurs et les malheurs d’une vie familiale bien remplie.

 

 

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Intégral du chapitre 1

Les préparatifs

            - En tout cas, Néré, je ne pensais pas que cela t’arriverait... d’un coup sec comme cela. Qu’est-ce qui t’a pris de dire "oui"?

            - Ah! Ah! Édouard, tu t’inquiètes pour moi... Toi t’es un chum! C’est ma mère qui va être contente là-haut! Son grand Néré, "le grand slack", comme disait Papa, se marie. Je n’en suis pas encore revenu de cette idée. Cela a été spontané. Alors, comme ça, je me décide, c’est cette fois ou jamais. Tu sais, je vais avoir trente et un ans le vingt-cinq janvier prochain.

            - Tu es chanceux, Néré. J’ai eu ma fête il y a deux ans, en mille neuf cent quarante, le vingt-neuf février. J’ai ma fête seulement à tous les quatre ans. À ma prochaine fête, dans deux ans, j’aurai trente-six ans. Je gage que tu voulais que je te monte au chantier pour ne pas être seul avec ta décision?

            - Bien, je...

            - Pire que cela? Faire le voyage, aller et retour, pour ne pas changer d’idée?

            - Bien, Édouard, je ne peux pas changer d’idée... Y paraît que j’ai fait un petit. Alors, qu’est-ce que tu fais du sentiment paternel?

            - Sentiment paternel mon oeil, Néré! T’en as peut‑être laissé une dizaine derrière toi, des petits. Dis-moi la vérité.

            - Je ne crois pas, Édouard. Mais elle, c’est la femme avec qui je me sens bien, c’est-à-dire le mieux. Avec elle, je reste naturel, sans effort. Même si je ne performe pas à toutes les nuits, quand je suis dans le lit avec elle, elle ne me pointe pas. Si j’ai envie d’une petite vite, elle ne parle pas...

            - Elle n’a pas l’air d’une conasse, pourtant?

            - Crisse, ce n’est pas cela que j’ai dit, Édouard. J’essaie seulement de te faire comprendre que Lore a beaucoup de compréhension face à mon comportement.

            - Ok! Néré, ne t’emballe pas, ne monte pas sur tes grands chevaux. Je t’agace, un peu.

            Édouard a raison. Je lui ai demandé de m’accompagner pour me sécuriser dans ma décision. Je suis possiblement le père de l’enfant que Lore m’a dit porter. Je ne dois pas commencer à douter d’elle. Son état physique n’a pas changé, elle est toujours élancée, ça ne paraît pas du tout. Elle a des nausées... Je me souviens que Maman en avait mais elle était tellement discrète qu’il fallait lui demander: "Qu’est-ce que tu as Maman?" "Je pense que je suis enceinte." "Comme d’habitude", répondait l’un d’entre nous, et tout le monde riait. Ce n’était pas plus grave que cela pour Maman. Lore va-t-elle lui ressembler?

            Édouard est allergique au mariage et aux femmes. Il n’a pas, à ce qu’il semble, des besoins comme les miens à satisfaire... Je ne sais pas pourquoi, mais pour lui, une femme cinq à six fois par année, c’est assez, et encore, il fait un spécial... Je sais qu’il n’est pas gai... Bégin s’est essayé de le crouser et le seul plaisir qu’il en a retiré, cher Bégin, c’est un oeil au beurre noir. Pour moi, Édouard est un ami sur qui je peux compter en tout temps. Je lui ai dit: "Tu sais, mon mariage ne changera rien entre nous." "Ben, non, Néré, on va continuer à prendre des brosses ensemble." Ce n’est pas ce que je voulais dire, mais on a bien ri tous les deux.

            - Néré, tu es sûr que les Sarcelles vont te donner deux semaines de congé?

            - Oui, ne t’inquiète pas, Édouard, nous faisons le voyage aller et retour au camp. Tu seras revenu au moulin à minuit pour ton shift. Le pire, c’est que tu n’auras pas dormi.

            - Je n’aurai peut-être pas dormi mais au moins je serai à jeun... Tu parles, oublier de prendre de la bière pour faire ce voyage! On n’est vraiment pas normal ni l’un ni l’autre. Ah! Ah!

            Édouard aime m’étriver et il ne me manque pas mais quand j’en ai l’occasion, je lui rends ses taquineries. Qu’il traite Lore de conasse... ça me fait quelque chose... surtout à mon orgueil. Ça n’a pas l’habitude de me déranger, ces remarques. Combien de fois n’a-t-il pas dit: "C'est une retardée, une idiote, la fille qui était avec toi hier." Cela nous faisait rire, même que souvent, j’en rajoutais: "Ouais! Ça prend toute une niaiseuse pour passer trois jours avec moi gratuitement!" Des fois, on en mettait un peu trop.

            - Bien, on est d’accord, deux semaines de congé... pour te marier. Nous espérons que tu n’en demanderas pas deux autres après les fêtes pour la même raison.

            - Je vous jure que non, Monsieur Sarcelles. Je n’ai pas abusé, c’est la première fois en trente ans.

            - Qu’as-tu l’intention de faire après ton mariage, cet hiver, je veux dire où allez-vous habiter? Qu’est-ce que tu dirais si on aménageait le petit camp du colleur pour toi et ta dulcinée? Tu libérerais ta chambre pour lui. Il ne vient au camp qu’une semaine par mois de toute façon.

            - Oh! Oh! Ça, c’est une bonne idée... Je ne le dirai même pas à ma future, je vais lui faire une surprise.

            - Je ne suis pas sûr que c’est une bonne idée de lui faire ce genre de surprise, Néré.

            - Je la connais, ma Lore, Édouard. Je vous remercie, Monsieur Sarcelles. Nous serons ici le quinze novembre, soit le lendemain de notre mariage.

            Le logement, c’est réglé pour l’hiver. Je n’avais pas pensé à cette possibilité de loger au camp. Se marier rapidement comme cela, il y aura plusieurs choses auxquelles je n’ai pas pensé... Édouard ne peut pas m’aider, il ne s’est jamais marié. Ah! Mon frère Edmond, je vais lui téléphoner. Il peut me donner des conseils. Oui, je vais téléphoner à tout le monde et demander à Lore qu’elle téléphone aussi pour faire ses invitations. Il me faut une liste de choses à faire et une liste d’invités.

            À Roberval, Justin, Édith, Diane et leurs maris. À Chicoutimi, Alice, sa fille Catherine et les jumeaux, s’ils sont là, et à St-Augustin, Edmond, son épouse, la veuve de Camil et ses enfants, Pit et la belle Rachel, oncle William et tante Grâce, les cousins et cousines. J’en oublie, je vais me faire une liste écrite.

            - Néré, tu es dans les nuages. Tu n’as pas dit un mot durant tout notre voyage de retour.

            - Excuse-moi, j’étais en plein préparatifs... je listais mes invités.

            - Sois sûr de ne pas oublier personne, tu ne te maries qu’une fois... normalement. Ah! Ah!

            - T’as bien fait de m’en parler... je t’avais oublié. Ah! Ah!

            - Pas d’invitation, pas de cadeau. Il est cinq heures et nous sommes déjà arrivés. Tu vois, cela a bien été. Je vais pouvoir dormir jusqu’à onze heures et je serai en forme cette nuit pour mon travail. Le foreman va être surpris. Ah! Ah!

            - Combien je te dois, Édouard?

            - Donne-moi un deux pour le gaz.

            - Tiens, un cinq. Tu pourras me faire un plus beau cadeau! Ah! Ah!

            - Regarde qui t’attend. Salut Lore.

            - Tu viens souper avec nous? Maman Éva t’invite.

            - Non, j’aime mieux être sage et aller me coucher. Si je soupe, je ne partirai plus. Merci. Salut, Néré, Lore.

            - Salut et merci. Tu m’as sauvé la vie, mon ami Édouard.

            - Et puis? Hum! Hum! Donne-moi un petit bec. J’ai hâte de savoir les résultats de ton voyage.

            - Je ne serais pas revenu si je n’avais pas réussi.

            - Oh! Que je suis contente!

            - Ce soir, nous écrivons notre liste d’invités. J’ai les miens en mémoire, je vais les écrire. Toi, tu listes les tiens.

            - Bien, on peut faire cela tout de suite, nous ne soupons pas avant six heures... Maman Éva vient de mettre les grands-pères à cuire. Ils ne seront pas prêts avant six heures.

            - Ça va, Néré?

            - Oui, tante Éva.

            - Tu n’es pas allé voir le Curé Boily pour publier les bans?

            - Non, j’irai le voir demain.

            - J’irai avec toi, Néré.

- Je crois pouvoir faire cela au moins.

- Tu ne connais pas le Curé Boily. Vous ne serez pas trop de deux, crois-moi. De toute façon, vous devez y aller tous les deux. Vous avez vos baptistères?

            - J’ai le mien, Maman Éva. Je l’ai avec moi depuis ma naissance.

            - Le mien est à St-Augustin... ou à Péribonka... Bon, je téléphone à oncle William pour m’informer. C’est mon parrain, il doit savoir où j’ai été baptisé.

            - Tiens, Néré, voici ma liste. Ici, à Mistassini, Maman Éva, Rose, Jos, Prud’homme et le vieux, tante Germaine et sa famille. À Jonquière, mon frère Jasmin, sa femme et mes amies Rosie et Camile... Tu vois, ça ne fait pas beaucoup de monde.

            - Ah! Tu n’oublies pas quelqu’un... qui aime beaucoup les noces?

            - Je ne vois pas, non.

            - Ah! Bon.

            - Ah! Ah! Je vois... Mimi. Tu y tiens tant que cela?

            - Non, non. C’est ta cousine et je pensais qu’elle était ton amie.

            - Bien oui, elle est aussi mon amie, je te fais une farce. Je lui ai déjà demandé, cet après-midi, d’être ma demoiselle d’honneur.

            - Ah! Oui? Ah! Bon!

            - Je ne suis pas jalouse, Néré, du moins pas avant le mariage. Mais après, si tu le permets, je vais te surveiller.

            Sur sa liste, il n’a pas beaucoup plus d’invités que moi... Une vingtaine de personnes de chaque côté... Néré va payer tous les frais... je n’ai pas d’argent. Maman Éva fournit sa maison pour la noce. Où va-t-on habiter après notre mariage? Tout a été si vite qu’on n’a pas eu le temps d’en parler. J’ai une idée mais ça me gêne un peu de lui en parler... Aller avec lui en forêt cet hiver.

            - Tu parles d’un Curé! Nous avons presque été obligés de nous mettre à genoux. Si tu n’étais pas enceinte, je pense que le mariage, on le laisserait tomber.

            - Bien, Néré, si tu ne veux pas, tu n’es pas obligé... je ne t’impose pas le mariage.

            - Bien non, Lore chérie, ce n’est pas cela que je veux dire. Je pense que j’habiterais avec toi sans être marié.

            - Ouais! Vous vous feriez nommer en chaire comme ce couple de Trois-Rivières, le printemps passé. Voyons, Néré, ce n’est pas une petite chicane avec le Curé Boily qui va te décourager.

            - Oh! Non, tante Éva! Mais il ne m’aura pas souvent comme client, lui... J’ai été obligé de lui faire un cadeau. "Des mariages en novembre, le mois des morts, ça ne se fait pas, encore moins à deux semaines d’avis. Le minimum, c’est trois mois." On lui a dit que Lore était enceinte. "En état de péché, j’espère vous confesser avant le mariage." Tante Éva, je ne savais plus comment faire avec lui et Lore a eu l’idée de lui donner trente dollars pour les oeuvres de la paroisse. Quand il a eu l’argent en main, cela a été plus facile. Serait-il à l’argent, ce gars-là? Qu’est‑ce qu’il est arrivé au couple de Trois-Rivières?

            - Un dimanche, trois personnes sont assises sur un banc, en plein centre de l’église, une très jolie femme avec un grand chapeau fleuri et la robe à l’avenant et deux hommes qui l’accompagnent. Ils habitent la première maison, de l’autre côté de la cordonnerie, depuis un mois. Le sermon porte sur l’adultère. "Biens chers frères, je ne nomme personne mais nous avons des étrangers par qui le scandale arrive, qui cohabitent à trois dans la même maison." La femme qui était pointée du doigt s’est levée, les deux hommes aussi et ils sont sortis de l’église en plein sermon.

            - Ah! Oui? Ils devaient être gênés?

            - Pas du tout. Ils sont déménagés à Dolbeau le mois suivant. Eux, ils avaient été transférés au moulin de Dolbeau. C’était un ingénieur avec son épouse et le frère de celle-ci. Néré, n’oublie pas qu’il y a un prochain rendez‑vous au printemps pour un baptême.

            - Ah! Ah! Oui, crisse, j’y pensais pas.

            Il me semble que nous ne serons pas prêts. Il ne reste que trois jours avant le quatorze novembre. Néré a pris des arrangements avec tante Germaine pour le dîner de noces. "Pour le souper, on mangera ce qui va rester." Pour Néré, tout semble facile. Il a de l’argent, lui. La semaine dernière, il a téléphoné à un de ses frères, à Roberval. "Justin, je me marie... Oui, j’ai besoin d’argent, peux-tu me transférer cent cinquante dollars dans mon compte à la banque nationale, à Dolbeau... mon numéro de compte est le 282703... Merci." C’est un homme d’affaires, Néré!

            - Que va-t-on faire chez Quatre Saisons?

            - Viens... C’est une surprise... Entre.

            - Bonjour, Monsieur, Madame, que puis-je pour vous?

            - Bonjour, nous voudrions voir vos robes de mariées.

            - Voyons, Néré... T’es fou? Ça n’a pas de bon sens... Je me suis arrangée avec la soeur de Mimi. Elle est mariée depuis quatre ans et attend son quatrième dans un mois, c’est pour cela qu’elle ne peut venir à nos noces... Elle habite à St-Félicien depuis l’été passé.

            - Ah! Oui? Tu as l’intention de te marier combien de fois?

            - Une seule fois, pourquoi?

            - Alors, tu vas te marier dans ta robe... regarde, il y en a cinq modèles. Choisis.

            Il n’a pas voulu que je dépense les économies que j’avais. "Tu achèteras des choses pour le bébé, moi, je m’occupe de la noce." Je suis contente, je n’ai pas de décision à prendre. Je n’aime pas cela de toute façon. Quand je suis arrivée chez Maman Éva, il y a quatre ans, elle m’a dit: "Tiens, Lore, tu t’es commencé un trousseau?" C’était des choses que Madame Gingras m’avait données à mon départ de Jonquière. Elle m’y a fait penser et depuis ce temps, j’accumule draps, serviettes et j’ai effectivement un beau trousseau... J’ai au moins cela à fournir.

            - Maman Éva, où va-t-on coucher toute la visite?

            - Bien, Lore, il n’y en aura pas tellement à coucher. Les invités de St-Augustin s’en retournent, ceux de Roberval aussi. Les uns ne peuvent laisser leur ferme et Justin, le frère de Néré, ne peut pas laisser son hôtel trop longtemps. Tous ceux qui habitent près s’en retournent chez eux. Il n’y aura que la soeur de Néré et sa fille, de Chicoutimi, ton frère de Jonquière et sa femme Simone peut-être, ainsi que tes amies Camile et Rosie. Ne t’inquiète pas, je me suis occupée de cela, entre autres.


La noce

            Lore Rochon, désirez-vous prendre pour époux, Néré Asting, ici présent?

            Ou... oui, je le veux.

Néré Asting, désirez-vous prendre pour épouse, Lore Rochon, ici présente?

            Oui, je le veux.

            Je vous déclare mari et femme.

            Il a dit "oui", ça va être à mon tour maintenant... mais il me semble que j’ai déjà dit "oui". Bien oui, je l’ai dit avant lui. Que je suis énervée! Mes genoux tremblent. J’espère que ça ne paraît pas trop. Hein! Le photographe! C’est fini? Nous sommes à l’arrière de l’église. J’ai cru voir défiler les gens devant moi. Non, je me souviens que je marchais, fière... au bras de mon époux, Néré, dans l’allée centrale de l’église, vers la sortie... c’est là que la première photo a été prise. Nous sortons dehors... Tout le monde se place vite pour la photo de groupe.

            - On se dépêche, la mariée va refroidir... S’il vous plaît, gardez le sourire. C’est terminé. Les mariés, vous viendrez à mon studio à dix heures pour les autres photos... non, non, pas tout le monde, le marié et la mariée seulement. Le studio est voisin de la cordonnerie de Monsieur Edmond Simard.

            - Oh! Néré! C’est la plus belle noce de ma vie!

            - Ah! Ah! Tu es allée à beaucoup de mariages?

            - Non, c’est la première fois, mais c’est beau quand même.

            - Pour ça, tu as raison... ma femme.

            - Ah! Ah! Que ça fait drôle! Dis-le encore.

            - Ma femme est un bébé! Ah! Ah!

            N’importe quoi, dit par lui en ce moment, est encore plus beau que la musique nuptiale jouée par l’organiste à l’église durant la messe. Monsieur le Curé Boily a été plus gentil qu’à notre rencontre il y a deux semaines. "Debout, assis, debout, à genoux." Il nous a aidés. Nous ne savions pas quoi faire, n’étant ni l’un ni l’autre très assidus à l’église. "Bien, Lore, je passe ma vie dans le bois." Moi, il y a eu la période où j’étais à l’orphelinat, j’y allais avec les autres, obligée, je n’étais même pas malade. Pourquoi je pense à tout cela, c’est la journée de mon mariage.

            - Personne n’a brisé le Kodak du photographe. Ah! Ah!

            - T’es bien comique, Mimi... Un jour ça va être ton tour.

            - Oh! Moi, il n’est pas né celui qui va m’attraper, Néré.

            - Ouais! Vous aurez une grande différence d’âge! Ah! Ah!

            - Ma pauvre Lore, il faut qu’il ait toujours le dernier mot.

            - C’est vrai, Mimi. Viens, ma femme, que je te présente... Ma soeur, Alice, et sa fille Catherine.

            - Bienvenue dans la famille. Lore, j’ai déjà l’impression de te connaître, je ne sais pourquoi.

            - Ma chère Alice, vous aurez aujourd’hui l’occasion de parler de vos souvenirs communs... s’il y en a. Ah! Ah! Voici mon frère Justin.

            - Félicitations, Néré! Elle est charmante et jolie, ta femme.

            - Mes petites sœurs, Édith et Diane... leurs époux.

            - Très heureuse.

            - Bienvenue parmi nous.

            - Et le doyen, mon oncle William, ma tante Grâce et ses petits enfants.

            - Nous sommes très heureux de te connaître... une nouvelle nièce et jolie en plus. C’est drôle, je ne vous aurais pas reconnue. Peut-être que je ne vous avais pas vue assez longtemps aux noces d’Edmond. L’année dernière, je crois?

            - Bien, mon oncle, tu as raison de ne pas la reconnaître, ce n’était pas Lore qui m’accompagnait.

            - Ah! Oui? Néré, ce n’est pas elle que tu avais connue la veille? Ah! Bon, ce qui est important, c’est que tu sois casé, je veux dire marié. Nous devrons partir sur la fin de l’après-midi... Tu sais, le train des deux fermes?

            - Je n’ai oublié personne, je pense. Ah! Oui! Mon petit frère Edmond et ma belle-soeur Nadine, son épouse.

- Bonjour, Edmond. Nous nous sommes vus une fois, l’été passé.

            - Oui, bonjour.

            - Néré, moi aussi j’ai quelques personnes à te présenter. Viens tout près de moi. Deux amies de Jonquière, Camile et Rosie, qui ont été très gentilles de venir de si loin pour nos noces.

            - Bonjour, Monsieur, Madame Asting. Ah! Ah!

            - Néré, voici mon frère Jasmin. Son épouse n’a pu l’accompagner, elle est malade.

            - Salut, Jasmin. Un beau-frère de plus!

            - Salut, Néré... Lore, j’ai une surprise pour toi.

            -Ah! Oui? Quoi?

            - Voici ta sœur, Lucienne.

            - Ma soeur, ma soeur Lucienne...

            - C’est l’émotion, ne pleure pas, Lore. Bon, elle s’évanouit. Lore chérie...

            Ma soeur Lucienne! Que je suis heureuse, c’est le plus beau jour de ma vie! Merci mon Dieu! J'avais l'impression que le coeur allait me sortir de la poitrine... Une dame très jolie, que je ne connaissais pas, accompagnait mon frère Jasmin. Je ne m'étais pas posé de questions et encore moins pensé que c'était ma soeur Lucienne, celle qui ne voulait rien savoir de notre famille. C'est vrai, j'avais beaucoup de choses à voir et à penser en même temps. La soeur de Néré, Alice, et sa fille Catherine me sont présentées, mais je ne comprends pas... Néré m'avait parlé d'une très jolie fille, pas comme cette grosse et grande fille boutonneuse. J'ai dû mal comprendre.

            Son frère Edmond, que je regarde discrètement, est gros, grand et barbu, physiquement comme Alex, mon frère, la dernière fois que je l'ai vu... avant qu'il ne disparaisse pour son ministère dans le Grand Nord. Justin, selon Néré, ressemble à son père, un peu plus grand. C'est un beau grand blond roux. Il a une certaine classe, semble délicat... c'est un beau mâle. Les belles-soeurs, Édith et Diane, sont jolies et gentilles. J'aurais aimé les avoir comme soeurs.

            Je regarde tout le monde présent. Je suis heureuse. Jasmin et ma soeur Lucienne sont assis en oblique, à ma gauche. Je ne peux les regarder. À chaque fois que mes yeux croisent leur regard, j'éclate de bonheur et je pleure. Mon frère, ma soeur... j'ai une famille et un mari, tout ça dans la même journée, plus mon amie Camile et surtout la belle Rosie qui m'a surprise par cette remarque: "Lore, tu ne m'avais pas dit que tu avais un beau-frère célibataire, roux et beau à part ça?" Depuis quand s'intéresse-t-elle aux hommes, elle?

            - Notre belle mariée va mieux? Lore, tu me présentes Justin, s'il te plaît? Ah! Ah!

            - Bien oui, Rosie, viens.

            Tout le monde s'amuse, danse. Lore est un peu moins émue de la présence de sa soeur à notre mariage. Elle la croyait perdue à jamais. Je les observe, assises côte à côte. Elles parlent, elles semblent légèrement mal à l'aise car elles n'ont pas de souvenirs communs. Elles ne se ressemblent pas. Lore est la soeur de Justin, on ne peut s'y tromper. Lucienne a un petit quelque chose, peut-être son costume chic, ça détonne presque. Elle a une attitude, une classe... spéciale, je ne sais pas quoi. Je suis un peu surpris et je ne peux en parler avec Lore car elle ne la connaît pas, sa soeur. Mais je connais Catherine, la fille d'Alice. Si elle n'avait pas été avec sa mère, je ne l'aurais jamais reconnue. "Néré, elle est changée, ma fille, ce sont les médicaments qui l'ont changée comme cela."

            - Lore, comme tu as l'air heureuse!

            - Oh! Ma belle Rosie, si tu savais comme je le suis.

            - Bien, j'ai une petite nouvelle pour toi. J'ai bien fait de venir à ton mariage... je me suis même trouvé un emploi.

            - Ah! Oui? Ici, à Mistassini?

- Ce serait trop beau, il ne faut pas trop en demander. C'est à Roberval, à l'hôtel de ton beau-frère Jasmin, comme cuisinière. Il est fin, pis il est beau. Hum! Hum!

            - Ah! Ah! Rosie, tu me surprends.

            - Ne te fais pas d'idées, Lore, je dis cela comme ça, j'ai le droit. Ah! Ah!

            - Ça va, Mademoiselle Rosie?

            - Oui, Monsieur Néré. Ah! Ah!

            - On peut s'appeler Néré et Rosie, n'est-ce pas?

            - Certainement, cher.

            - Alice voudrait te parler, Lore, quand tu auras une minute.

            - J'ai plus qu'une minute pour ta soeur, je vais la voir tout de suite.

            Depuis le dîner, ça fait plus de trois heures qu'Alice m'observe. Pourquoi cette interrogation dans le regard? Moi, je me demande si je l'ai déjà vue ou si elle ressemble à quelqu'un que je connais. Je n'ai pu pousser plus loin mon questionnement car j'ai eu toutes sortes d'occupations. J'ai pleuré de bonheur pendant une demi-heure dans les bras de mon frère Jasmin mais surtout dans ceux de ma soeur Lucienne. Nous avons fait connaissance un peu, pas beaucoup... J'aurais aimé faire une bonne impression. J'ai appris que l'épouse de Jasmin était très malade, la consomption, et que ma soeur Lucienne était séparée de son mari depuis un an. Elle habite seule avec ses deux enfants, un garçon et une fille. Elle ne sait pas ce qu'elle va faire. L'été prochain, elle doit quitter la maison où ils habitent.

            - Assis-toi, Lore.

            - Merci, Alice. Cela fait énormément plaisir à Néré que vous soyez tous venus à notre mariage. Moi aussi, je suis contente... si tu savais comment.

            - Tu es gentille, Lore. Je peux te demander quelque chose?

            - Oui, certainement, Alice.

            - Est-ce qu'on se connaît, nous?

            - Bien, je ne crois pas, Alice, même si j'ai l'impression qu'on s'est déjà vues.

            - Toi aussi, tu as cette impression? Si tu avais déjà habité à Chicoutimi... Je t'ai déjà vue mais...

            - J'ai déjà habité à Chicoutimi.

            - C'est ça, tu as travaillé à l'hôpital... tu étais à la buanderie... oui, oui, avec... un instant, oui, Sylvie. Tu étais la petite fille gênée, c'est ça. Tu ne te souviens pas de moi? Je suis la patronne de la buanderie depuis plus de quinze ans. Un instant. Néré, viens ici. Je te disais que je croyais la connaître. Nous avons travaillé ensemble à l'hôpital de Chicoutimi. Je suis très contente de te revoir et que tu sois ma nouvelle belle-soeur. Bien non, ne pleure pas. Non mais! Qu'elle est émotive, cette petite Lore!

            Je pleure, non seulement parce que j'ai rencontré la soeur de Néré, que j'ai connue un peu il y a dix ans, mais, surtout parce qu'elle vient de réveiller en moi des souvenirs que j'avais presque oubliés... Un viol, des coups, une prison, une grossesse, la mort de mon bébé, une dépression. Une chienne de vie jusqu'à maintenant. J'espère que... "Lore, mon enfant, tu es fatiguée, viens t'étendre un peu avant de souper." "Oui, Maman Éva."

            Maintenant je suis seule dans mon lit, je me détends. Je me remets de toutes les émotions de l'après‑midi. Il y a moins de monde dans la maison. Toute la parenté de Néré, qui habite à St-Augustin, est partie. Ils ne pouvaient pas rester veiller. "Le train à faire", qu'ils ont dit. Il faut que je parle à Néré... pour le logement. Je suis d'accord, on peut rester ici, chez Maman Éva, quelques jours, elle nous l'a offert, mais...

            - Ça va mieux, chérie?

            - Oui, Néré, trop d'émotions. Je voulais te demander, tu sais, pour le logement, il y a des couples qui vont en forêt. Moi, j'aimerais beaucoup aller passer l'hiver avec toi à ton chantier.

            - Ah! Oui? Je vais y penser. Viens, on soupe dans quelques minutes. Votre attention tout le monde! Ah! Ah! Non, non, je ne vous ferai pas un discours. Je veux seulement faire une déclaration. Cela devait être une surprise pour Lore. Ça va en être une, mais une demi‑surprise seulement. Cela concerne notre logement pour cet hiver. Tante Éva est au courant, bon... Lore m'a demandé, il y a quelques minutes, où on allait habiter et a ajouté qu'elle aimerait passer l'hiver avec moi au chantier. Je lui réservais cette surprise. Il y a un beau petit camp qui nous attend en forêt. Demain, Édouard nous y conduira et nous passerons l'hiver ensemble, en lune de miel.

            - Bon, la mariée pleure encore de joie. Elle va mourir d'émotion la journée de ses noces.

            - Chère Camile... J'ai parlé un peu avec Rosie. Tu parles! Elle s'est trouvé une job à Roberval chez Justin. Je suis contente pour elle. Toi, comment ça va?

            - Encore une fois, mes félicitations, Lore! Je crois que tu as quelqu'un de bien comme mari. Oh! Moi, si ça n'avait pas été de Rosie, de Jasmin et aussi de Lucienne qui paie mes dépenses de voyage, je n'aurais pas pu venir à ton mariage.

            - Mon Dieu! Ça va si mal que cela?

- Oui. Mon gars est en prison, c'est-à-dire au pénitencier pour douze ans. Quand il a été arrêté pour un vol à main armée, dans une banque de Chicoutimi, je ne l'avais pas vu depuis six mois. En plus, il a tiré sur le gardien de la banque et l'a rendu invalide pour toujours.

            - Pauvre Camile, que vas-tu faire?

            - Bien, Lore, je sais à quoi m'en tenir pour les années à venir. Il m'a écrit et m'a dit de refaire ma vie et qu'il ne reviendra pas dans la région quand il sera libéré. Je veux entreprendre des démarches de séparation, mais refaire ma vie avec quatre enfants, ce n'est pas évident. En temps de guerre, ici, les hommes disponibles sont rares.

            - Tu me donnes ton adresse. Je t'écrirai du camp pour te donner de mes nouvelles et mon adresse.

            - J'aimerais que l'on corresponde ensemble. Nous nous l'étions promis quand nous étions petites, tu t'en souviens, Lore?

            - Et puis Édouard te crouse beaucoup, chère Camile.

            - Ouais! Il s'est essayé un peu avec Rosie mais elle n'en avait que pour Justin. Qu'est-ce qui lui prend? Les gars ne l'ont jamais intéressée?

            - Mais pour une job, aie!

            - Ah! Oui? Bon. Maintenant, je serai seule avec ma misère à Jonquière.

            - Mon frère Jasmin est là.

            - Lore chérie, il a tellement de problèmes avec sa femme qui est très malade. J'ai peur qu'elle ne guérisse pas malgré qu'elle ait beaucoup de coeur.

 

Lune de miel

Lac aux rats, 15 janvier 1943.

Chère Camile,       

            Bonjour. Excuse-moi de ne pas t'avoir donné de nouvelles plus tôt. Depuis mon mariage, ma vie a été un tourbillon. Je n'ai même pas eu le dimanche à moi, pour respirer, le lendemain de mes noces. Bien non, il a fallu que je prépare mes bagages car le chum de Néré nous conduisait au chantier avec son auto sur la fin de la journée. Fallait être là le dimanche au soir car Néré travaillait le lundi matin. Ah! Oui, j'y pense, le vieux Édouard veut avoir de tes nouvelles. Le voyage fut difficile. J'avais mal au coeur avant de partir en raison de mon état. Oui, je te le dis en confidence, j'étais enceinte de deux mois à cette époque. Alors, près de trois heures d'auto, ce n'était pas pour aider.

            Je suis dans un beau petit camp en bois rond. J'ai pensé à Pops mais il y a quelqu'un qui me l'a fait oublier rapidement. Non, pas Néré, nous sommes déjà un vieux couple, tu sais. Imagine-toi que la première journée de mon arrivée au chantier, dans l'avant-midi, ça cogne à la porte. Je crie: "Entrez". La porte s'ouvre et quelqu'un dit: "Je vous apporte de l'eau, Madame". Une voix que je connais. Je me retourne et mon jeune flirt de Mistassini, en réalité la seule personne que j'avais envie de voir, était là devant moi. "Que fais-tu ici, Rénald Dubé?" "Lore Rochon, c'est toi la femme de Néré Asting? J'aurai tout vu...Je veux dire, bonjour. Que je suis content de te voir!"

            Moi aussi, j'étais contente. Quelqu'un que je connaissais, avec qui je pouvais parler. Nous avons des souvenirs communs. Maintenant, à ses heures de repos dans l'avant-midi et l'après-midi, il vient prendre son thé. Les premières fois, quand il était à la même heure que Néré, il s'éclipsait discrètement... gêné. Avec le temps, ça s'est placé et il est redevenu un petit fantasque.

            Je l'aime bien, mon petit flirt. Pour moi, il est presque comme un grand fils. Il est de l'âge de celui que j'aurais. Non, je ne lui ai pas dit cela, il fait son petit homme. Ah! Ah! Si tu le voyais concurrencer Néré! Je m'amuse avec mes deux hommes. Tu vois, je me l'avoue, Rénald m'aide à absorber la nostalgie de la perte de mon bébé il y a onze ans.

            Nous sommes descendus à Mistassini le vingt‑quatre décembre pour fêter Noël chez Maman Éva. Elle aurait été fâchée si nous étions allés ailleurs. J'ai eu seulement le plaisir que je peux avoir, vu mon état. Le bon manger qui me passait en dessous du nez! J'avais des haut‑le-coeur.

            Au Jour de l'An, nous sommes allés en train chez Justin et les soeurs de Néré. Rosie était heureuse de me voir. Nous avons pleuré de joie, comme des folles, dans les bras l'une de l'autre. Elle est un peu dépaysée... mais trouve son travail intéressant et relax. Elle aide même Justin à faire les chambres et du ménage. Oh! Oh!

            Ma chère Camile, au réveillon du Jour de l'An, j'ai vu deux infirmières, une Laflamme et une Gentille et elles avaient des regards complices avec mon Néré, je ne te dis que cela. Je ne suis pas jalouse mais j'aime mieux qu'on habite loin de ces deux belles tentations.

            Je termine ici. Je ne t'ai pas parlé beaucoup de ma vie ici. Néré travaille et je ne connais pas tellement les chantiers. Bien, je te le répète, pour le moment, avec mon petit flirt et mon grand mâle, ma situation s'endure. Oh! Oui, Édouard aimerait bien avoir ton adresse. Il va à Jonquière en auto de temps en temps. Il aimerait aller te voir si tu le permets. Il m'a implorée de te faire cette demande quand il est venu nous reconduire ici le huit janvier.

De ta grande amie,

Lore

P.S. Embrasse tes enfants pour moi. Tu sais, mon petit flirt, je le connais depuis que je suis à Mistassini, c'est presque un porte-chance pour moi.

 

            - Atout, atout, atout, ça fait que vous avez perdu.

            - Ah! Ben, merde! T'es sûr que tu ne triches pas, Rénald?

            - Néré, ce n'est pas parce que tu es plus gros et plus grand que moi et Lore que tu peux te permettre d'accuser les autres. Ah! Oui, tu es vieux!

            - Ça va, les gars, pas de chicane. Rénald, il est neuf heures moins quart, à neuf heures c'est terminé, tu vas te coucher. Quelqu'un qui se lève à cinq heures, ça lui prend huit heures de sommeil.

            - Oui, Maman. Ah! Ah!

            - Ça ne sert à rien, Lore, tu n'auras pas le dernier mot avec lui.

            - Je ne le veux pas non plus.

            Tous les soirs, Néré, Rénald, Séphirin le commis et moi nous jouons aux cartes de sept heures à neuf heures. Le samedi, des fois, jusqu'à onze heures. Mes journées sont un peu longues à ne presque rien faire que d'être enceinte de plus en plus. Ça me rappelle des souvenirs de dix ans passés. Il ou elle bouge. Néré s'amuse à coller son oreille sur mon ventre pour écouter les bruits, "les battements de coeur", qu'il dit. Rénald aurait aimé le faire aussi. Bien oui, je l'ai laissé le faire une fois. Je n'ai pas voulu qu'il recommence. Ses bras autour de ma taille, ça m'a fait tout drôle.

 

Jonquière, 12 février 1943.

Chère Lore,

            Salut. S'il te plaît, Lore, ne donne pas mon adresse à Édouard, il n'en a pas besoin, il l'a trouvée tout seul. Il nous a visités tout de suite après les fêtes. Cela fait trois fois qu'il vient nous voir... même qu'une fois, il est venu en train parce que son auto était en réparation. Là, il a un projet de fou en tête... que j'aille passer toute la semaine de Pâques chez lui, à sa maison, avec les enfants qui, en passant, l'adorent. Ils l'ont adopté plus vite que moi. La petite l'appelle "Papa" et elle pleure toute une journée quand il s'en va à Dolbeau. Elle prépare son petit bagage pour partir avec lui.

            Lore, là, je suis sérieuse, j'ai besoin de conseils. Tu sais, la semaine de Pâques chez lui, c'est pour que je connaisse son milieu, sa maison. Il dit que, pour lui, c'est décidé, à la fin juin, quand l'école sera terminée, je déménage à Dolbeau, chez lui, avec ma marmaille. Il dit qu'il est capable de bien me faire vivre. Je l'aime bien, même un peu plus que cela, tu sais ce que je veux dire. Mais il y a la raison aussi.

            Je ne peux espérer plus que cela dans la situation où je suis. "Veuve en vie", commencent à dire les gens. Est-ce que je peux avoir plus de misère que j'en ai déjà eu. C'est ton mot qui va faire pencher la balance, pour ou contre. Tu le connais un peu, toi, Édouard. Néré aussi, parle-lui-en. Tu sais, je la devine ta réponse mais je veux que tu me la dises, ça me sécuriserait. Après qu'il est parti, avant hier, j'ai trouvé trente dollars sous mon oreiller.

            Bon, je reprends ma lettre, j'ai pleuré une vingtaine de minutes. Ouf! Ça m'a fait du bien. Je suis tellement prise par ça, je veux dire sa proposition, que je n'ai pas les idées assez claires pour te parler d'autres choses. Je pense que les enfants ont engraissé depuis un mois qu'il vient à la maison. Il nous fait de grosses épiceries.

            J'ai acheté du linge et des bottes aux enfants avec une partie des trente dollars. Je n'avais jamais eu cela, trente dollars, comme cela, tout d'un coup. J'ai vingt-quatre ans et lui, je pense, trente-cinq. Il y a des couples qui ont une différence d'âge plus grande. Lore, est-ce à cause de son âge qu'il n'est pas porté sur la chose? Il n'a pas abusé depuis qu'il vient me voir. C'est une fois à chaque visite. Ah! Ah! Même s'il est quatre jours ici.

Salut, je t'embrasse,

Camille

P.S. J'espère ta réponse... urgent

 

Lac aux rats, 24 février 1943.

Chère amie Camile,

            J'ai reçu ta lettre aujourd'hui... après le dîner. Je l'ai lue, relue pour Néré et lue de nouveau pour Rénald. Il dit que tu es la deuxième en attente sur sa liste de blondes... après moi. Ah! Ah! Tu vois, je t'écris tout de suite ce soir car mes deux hommes, ça, c'est Rénald qui me demande de l’écrire, ah! oui, ils ont sacrifié leur soirée de cartes pour que je te réponde immédiatement.

            Mon opinion, je ne connais pas Édouard plus que cela, mais tu devrais prendre la chance parce qu'elle ne passe pas si souvent que cela. Et un des éléments importants, les enfants l'aiment et lui aime les enfants. Néré, lui, a deux raisons pour dire "oui". Il serait content que tu ailles habiter avec Édouard parce qu'il s'est toujours vanté que jamais une femme ne mettrait le grappin sur lui. Mais la meilleure raison, c'est un bon diable mûr pour vivre en famille et tu pourrais rencontrer dix fois pire que lui.

            Édouard aime prendre une bière mais il l'a endormante. Il veut dire qu'après trois bières, il dort... mais qu'il n'en prend pas si souvent que cela, pas plus qu'à tous les jours... non, non, c'est une farce, une fois par semaine environ, s'il a un copain avec lui.

            Rénald, lui, dit qu'il va se faire une raison si tu n'as pas la patience de l'attendre. Tant pis pour toi, prends Édouard. Ah! Oui, il demande quel âge a ta plus vieille fille, il est toujours aussi comique. Le sujet de ma lettre était ma réponse urgente. Oui, oui, et l'on pourrait se voir plus souvent.

            Tout le monde t'embrasse, le petit aussi. Ah! Ah!

À la prochaine,

Lore

P.S. Ah! Oui, Néré dit que si Édouard n'est vraiment porté sur la chose que deux ou trois fois par année, il se chargeait de tout le boulot. Ouais! Mais il est averti depuis le quatorze novembre de l'automne passé qu’il n'est plus disponible pour faire du zèle ailleurs. Ah! Ah! Je n'écris pas ce que Rénald veut que je t'écrive. Tu t'en doutes, il serait remplaçant mais je ne sais pas si à son âge on peut se fier.

Salut encore une fois,

Lore

 

            - Penses-tu que ta lettre va lui faire plaisir, Lore?

            - Bien, Néré, j'en suis sûre. C'est ce qu'elle attend de nous, une réponse positive. Tu as l'air surpris de la réaction de ton chum.

            - Oui et non. Toi, tu pensais qu'il s'intéressait à Rosie? Il a sans doute cru que Justin était dans le portrait... Ouais! Peut-être pas. Il a toujours beaucoup aimé les enfants. Tu sais, il est convaincu qu'il ne peut en faire.

            - Ah! Pourquoi?

            - Sa semence est minime et transparente.

            Nous avons fêté l'anniversaire de Néré en retard et celui de Rénald aussi. J'ai su que c'était son anniversaire parce que Séphirin nous a dit: "Rénald a reçu une carte, ça doit être sa fête." Je suis allée à la cookerie et le cuisinier m'a permis de lui faire un gâteau comme celui que j'avais fait pour Néré. Il était ému et content. Il m'a promis que si Néré me quitte un jour, il s'occuperait de moi... ou en compensation que je lui réserve une de mes filles. Ah! Ah! Mais avec son occupation du dimanche après-midi, j'ai de la concurrence à l'horizon. Il est scribe pour le camp, c'est‑à-dire qu'il lit et écrit des lettres aux amies et aux épouses des hommes du camp qui ne savent ni lire ni écrire.

            - Comment fais-tu pour écrire trois ou quatre lettres l'une après l'autre dans ton après-midi?

            - Bien, je lis la lettre que le gars vient de recevoir et je réponds à sa blonde comme si elle était ma propre correspondante.

            - Tu es un moyen snoro... Tu dois t'amuser, mon petit Rénald!

            - Et oui, Lore, le dimanche est une belle journée et comme vous êtes occupés, toi et Néré, ça compense.

            - Ah! Ah!

            Les bûcherons ont terminé leur travail le vingt-cinq mars, deux jours avant le dimanche de l'anniversaire de Rénald. Je vais m'en souvenir de sa fête. Tout le monde ou presque avait quitté le camp. Moins de deux semaines de charroyage de bois pour les chartiers et nous allons fermer le camp et revenir en ville. J'espère que nous allons rapidement nous trouver un logement pour avoir le temps de nous installer pour la fin d'avril. J’aimerais accoucher dans notre logement à nous. Maman Éva voudrait que je reste chez elle pour mes relevailles... Je verrai.

            - Néré, presque tous nos bagages sont prêts. Quand Édouard viendra nous chercher, demain, ils seront terminés. T'as pas hâte de le voir, ton chum, pour savoir la suite de son roman d'amour avec Camile?

            - Oui, c'est sûr, mais entre nous, elle serait folle de ne pas profiter de l'occasion. Tu sais, une femme avec quatre enfants... qui va ramasser ça?

            - Bien, voyons, Néré, Camile est très belle, jeune et fine, très "ramassable", comme tu dis.

            - Qu'est-ce que te prend, Lore? Je suis d'accord, c'est ça que j'ai dit.

            - Oui, mais d'une drôle de façon.

            - Excuse-moi si j'ai offusqué ton amitié pour Camile.

            Nous sommes au début d'avril, période de morosité. L'hiver est terminé mais le printemps pas tout à fait arrivé. Néré est impatient, même sarcastique. Est-ce l'effet de ne pas travailler pour un certain temps ou de ne pas être libre comme d'habitude quand il venait en ville?

            Je lui ai demandé de prendre un mois de congé pour mon accouchement, mais surtout pour avoir le temps de nous installer dans nos affaires. Je ne veux pas habiter chez Maman Éva trop longtemps à cause de la promiscuité. Je me souviens, lors de notre promenade chez elle durant la période des fêtes, ça paraissait un peu que j'étais enceinte et ça excitait beaucoup Jos.

            Néré trouvait cette situation comique, Prud'hom-me aussi. Rose a des scrupules d'adolescente, son chum la calme et sourit. Moi, Jos, je ne le trouve plus drôle. Je crois qu'il m'écoeure... C'est un malade. Ça prend seulement Maman Éva pour garder un phénomène comme cela chez elle.

 

Un Garçon

            Nous sommes arrivés chez Maman Éva depuis quelques jours. Néré est revenu, il y a une heure, content. Il nous a trouvé un logement qui sera disponible dans deux jours, soit le dix avril. À ses explications, j'ai compris que le logement se situe presque en face de la salle de billard chez Racone, à côté de l'épicerie Nadin, sur l'autre coin de la petite rue, entre l'épicerie et la forge à Desjard. C'est un «quatre logements». Pour nous, celui d'en bas en avant, juste en dessous de chez Edgar Gaucher, le crisse.

            - Néré, tu es sûr qu'il n'y a pas d'autres logements disponibles que celui-là?

            - Bien, Lore, t'es chanceuse d'en trouver un tout de suite, proche d'ici, et l'épicerie à côté.

            - T'as raison, Maman Éva, que demander de plus?

            - Le locataire du logement est prêt à nous vendre son poêle à bois. Nous irons voir le logement et le poêle après dîner. Lore, te sens-tu en forme pour aller chez Sarcelles magasiner nos meubles ou ailleurs s'il n'y a rien là à notre goût?

            - Néré, je suis enceinte mais pas invalide. Je ne cours pas, je marche mal... un peu. Ah! Ah! Oui, nous regarderons le poêle, mais les affaires des autres... moi.

            - Lore, je ne t'obligerai à rien. Sur tout, ce sera ton choix.

            Il est beau, propre, comme neuf. Je le connais presque, il est semblable à celui de Pops. Noir avec de la dentelle noire en fer chromé. Le Monsieur ne le vend pas cher. Le logement est grand pour deux personnes. Deux chambres, un salon, une cuisine et une chambre de bains avec un bain. C'est beau, propre et clair. Il y a beaucoup de fenêtres. Bon, je vais accepter l'inconvénient du locataire d'en haut.

            - Bonjour, Monsieur, Madame, c'est pour un lit de bébé. Madame est tout prêt de faire oeuvre de naissance. Avec ce lit, nous donnons une douillette en cadeau. Pierre Duchesne pour vous servir.

            - C'est pour un ménage au complet, Monsieur Duchesne. Mon nom est Néré Asting, voici ma femme.

            - Enchanté, Madame. Asting, ça vient de St‑Augustin. Bon. Commençons par... ici, les poêles à bois.

            - Oh! Regarde, Néré, un pareil comme celui du logement. Combien le vendez-vous?

            - Il est à quarante-cinq dollars mais avec un ménage complet, on le laisse à trente-cinq.

            - Bien, on n'en a pas besoin. Nous avons besoin de presque tout à l'exception du poêle.

            Nous avons payé trente dollars pour l'autre poêle semblable. Nous avons tout acheté chez les Sarcelles, sans aller magasiner ailleurs. Néré dit que nous n'avons pas le temps. Ils vont livrer l'ameublement lundi, sur la fin de la journée. Nous avons demain et lundi pour nettoyer les planchers et les armoires. De gros achats pour trois cent quarante-quatre dollars. Néré a donné deux cents dollars comptant, la balance payable à terme à douze dollars par mois plus les intérêts à six pour cent. Je ne sais pas si c'est bon. Néré dit que oui. Il aurait pu payer tout comptant. "J'ai encore cent cinquante dollars de placés et qui me rapportent ça, six pour cent par année d'intérêts. C'est Justin qui s'en occupe." Il a du talent, mon Néré, j'ai choisi un bon numéro avec lui.

            - Es-tu contente, ma belle Lore? Nous sommes le quinze et dans notre logement. Cout'donc, le gars d'en haut a l'air de te connaître passablement.

            - T'es jaloux. Le gars d'en haut me connaît, celui d'à côté aussi, l'épicier de l'autre côté aussi et beaucoup de gars qui viennent à la salle de pool en face et au restaurant Black Cat. Pendant quatre ans, j'ai fréquenté ces endroits avant de te connaître. Ah! Oui, à la salle de pool, je rencontrais mon petit chum, Rénald, pour jouer aux boules, pas avec les miennes. Veux-tu savoir autre chose?

            - Oh! Oh! Excuse-moi. Crisse, Lore, tu montes sur tes grands chevaux. Aie! Ti-gars, sors de la bedaine de maman, elle commence à être impatiente.

            - Tu es tellement sûr que ça va être un gars que tu ne parles de notre bébé qu'au masculin... Et si c'est une fille?

            - Ne t'inquiète pas, on l'acceptera temporairement et on se commandera un gars tout de suite. Ah! Ah!

            Oui, il faut que j'accouche. Je suis agressive et ça fait seulement quelques heures que nous sommes ici. Non, mais s'il faut qu'Edgar m'achale parce que nous sommes voisins. "Que je suis content que ce soit la belle Lore qui soit ma voisine!" Et bla, bla, bla. Presque la fanfare. Je vois mon Néré qui se pose des questions. Qu'il ne m'en pose pas, je n'ai pas de réponse, surtout concernant le ciboire d'Edgar. Je ne pouvais pas le refuser ce logement. Je n'avais aucune vraie raison. Je sais, nous allons être bien, ici, en attendant d'avoir notre maison à nous.

            - Tiens, de la visite, ça va nous changer les idées.

            - Je n'ai pas envie de voir des gens, Néré. Je vais me coucher.

            - Hein! Tu me laisses tout seul avec Mimi? J'aurai tout vu.

            - Ah! C'est Mimi? Tu sais, je ne m'endors pas tant que cela. Entre, Mimi.

            - Bonjour, les amoureux. J'ai su hier que vous étiez revenus de votre hibernation forestière. Je voulais voir tante Éva, elle n'est pas chez elle. Je ne vous dérange pas? Vous avez peut-être quelque chose de spécial, d'intime à faire?

            - Pour le moment, nous attendons le résultat d'une intimité que nous avons déjà faite. Ah! Ah!

            - Maman Éva est chez l'épicier Nadin, à côté. Si elle est seule comme cliente elle va jaser quelque temps.

            - Ouais! En plus, l'épicier est aussi commère qu'une femme.

            - Ah! Oui? La lune de miel est terminée? Est-ce le naturel qui revient, Néré?

            - Ne te fâche pas, Mimi. Toi, ça va? Tu as l'air, je ne sais pas, nerveuse, curieuse. Quelque chose ne va pas?

            - Plus ou moins. Il faut que je me trouve une tricoteuse.

            - Ah! C'est pour cela que tu veux voir Maman Éva? C'est ça qui a l'air si urgent que cela?

            - Ouais! Mon temps est compté. Il faut que cela soit fait d'ici deux ou trois semaines, maximum.

            - Ah! Bon, je suis sûre que Tante Éva va te trouver cela, peut-être même une machine à tricoter. Ah! Ah!

            - Tu es de plus en plus drôle. Bon, tante Éva passe et elle n'arrête pas.

            - Bien, elle est venue tout à l'heure, plus d'une heure.

            - Alors, je vous quitte vite. Je reviendrai vous voir si vous m'invitez. Salut.

            - Tu reviendras nous voir, tu es invitée! Bonjour, Mimi.

            - Elle n'a pas l'habitude d'être susceptible comme ça, Mimi, hein! Néré? Tu sais, tes farces ne sont pas toujours drôles.

            - Qu'est-ce qu'elle veut se faire tricoter qui urge comme cela? Peut-être que nous avons mal compris? Qu'est-ce que t'en penses, Lore?

            - Je ne sais pas, Néré. Tu sais, je suis tellement concentrée sur mon problème d'accouchement.

            - Tu t'inquiètes pour rien, Lore. Le docteur te l'a dit, hier, que tout était normal. Je comprends que pour un premier accouchement, tu peux être tendue. Ne t'inquiète pas, chérie, je suis là. Hum! Hum!

            - Je suis contente que tu sois avec moi. Merci de rester encore quelques jours.

            Une autre fin de semaine de passée. Hier, je pensais que ça y était, mais non, une fausse alerte. Je vais probablement faire encore quelques jours. Aujourd'hui, je pense à autre chose. Camile vient passer la journée avec moi. Néré et Édouard emmènent les enfants à St-Augustin voir Edmond et surtout la ferme et les animaux. Déjà lundi du début de la semaine de Pâques. Le dix-neuf avril. J'aurais aimé accoucher ces jours-ci. Pâques aurait été moins lourd pour moi, libérée de ma bedaine.

            - Néré, Édouard est en avant de la maison.

            - J'arrive.

            - Entre, Camile. Toute la journée pour nous. Nous allons pouvoir nous en faire des confidences. Et puis, Dolbeau, comment tu trouves cela?

            - Je n'ai pas tellement vu la ville. Mais la maison d'Édouard, c'est grand. Quatre chambres à coucher, salon, cuisine, chambre de bains. C'est beau. En entrant dans la maison, vendredi soir, il m'a dit: "Nous sommes chez nous, Camile." Il y a aussi un grand sous-sol. Les enfants y ont joué sans arrêt pendant deux jours. En plus, il a deux logements au deuxième étage

            - Hier soir, les enfants se sont couchés de bonne heure, ils étaient fatigués et surtout, ils ne voulaient pas manquer leur journée à la ferme. C'était toute une fête pour eux. Je pense que si je n'acceptais pas l'offre d'Édouard, les enfants m'en voudraient toute leur vie. Nous avons parlé jusqu'à une heure de la nuit, il connaît ma vie. Mais ce n'était pas compliqué à raconter, que des malheurs à répétitions. Il devait être tanné de m'écouter.

            - Je ne crois pas, Camile. Il t'aime vraiment et les enfants, pour lui, sont très importants. Il les adopterait si possible. Tu lui apportes une famille, il te donne la sécurité.

            - J'ai pris ma décision. Je lui ai dit "oui". On déménage à la fin juin. Il viendra passer ses congés à Jonquière. Je ne serai pas fâchée de quitter mon taudis.

            - Je suis contente pour toi, Camile. Je suis sûre que ça va bien aller vous deux.

            - C'est déjà merveilleux. J'espère que je ne rêve pas. Huit ans de misère... Qu'est-ce que tu as, Lore? Une douleur?

            - Comme une crampe. Je m'étais fait à l'idée que je n'accoucherais que dans quelques jours, à la fin de la semaine.

            Les enfants sont silencieux. C'est un contraste avec le grand enthousiasme de l'avant-midi. Ils ont eu les yeux ronds d'émerveillement jusqu'à trois heures de l'après-midi. Maintenant, ils montrent des signes évi-dents de fatigue. Nous avons bien ri de leurs cris et de leur peur devant les animaux curieux et affectueux. Le petit veau de quelques jours, bavant sur la petite de cinq ans, fière, et qui en colère, lui a répondu: "Tu es cochon, Monsieur le veau." "Nadine, ce n'est pas un Monsieur, c'est une Madame." Éclat de rire général devant la moue de déception de Nadine pour la façon dont le petit animal a voulu partager son affection avec elle.

            - Vous ne voulez pas chanter une belle chanson avec oncle Néré?

            - Bien, nous sommes fatigués. À quelle heure on va être rendus?

            - Nous sommes presque arrivés. Dans environ quinze minutes. Si vous voulez, on y retournera demain.

            - Bien, demain, on voulait jouer dans le sous-sol chez Papa Édouard.

            - Nous voyons le clocher de l'église, ce ne sera pas long. Félicitations, Édouard, tes enfants sont très bien élevés, silencieux en auto.

            - Arrête donc de les agacer, tu vois bien qu'ils n'en peuvent plus. Ils vont récupérer cette nuit et demain, ils viendront passer la journée chez toi.

            - Merci, merci... Je vais aussi commencer une famille bientôt. Moi, je suis patient, pas quatre à la fois. Ah! Ah! Nous sommes rendus. Les enfants, vous allez voir votre maman.

            - Néré, Camile nous fait des signes... de débarquer vite tout le monde et d'entrer dans la maison.

            - Elles ont peut-être acheté de la liqueur et du chocolat pour les enfants. Allons, les enfants, un petit effort.

            - Où est Lore, Camile? Elle est couchée pour se reposer?

            - C'est un peu cela. Va la voir dans la chambre.

            - Oui... Crisse! C'est pas vrai? Édouard, un bébé... C'est quoi? Un garçon?

            - Oui, Néré, ton garçon.

            - Ça, pour un tour, c'est tout un tour. Je voulais être là. Tu ne m'as pas attendu, Lore.

            - Bien, Néré, moi, ça fait des mois que j'attends. J'en pouvais plus. Ah! Ah!

            - Aie! Les enfants, venez voir un petit bébé. Tante Lore s'est acheté un petit bébé.

            - L'as-tu acheté au magasin, tante Lore?

            - Que tu es niaiseuse Magali! Elle l'a eu, c'est tout.

            - Maxime, Magali est petite, elle ne comprend pas.

            - Il est beau!

            - Il est rouge!

 

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Au sujet de l'auteur      Biographie      Coordonnée    

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Je suis né en 1928 à St Félicien

au Lac St-Jean, Québec, Canada.

 

Aîné d'une grande famille (16 naissances 11 vivants). À cette époque, existait le droit d'aînesse, dans certain milieu familial, donc des avantages à être l'aîné.

 

 

Issu d'une famille d'entrepreneurs généraux... grand-père, père... dont logiquement j'ai pris la relève... très tôt. Sur le marché du travail à 15 ans avec comme scolarité, une 9è année ce qui était le summum de l'instruction dans le patelin de 1500 habitants ou je résidais au début des années 1940. Jeunesse et fantaisie furent de courte durée, car marié à 20 ans, les obligations et la famille sont arrivées ensembles (10 enfants dans moins de 20 ans). J'ai occupé divers emplois, en plus de suivre les cycles qui prévalent dans le domaine de la construction. Aussi actif socialement,... J.O.C,... O.T.J, participant à Tévec... etc. De plus ayant une soif dévorante de ''savoir'' j'ai toujours suivi des cours du soir, qui n'avait souvent... que la valeur de ... ''l'occupation temporaire''. Alors après considération de ce fait, j'ai décidé de plonger... soit une immersion complète. J'ai fait un recyclage... de base, soit une 1è année, afin de me permettre de retourner dans le monde de l'apprentissage de la connaissance et de la modernité. En 1966-67, l'année de la création des Collèges d'Enseignement Général et Professionnel (C.E.G.E.P.), je m'inscrit à plein temps à l'institut de technologie et au C.E.G.E.P. de Jonquière, étant subventionné pour fréquenter la première, ce qui me permit d'être présent régulièrement au 2è et avoir en tout 54 périodes de cours semaine cela pour 2 années à temps plein. J'eu le plaisir de loger à la résidence pour étudiant, dans une chambre en colocation avec mon 2è fils qui lui ira plus tard chercher une maîtrise en physique nucléaire à une Université de Windsor en Ontario. Dans les années qui ont suivi, cet élan m'a permis de continuer de prendre des cours variés à temps partiel dans différent C.E.G.E.P. de la région du Saguenay Lac St- Jean et en parallèle de 1969 à 1979 ce supplément de qualification me permit de devenir fonctionnaire pour le gouvernement provincial,... loisir que j'ai pratiqué 10 ans sans jamais abandonner ma fonction principale de P.D.G. d'une compagnie de construction. AH! Oui, aussi de la 5è année à la 10è année, de ma présence comme fonctionnaire, j'ai eu l'immense plaisir de pouvoir compléter un BACCALAURÉAT en SERVICE SOCIAL à L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE. Commencé à l'âge de 45 ans pour le terminer à l'aube de mon 50è anniversaire et là j'ai compris que je ne pourrais pas changer le monde, en étant fonctionnaire, alors j'en ai profité pour quitter ce monde d'illusion pour continuer, mes activités, dans une occupation, sérieuse, soit mon rôle de P.D.G. dans une entreprise qui prenait de plus en plus d'expansion et qui a rayonné de nombreuses années au Saguenay Lac St-Jean. Et maintenant, ce n'est pas fini, comme le dit la chanson. À l'ombre de 25 petits enfants et de 4 arrières petits enfants, qui vont continuer à construire le monde, je l'espère... un vrai, sans brutalité... Ils sont issus de 55 ans de complicités avec la même fiancée, qui m'accompagne, dans mes fantasmes qui sont depuis 10 ans de créer de l' imaginaire, poésie, roman, nouvelles, dont j'ai commis à date plus de 20 volumes ''manuscrits'' et que pour compléter le rêve de tout écrivain qui en plus d'avoir le plaisir d'écrire, je dois avoir celui d'être lue et apprécié par le plus grand nombre de lecteurs, et ce, même, si moi auteur, je reste incognito pour les 25 autres années dont j'espère voir les printemps, soit devenir centenaire, dans le plus beau pays du monde, pour mon plaisir et j'espère, sincèrement, aussi le vôtre.

 

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Erdé Lutin se fera un plaisir de lire et de répondre

personnellement à vos courriels.

 

Adresse de correspondance électronique :

 

info@manuscritdepot.com


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je suis à 110%,pour votre projet. Il était plus que temps, qu'une telle action soit posée. Tel que mentionné dans le document d'inscription, j'ai trois titres, minimum, disponibles pour votre projet, sur les douze autopubliés à date. Ils seront partiellement gratuit...? Voir le site : Société Littéraire de Laval (catalogue) pour la liste des genres et des titres et prix. Information sommaire, ajustable aux circonstances de publication. Je suis membre de la Société Littéraire de Laval, de L'UNEQ et de la Société des Écrivains Canadiens, section de Montréal, et autres associations en référence avec la généalogie.
 

Écrire pour moi est loisir que je partage, en temps, avec la généalogie. Je suis un touche à tout : roman, poésie, conte, nouvelle. Je m'adonne également à la peinture à l'huile.
 

Félicitation pour votre courage et vous avez ma collaboration, selon mes minime moyen.

Je demeure

Erdé Lutin, Laval, Québec.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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