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Troisième édition augmentée - 2010

Mots de Noël, Poèmes et prose,
Fernand Couturier, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Autre livre
du même auteur

 

 

Mots de Noël

Avancées philosophiques vers l’origine

FERNAND COUTURIER

Poèmes & Prose - Troisième édition augmentée,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2010, 440 pages,

En couverture : © 1993 Mai, huile sur toile, Pauline Rouillard, Galerie d’art Linda Verge, Québec, Québec.

Illustrations : © 2004-1010, pastels et aquarelles,

Suzanne d’Anjou, Neuville, Québec

ISBN 978-2-89612-355-1

 

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Fernand Couturier

Québec, Québec

 

 

 

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Mots de Noël, Poèmes et prose, Fernand Couturier

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PRÉSENTATION

Mots de Noël, Poèmes et prose, Fernand Couturier

 

Troisième édition augmentée

 

Noël, célébré en liturgies et folklorisé en coutumes, est toujours occasion d’étonnement et de surprises. Histoires, chants et gestes évoquent le merveilleux originaire voire l’invraisemblable, aussi appelé mystère.

 

Ces Mots de Noël racontent des randonnées vers l’origine. Le paysage du monde chrétien y apparaît sous nouvel éclairage. D’abord en ses rapports déterminants avec, entre autres, les cultures perse, égyptienne et gréco-romaine, et aussi en rupture avec le judaïsme traditionnel. Puis, Yehoshua ou Jésus de Nazareth, personnage central du Nouveau Testament, se comprenant effectivement comme messie hébraïque, ne se perçut pas pour autant comme dieu. La divinité lui fut attribuée plus tard par Paul ou Saoul de Tarse en suite d’une illumination particulière et selon la tradition des sauveurs divins mythologiques. Hormis l’essentiel message d’amour, de justice et de paix, tout du christianisme institutionnalisé se situe dans le prolongement des mythologies anciennes et ne vient pas des enseignements ni de l’action de Yehoshua.

 

Invitation à repenser les rapports de l’humain au divin.

 

Nouvelle matière à étonnement.

 

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REVUE DE PRESSE de la première et de la deuxième édition

Mots de Noël, Poèmes et prose, Fernand Couturier

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TABLE DES MATIÈRES

Mots de Noël, Poèmes et prose, Fernand Couturier

 

Dédicace

Remerciements

Présentation

Préface

Divisions du livre

Introduction

 

PREMIÈRE PARTIE

(décembre 2002 à décembre 2004)

Destin du Mot

Mots de Noël

Interprétation

Mot et poésie

Le rien du tout

Essence langagière de l'humain

Phénomène d'être et vérité

Habitat langagier

Expérience heideggérienne

Récit de la création

Dire premier et son dit

Heureux message

Pensée et croyance

Question, quête, demande

Mythes, divins, parole

Renaissance du Mot

Troubles

Ce qui reste…

 

DEUXIÈME PARTIE

(décembre 2005 à décembre 2006)

Lumière et Mot. Mythes et Christianisme

Histoires de dieux

Origines mythologiques du christianisme

Note préliminaire

Introduction-méditation

Étude comparée des religions

Il y a un christ préchrétien

Les attributs christiques des Horus, Krishna,

Mithra; de l’Oint hébreux et de Jésus

Horus

Krishna

Mithra

L’Oint

Jésus

De l’Ancien Testament aux Évangiles

Le christ de l’Ancien Testament

Passage au christ chrétien

Christianisme et gnose

Hypothèse sur le passage du symbolique à l’historique

Phénomène de transposition

Explicitation du phénomène

Interprétation littérale et transfert de vérité

Vérités et réalités

Le mot

Conclusion

25 décembre… pourquoi ?

 

TROISIÈME PARTIE

(décembre 2007 à décembre 2009

Révélation.

De Yehoshua à Christos ou le Mythe chrétien

Révélation et interprétation

Perplexité en ce Noël…

Le mythe chrétien

De Yehoshua à Χριστος (Christos)

Introduction

Langues et cultures en Palestine

La période perse

La période hellénistique

La période romaine

Hellénisation et réactions des Juifs

a. Sadducéens

b. Pharisiens

c. Esséniens

d. Zélotes

e. Autres

Les sources documentaires néotestamentaires

Ouvrages de référence contemporains

Deux mouvements (Esquisse)

1. Mouvement messianique de Yehoshua

2. Mouvement christique de Paul

Approches historiques de l’homme Yehoshua

a. Naissance

b. Famille ou fratrie

c. La vie à Nazareth

d. Le messianisme de Yehoshua.
    (Engagement politique et religieux)

e. Les années de militantisme

Résurrection, Apparitions et Ascension

Après la mort des deux messies

Luc et les Actes des Apôtres

a. Jacques successeur de Yehoshua

b. Histoire de Saül de Tarse ou Paul

c. Mission de Paul

Évangiles et Actes des Apôtres

L’essentiel du message de Yehoshua

Assise historique pour le mythe christique

Perspectives philosophiques : L’humain et le divin

a. Compréhension traditionnelle du christianisme

b. Interprétation de Paul et astuce de Luc

c. Pré-acquis et accueil de l’autre

d. Dieu est Lumière

e. Dieu est Mot. Le langage éclaire

f. Les dieux à l’image de l’humain

g. L’humain : accueil-écoute et dire

h. Phénomène de l’existence comme être en univers

i. L’humain et l’advenir de la vérité

j. La vérité alèthéienne et la révélation

 

ÉPILOGUE

Silence

Fragmentation

Sagesse

 

Au sujet de l’auteur

Du même auteur

Communiquer avec l’auteur

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EXTRAIT

Mots de Noël, Poèmes et prose, Fernand Couturier

 

Remerciements


Remerciements sincères à madame Pauline Rouillard, représentée à la Galerie d’art Linda Verge, à Québec, d’avoir généreusement autorisé la reproduction, en page couverture, du tableau Mai capable de suggérer l’étonnante éclosion du mot.

Grand merci également à l’amie Suzanne d’Anjou, artiste peintre à Neuville, qui a accepté spontanément d’orner ces textes de lignes et de couleurs évocatrices du sens. Et cela en un temps record dénotant l’agilité créatrice de sa main.

 

 

Présentation

Mots de Noël

 

Ces mots tentent d’évoquer ce qui peut étonner. Le sublime et l’horrible. Notre temps ne manque pas de malheurs qui affligent et qui font peur. Et qu’offre-t-il pour l’admiration ? Plein d’exploits scientifiques et technologiques révélant l’humaine habileté. Démontrant son emprise sur la nature et ses avancées dans l’univers. Mais une telle maîtrise n’est que rejeton de ce qu’est l’humain en son fond : se trouver là, comme ça, à la mesure de tout ce qui est, a été et sera. L’immensité de cet être est la source de tout étonnement. Le sublime originel. L’orient du premier émerveillement.

 

Ces mots prennent Noël pour occasion. Commémoration et célébration. Nous en avons fait la fête des petits. Parce qu’ils sont capables de s’étonner et d’admirer bouche bée. L’émerveillement éclaire l’œil de l’enfant. Cette clarté peut montrer que nos troubles et nos maux sévissent en un espace assez vaste pour recevoir aussi un monde d’autre mouture. Où le beau de l’univers et de toute nature meublerait l’étonnante et merveilleuse humaine ouverture. Et inspirerait ses dires.

 

 

Préface

Troisième édition

 

Mots de Noël étaient et sont restés, jusqu’à cette troisième édition qui comporte un ajout substantiel, un cheminement vers le commencement. Commencement où origine le langage. Ce langage qu’on a divinisé : « Au commencement, la parole/la parole avec Dieu/Dieu, la parole. » Et l’humain est fait à l’image de cette Parole, ce Verbe, ce Mot. L’humain doué de langage selon les écritures judéo-chrétiennes et aussi selon une longue tradition philosophique.

 

L’humain n’invente pas le langage de toutes pièces. L’humain est en lui; d’origine, en commençant, il est langage. Ainsi voit-on que le commencement vers lequel cheminent Mots de Noël n’est pas un simple début qu’on laisse en arrière. Le commencement ne se quitte pas, il demeure. Il est source jaillissante. En ce sens, nous sommes en commencement. Le commencement est toujours à l’oeuvre dans ce qu’il rend possible. Gros de parole, le commencement porte l’histoire. L’histoire naît et se déploie en paroles. Elle s’avère l’aire ouverte, impliquant temps et espace, où nous déployons journellement notre vie dans un monde qui nous est propre. Mais un monde que nous savons être seulement une disposition particulière dans l’ensemble de l’univers.

 

Noël, un petit mot lourdement chargé d’histoire. Mais qui devient, en notre contrée, un écho faiblissant d’un discours qui, il y a peu, affirmait encore avec force le règne de Dieu sur l’humain. D’où la pertinence de redemander qui est l’humain et qu’est le divin. Questions philosophiques par excellence.

 

Mots de Noël tentent de les approcher, de les ouvrir. Mais en mode simple. Même dans un langage s’essayant en toute naïveté à la rythmique poétique. Et en des circonstances familières de repas du soir, entre amis, à chaque dernier samedi avant Noël. Ces moments offrent place et convenance à un certain rituel de la parole. Une parole en des atours un peu festifs favorables à une lecture à haute voix. Il y a maintenant huit ans que renaissent ces Mots de Noël. Entre eux s’intercalent des textes interprétatifs où tentent de s’expliciter les évocations des poèmes lus. De Yehoshua à Christos ou Le mythe chrétien rassemble les moments les plus significatifs de la démarche. Comprend-on le sens de la parole mythique, de la métaphore dans la vie ?

 

Les trois parties du livre contiennent en ordre chronologique les textes de chacune des trois éditions. Cette disposition veut respecter le caractère processuel de l’expérience se déroulant au rythme des Noëls et des solstices d’hiver. Entendre ici l’évocation des marches du soleil, du jeu de l’obscur et de la lumière, et de la projection de la symbolique langagière des dieux ou du divin.

 

Langage, être, vérité et révélation se rencontrent à la source, dans le commencement.

 

Québec, Octobre 2010

 

 

Divisions du livre
 

Première partie
(décembre 2002 à décembre 2004)
Destin du Mot

Deuxième partie
(décembre 2005 à décembre 2006)
Lumière et Mot. Mythes et Christianisme

Troisième partie
(décembre 2007 à décembre 2009)
Révélation.
De Yehoshua à Christos ou le Mythe chrétien
 

 

Introduction

 

Voici des poèmes de circonstances. Écrits pour des rencontres entre quelques amis à chaque dernière fin de semaine avant la fête de Noël. Occasions de marquer ce moment précis du calendrier par une sorte de coutume se profilant dans une longue tradition de partage. Ces mises en commun, et d'autres semblables en diverses circonstances significatives pour le groupe, ont lieu, entre autres choses, pour permettre de parler. Pour offrir une place à la parole. Et aussi, faut-il le dire sans désagrément, pour goûter à l'aveugle quelques bons produits de la vigne. Alors ces poèmes veulent tout juste, sans prétention aucune, favoriser le langage en des circonstances elles-mêmes propices à l'entretien.

 

La dégustation à l'aveugle est exercice d'écoute. Se laisser suggérer par le vin les mots qui le manifestent bien. Et entendre. Et attendre. Attendre les impressions, s'ouvrir aux sensations, accueillir les tentatives d'évocation… Jusqu'à ce que se pointe le nom de la juste appellation. Une fois nommé, le vin est révélé. Il apparaît dans toute son ampleur, il est à plein. En pleine manifestation. Mais toujours avec quelques nuances tenant de sa respiration, de la forme du verre, de la température, et même de l'ambiance diversement propice au libre surgissement des mots. Cet exercice est bonne illustration de l'essence poétique ou langagière de l'humain. Car la parole vient d'une écoute imprégnée d'attention. Et ainsi cet exercice accessible à quiconque habilite à entrer plus avant dans l'aire de langage où ont pris forme des expériences humaines particulières de paroles. Comme celles, par exemple, que transmet la longue tradition judéo-chrétienne et qui s'inscrivent encore et toujours en mode commémoratif dans notre calendrier. La fête de Noël renvoie sans aucun doute à quelques-unes de ces expériences de langage qui ont forgé une part de l'humain et influencé le cours de son histoire.

 

Mais notre temps sait-il vraiment commémorer? A-t-il encore les mots pour célébrer, dire le neuf, voire la grandeur de ce qui s'est passé et n'a pas fini d'arriver? Ses mots sont-ils trop garnis de futilités pour s'acquitter d'une telle mission? Ses mots, par imprudence ou insouciance, se sont-ils écartés du périmètre de l'essentiel au point de ne plus avoir pour lui qu'une oreille distraite ou une ouïe émoussée?

 

Les poèmes, en revêtant une tenue festive, mais sans les raideurs du protocole d'un art poétique contraignant, peuvent, semble-t-il, surprendre et disposer le langage à l'étonnement. Éveiller son attention et le rendre interrogatif. Ainsi offrent-ils, tout d'abord, la possibilité d'entrer en mode d'aspiration pour le souffle singulier tirant de la faille abyssale ouverte entre le tout de l'univers et son rien, où l'humain peut entendre quelque harmonique de son large et énigmatique destin. Et aussi, par l'occasion, exposent-ils ce même langage au vent d'une lointaine inspiration soufflant encore discrètement, peut-être, dans le prolongement de la tradition où s'insère Noël. Tradition qui a recueilli, dans l'écoute, tant de récits, tant de poèmes et de nouvelles tout le long de son chemin. Autant de dires ou d'écrits qui ont entrouvert une brèche dans l'histoire humaine et laissé libre cours à une particulière destination. Une longue tradition de partage. Contrariée souvent, il est vrai, par les mesquineries de ceux-mêmes qui y adhèrent dans la croyance. Ignorée par l'indifférence des comblés et des repus. Combattue par ceux qui disent savoir. Questionnée, aussi, par quelques autres dont l'attention demeure, dans l'endurance, en mode de demande.

 

Les pages de prose qui s'intercalent se veulent une interprétation, une tentative d'explicitation, pour une lecture plus courante, de la charge de sens transportée sous bâche, pour ainsi dire, par des mots apparus dans le surgissement plutôt spontané du langage.

 

Par ailleurs, il ne s'agit pas d'appuyer sur une tradition réputée révélée une analyse qui essaie seulement d'être attentive au phénomène du langage humain. On ne veut pas chercher le bien-fondé d'une telle démarche chez une autorité quelconque. Mais tout simplement indiquer que cette dite révélation semble, pour sa part, se greffer sur une expérience authentique de la condition langagière humaine. Laisser la pensée et la croyance camper librement leur propre stature et regarder en direction de leur authenticité, c'est là ce qui est proposé.

 

L'origine du langage, encore à dévoiler, comme un orient pourrait en cela éclairer.

 

 

 

* * *

 

 

 

Mots de Noël

 

 

Ce soir
Je devrais bien faire un cadeau
Enveloppé, enrubanné, dans un écrin…
Mais je n'ai rien…
Que des mots.

Rien…
Absence totale.
Absence… de tout.
Vide absolu, vide de tout…
Annonce première de mystère!
Peut-on y voir plus clair?
Que reste-t-il à connaître en l'absence de tout?
À côté, en dessous, en dessus, en dehors de tout?
À la place de tout?
Rien.
Serait-ce du savoir la fin?
Abîme sans fond et sans confins?
À moins que…à moins que ce ne soit le commencement
D'un inépuisable et sublime enchantement.

Pour admirer un visage aimé,
Il faut pouvoir s'en écarter.
De même, en dehors, à distance de tout,
Le tout va apparaître d'un coup.
Cela peut-il vraiment se faire?
Cela s'est déjà fait,
À notre insu…
Le rien y a pourvu.

Car le rien, c'est rien de tout, rien du tout!
Rien du tout
Attention!
Le tout vient d'apparaître…sur noir profond,
Sur le rien comme toile de fond;
Sur le rien comme fond de scène
Échappant à l'œil et tous ses stratagèmes.
Ce rien, inaccessible à tous visionnements,
Échappant à tous positionnements,
Défiant tout montage de l'imagination,
Éludant les astuces de nos machinations…
Car ces ruses et expédients n'ont prise que sur le tout,
Ne s'exercent que dans le tout, ici, ou là, ou n'importe où.

Je devrais bien faire un cadeau
Mais je n'ai rien…

S'il n'y a rien d'accessible dans le rien,
Pourquoi l'avoir toujours sur notre chemin?
Voyons quelques exemples
De son assidue présence:
"-Combien vous dois-je? - Rien du tout.
Alors merci beaucoup! - De rien!
Mais j'apprécie tellement! - Je vous en prie, c'est vraiment rien!
-Un rien, Madame, vous habille très bien!
-Un rien de parfum réveillera son teint.
-Chérie, pour toi, rien de trop beau!
Mais ça, ce n'est vraiment pas rien!
-Vous pensez que…, mais il n'en est absolument rien.
-Faites comme si de rien n'était,
Et rien qu'un autre verre, s'il vous plait!
-Non, rien de rien,
Non, je ne regrette rien!
-Ce vaurien ne fout absolument rien.
Il a tout perdu, il est tout à fait devant rien.
-C'est comme rien, il n'y a rien qui marche;
Il n'y a vraiment rien à faire de ça!"
Le rien en tout, partout le rien.
Pourtant, il n'y a rien à faire du rien.
C'est à n'y comprendre rien à rien!

En sa qualité de rien du tout,
Le rien est rattaché au tout,
Nous introduit, nous y amène sans façon
Comme on rentre tout bonnement à la maison.
Rien du tout: absolument nulle chose dans l'être,
Passée, présente ou à paraître;
Nulle chose infiniment petite, immensément grande;
Aucune chose de ces milliards d'étoiles
Qui tracent la Voie lactée sur blanche toile;
Aucune chose des myriades de milliards de galaxies
Émaillant l'espace très loin, si loin… si loin d'ici,
Flottant insouciantes et silencieuses vers un destin
Qui fait mystère de ses débuts et de sa fin;
Nulle chose de ces quatre-vingt-dix pour cent
De la matière à notre appel encore manquant;
Aucune chose sensible et matérielle,
Nulle chose immatérielle ou spirituelle;
Aucune chose de ce monde ou des cieux,
Ou bien encore relevant des dieux.
Le rien est rien de tout cela.
Ainsi le rien se montre en ce qu'il n'est pas.
Singulière façon de s'afficher en dévoilant le tout,
De fonctionner comme rien du tout!

Alors le rien,
On le voit bien,
Colle à toute chose comme son envers
Dénué et vide tel un désert;
Ombre invisible poursuivant tout,
Trouvée nulle part, pointant partout,
Adonnée à cette unique tâche
De tout accompagner sans relâche,
Dans une parfaite discrétion.
Le rien, néant de tout,
Fait embrasser le tout
Par négative évocation…
Pour peu qu'on y prête attention!

Nous voilà bien au cœur d'un phénomène
Qui soude ensemble deux extrêmes,
Deux sortes d'incomparables
Tout à fait inséparables:
Impossible, en effet, de dire le tout
Sans évoquer le rien;
Impossible, non plus, de dire le rien
Sans référer au tout.
Rien, c'est vraiment rien du tout,
Comme étoile en son sein,
Éteinte pour son unique bien,
Qui discrètement le favorise
Et toutes ses richesses irise.
Le rien a l'effet d'un invisible éclair,
Laissant le tout seul apparaître…
Comme une perle au cou,
Le rien est éclairage du tout.
Mais lui, il fait perdre tout espoir
De jamais lui toucher ni de le voir.

Je devrais bien faire un cadeau
Mais je n'ai rien…que des mots.

Ainsi le rien, n'était-il qu'un mot,
Ce serait déjà très beau.
En quatre lettres seulement,
Évoquer beaucoup, immensément,
Évoquer absolument, appeler toutes choses,
De l'atome infime à la fleur éclose,
Toutes choses, pêle-mêle, en tohu-bohu,
Les unes familières, la plupart inconnues.
Rien dit le tout, sorte de fourre-tout sans aucune parois,
Amas universel du chaos, de l'ordre et des lois.
Rien, un tout petit mot
De rien du tout,
Mêlé à toutes les sauces, fourré partout,
Qui dit, qui parle, étonne et fait penser.
Rien, un si petit mot…!
Rien, ça l'air de rien, mais le tout peut présenter,
Comme un présent, un ineffable cadeau.

Alors le rien
Est l'annonce, tout au moins,
De l'immensité toujours à visiter,
Qui ne saurait être mesurée,
Mais qui se peut fréquenter
Par qui laisse les mots arriver.
L'immensité du tout, qui indéfiniment reste à décrire,
À décliner, à épeler, à dire
En ses multiples dimensions,
En ses secrètes articulations,
Et en son étonnante manifestation.
La pensée trouve ici son ultime destin:
Pourquoi, comment y a-t-il quelque chose et non pas rien?

Suprême question
Que tout humain pose discrètement
Sous l'effet de l'étonnement
De se trouver, comme cela, en place
Dans cet immense espace
Qui démesurément le dépasse
Et que, néanmoins, il imagine et embrasse.
Question dont la réponse fuit toute hâtive solution,
Dont l'ouverture cependant permet
De parvenir jusques au voile du grand secret…
Quand on laisse intervenir l'inspiration.

Inspiration…
Non simple affaire de déduction.
En premier, écouter.
Le mot, les mots se laisser souffler
Par le tout et chacune de ces choses
Qu'il renferme et qui le composent.
Car ainsi que le tout s'annonce dans le mot rien,
Chaque chose requiert un mot comme sien,
Qui lui permet d'être nommée,
Et ainsi d'être dévoilée,
Puis d'être admirée, et peut-être aussi aimée.
L'inspiration: au souffle de tout pouvoir frémir,
Pour ensuite le dire et ainsi l'offrir.
L'inspiration souffle en l'humain…
Voilà un grandiose destin.
Soif et accueil avide des mots…
De tout, du tout, remarquable cadeau!

Je devrais bien faire un cadeau,
Mais je n'ai rien… que des mots.

Écouter, dire, parler:
L'humain a un être langagier.
Mot, langage: logos; dire: legein;
Deux empreintes grecques de notre patrimoine.
Chez Héraclite d'Éphèse, en effet,
Cinq siècles avant notre ère,
Legein signifiait: dire;
Mais, d'abord et surtout: rassembler, récolter, cueillir.
Ainsi le mot, lointainement, vient de legein et logos.
Alors que fait-il, au juste, le mot, qu'en est-il de son propos?
Certes, il dit: laisse apparaître les choses individuellement,
Identifie, caractérise,
Nous est soufflé comme une brise
Dans l'inspiration
Si nous prêtons attention;
Mais il est aussi et surtout cueillette, récolte, rassemblement;
Il vendange, le mot, il engrange en somme
Ce qui s'offre à nous et se donne.
Le mot collige et nomme.

Ce faisant, il montre, manifeste, dévoile,
Laisse apparaître comme dessin sur la toile.
Il engrange du tout l'inépuisable moisson,
Et prend chaque chose en garde, sous sa protection.
Pour le dévoilement de tout
Le mot est joyau, le mot est bijou,
Comme une perle au cou
Faisant ressortir la couleur
De la robe du soir, et des yeux la douceur.

Une autre langue, l'allemand, des racines grecques porte encore le seing:
- Lire: lire des mots, des mots écrits, les laisser dire, se dit lesen.
- Cueillir: récolter, engranger, vendanger, se dit aussi lesen.
Comme dans Auslese: sélective cueillette
Gonflée de goûteuses recettes
Qui inspirent l'art du grand vin.
J'aimerais bien faire un cadeau,
Offrir le multiple et précieux butin
Cueilli par les soins attentifs des mots!

Admirons encore du mot toute la puissance
En évoquant d'un très vieux récit la souvenance.
Quelqu'Un dit: lumière, ciel, terre.
Manière originelle, première,
Au commencement, de faire apparaître
Tout l'univers,
De rien.
Encore faut-il, ici, savoir bien lire:
Tout à fait au commencement,
Dans un originel frémissement,
Créer, tout faire de rien, c'est dire.
À l'origine de tous les temps
Tout vient à être, devient présent
En la puissance du mot…
Tout un cadeau!
Voilà, fut-il dit enfin,
Qui est bien!
Création.

Comme l'être, dit-on, se traduit en l'agir:

Dis-moi ce que tu fais

Et je te dirai qui tu es!

Mine de rien, ce récit assimile Dieu au dire.
Dieu, c'est le dire, c'est le mot,
Créant de rien l'univers;
Où se trouve d'ailleurs l'humain,
Image du dire premier et tout-puissant,
Capable aussi de faire apparaître en disant.
L'humain, du rien re-disant le tout, l'univers,
Crée, dispose son monde à sa manière,
Au souffle de la constante et fertile inspiration.
Humaine création.

Du mot, enfin, louons aussi la magnificence,
Comme y invite un certain Jean
En sa Nouvelle écrite en grec,
Lue et relue de siècles en siècles.
Au commencement, en premier, était logos:
Le verbe, le dire, la parole, le mot.
Le mot, écrit-il, était Dieu,
Le mot était auprès de Dieu.
Ce mot premier habite parmi nous,
Est avec nous, comme nous.
Parce que nous sommes verbe, dire, mot, langage,
Ainsi du tout-puissant dire les images,
Ce mot premier put prendre chair en commun partage.
Incarnation!
Humaine et dive union…
Jubilation!

Le rien, en son mot, s'avère l'écrin de l'être:
Ostensoir discret du tout en besoin d'apparaître;
De ce tout fontaine inépuisable de vérité
Qui reste sans cesse à puiser, à dévoiler.
Ce mot rien est originelle donation
Du tout aspirant à la manifestation
À travers les humains que nous sommes:
Qui parlent, écoutent, disent et nomment.

Les pieds bien posés sur cette terre,
L'humain est au centre, au cœur de l'univers!
Non pas que tout autour de lui en orbite tourne,
Mais parce que du langage où il séjourne
Jaillit une lueur d'étincelle
Qui éclaire tout et tout décèle
Au rythme de l'inspiration
Soufflant dans chaque nomination;
Une lueur discrète qui d'un seul coup
Dans le mot rien fait ressortir le tout.

Il fut, plus tôt, bien imprudent,
Ces quelques lignes commençant,
D'avoir imaginé le rien
En dehors du tout, comme son voisin,
Alors qu'il germe et règne dans son sein.
Le rien est rien du tout!
Avec trop grande précipitation
On n'y comprend qu'extériorité ou exclusion.
On y voit tout juste deux entités
En dehors de l'une et l'autre situées.
Mais rien du tout dit plutôt discrète appartenance,
Donnant lieu à une intime distance.
Di-stance:
Non, certes, un écart qui se mesurerait,
Mais plutôt une double tenue évoquerait:
Tenue habituelle du tout en mode voilé,
Où le rien peut soudainement pointer;
Et tenue illuminée du tout dans ce mot évoqué.
C'est ainsi qu'originellement advient
La manifestation: vérité de l'être et du rien.

Au cœur du tout, donc, le rien,
Et le dire humain
À l'image du dire divin.
Il faudrait enfin être sérieux
Et penser mot quand on dit Dieu;
Et penser Dieu intime au tout,
De rien, disant toujours et partout.

Inspiration, création, incarnation…
Voilà autant de façons
De présenter, de paraître,
D'entrer en manifestation ou d'être.
Entre le tout et son rien
L'humain pérégrine et voyage
Dans une suite infinie de paysages
S'ouvrant au rythme des mots qui lui viennent;
Et qui brillent comme balises et repères.
Le mot est enseigne de l'être.

Ce soir,
En cet Avent de Noël,
Pour prolonger la Grande Nouvelle,
Je voulais vous faire un cadeau:
Recevez le rien comme mot,
Et l'Univers sera votre lot.


21 décembre 2002

 

 

 

* * *

 

 

Interprétation

D'entrée de jeu le poème évoque le soir. L'heure du repos, du recueillement. L'heure du rassemblement autour de la table nourricière. La table invitante et disposée à l'entretien convivial. Mais de quel soir s'agit-il? Le titre et la fin du poème le laissent entendre. C'est un de ces soirs enneigés du temps de Noël. Où les flocons silencieux laissent choir en douceur de la paix sur la terre. Soir du 21 décembre 2002. L'esprit est à la fête. L'atmosphère de la maison s'est réchauffée par l'accueil. Le cœur s'ouvre au don et au partage. Aussi le poème aimerait-il faire un cadeau joli comme le veut la tradition. Mais, contrairement à la coutume, il se présente avec rien. Pourquoi si minime bagage?

Parce que, ce soir-là, la pensée veut prendre congé de la folie, de la frénésie de ces hommes et femmes qui s'entassent à cœur de journée dans les centres commerciaux, qui grouillent comme fourmis empressées, se croisent, se bousculent, se précipitent pour mettre la main sur les objets petits et gros qu'on offrira en avalanche le temps de la distribution des soi-disant surprises venu. Ce soir-là, le coeur veut se reposer de cette course aussi insensée qu'effrénée. Ce soir-là, la pensée veut se délester de préoccupations aussi éreintantes que superflues. Aussi le poème n'apporte-t-il rien de ces objets clinquants et rutilants emprisonnés dans un plastique transparent, moulé, rigide et détestablement revêche, ou dissimulés dans le secret d'un étuis de velours enveloppé de papier d'or ou à rayures étincelantes, puis orné d'un chou à frisures techniquement parfaites. Rien d'achetable, d'utilisable, de mettable ou de jetable. Ce soir-là, le poème prend congé des obsessions du consommateur et de ses impérieuses envies. Il n'a rien, le poème. Il n'a rien à présenter, à offrir…que des mots. Rien, si ce n'est des mots.

 

Mot et poésie

Le poème n'est que mots. En cette qualité, à quoi sert-il? À quoi peut-il prétendre? Que peut-il faire? Convient-il seulement qu'il se présente en cette occasion de fête? Ces questions ne sont pas simples effets de creuse rhétorique. Car en tant que poème (poihma) précisément, il est sensé pouvoir faire quelque chose. Comment cela? Poème, il se veut poésie. Et la poésie, de son origine grecque (poihsis, poiein), signifie: faire, création. Le poème, de par ses mots eux-mêmes, car il n'a rien d'autre, crée. Et créer, c'est faire. C'est même le faire par excellence: c'est faire apparaître originellement; c'est de source surgissant d'obscure profondeur amener dans la manifestation. Mais, le poème, que peut-il laisser se manifester avec le rien, avec le mot rien dont il semble si friand? Apparemment, rien.

Le poème, cependant, ne loge pas dans les espaces du premier coup d'oeil. Il franchit les paysages du déjà vu, il transgresse le monde des apparences immédiates. Car celles-ci, de réputation, ont pris congé de l'essence. Elles n'ont cure de l'essentiel. Elles le maintiennent en retrait des zones journellement occupées. Le poème invite à passer au-delà de ces lieux communs couramment fréquentés et à rentrer sur la pointe des pieds dans l'aire de l'inédit, des fraîches nouveautés sises au cœur de l'être même des choses. Ainsi le poème ne se contente-t-il pas de ce qu'on pense ordinairement du rien; ou plus précisément de ce qu'on ne se met pas vraiment en peine de penser. Il tente plutôt de l'approcher, ce rien, de l'aborder avec précaution et de séjourner auprès de lui, pour apprendre de lui de quoi il retourne en son sein.

 

Le rien du tout

Cela est-il possible? Car le rien, voilà qui décontenance et qui déroute à souhait! Un vrai cul-de-sac, le rien. Ou un sac sans fond, peut-être. Un gouffre! Rien, ce n'est pas une chose, une chose parmi d'autres. On ne l'a jamais vu, ni touché, ni senti. Le rien n'est rien des objets d'utilisation, des produits d'avide consomma-tion dont les humains sont de nos jours si férus, si assoiffés, en particulier dans ces temps de Noël et du Jour de l'An. Le rien, si on y pense bien, est le rien de chaque chose, de toutes choses, de tout. Le rien est rien du tout. Apparemment rien qui relève du tout. Et voilà que le poème, surprise, en disant rien, évoque le tout, crée l'ouverture pour que tout se manifeste, globalement et indistinctement, ou selon une énumération ou déclinaison dont l'étendue et la fin défient toute imagination. Mais, dira-t-on, on peut envisager le tout sans recourir au rien. On n'a pas besoin de lui pour penser au tout. "Voyons donc! Il ne sert à rien, le rien!" Une telle répartie cependant a-t-elle vraiment bien vu ce qu'on peut voir?

Comment se constitue, de fait, le tout pour la pensée? Selon les apparences ou à première vue, par une sommation de ceci, de cela, de cela aussi, de cela encore, et ainsi de suite, jusqu'à épuisement de ce qui est, a été et sera, de tout ce qui est imaginable ou inimaginable. Par une sommation qui ne laisse aucune chose, nulle chose, (nihil) i.e. rien, en reste. La sommation de tout ce dont on peut dire d'une manière ou d'une autre qu'il est, la sommation du tout, en somme, débouche donc sur le rien, évoque le rien. Rien n'est en reste. Rien comme mot résultant et renvoyant à la sommation du tout, s'avère ainsi l'évocation raccourcie à l'extrême du tout, de tout. Il remplace en un rien de temps la sommation détaillée de tout qui, entreprise, durerait sans doute indéfiniment. Mais ce rien, faut-il insister, n'est pas quelque chose; sinon il serait inclus dans la sommation du tout à titre au moins de composante, si secrète fût-elle.

Alors en tentant de dire le tout, on arrive au rien, et en disant rien, on évoque le tout. Le poème en son langage dit le rien et le tout, fait apparaître deux indissociables, qui sont néanmoins tout à fait incomparables parce qu'ils diffèrent complètement, sont différents du tout au tout. Du tout au tout! Cette expression courante convient bien à deux choses totalement différentes. Par exemple, une fleur et une pierre. Tout de la fleur diffère de tout ce qui caractérise la pierre. Et inversement. Du moins à première vue. Ainsi en est-il du tout et du rien: tout du tout diffère de tout du rien. Ces deux diffèrent du tout au tout. Mais, demandera-t-on, peut-on ainsi parler sans chosifier inopinément le rien, sans en faire en catimini quelque chose? Quelque chose de déterminable? Oui, à condition de ne pas oublier que rien du rien ne supporte une comparaison avec quoi que ce soit dans le tout, avec quoi que ce soit qui est. Car le rien n'est pas, semble-t-il. Seule une chose, fleur ou pierre, ou n'importe laquelle, quelle que soit sa petitesse ou sa grandeur, son étroitesse ou sa magnificence, est. Mais le mot rien, lui, laisse entendre que le tout s'est manifesté, est apparu, comme en sourdine.

 

Essence langagière de l'humain

Ainsi apparaît-il qu'en disant le rien, le poème se met en l'état de manifestation par excellence. Se met en état de disponibilité ou de permission totale: permission à tout, au tout, de se manifester. Mission grandiose que celle du poème et de ses mots! En eux se dévoile l'humaine essence en sa capacité de dire. Ils s'avèrent un lieu privilégié du déploiement de cette essence humaine en la puissance de son dire. Où la totalité des choses ou l'univers, l'être et le rien manifestent leur secrète appartenance. Source abyssale ou inépuisable de la pensée!

Le poème, tout poème, s'avère ainsi une expérience remarquable du langage. Il est une mons-tration éloquente du phénomène langagier humain. Aristote a défini l'humain comme to zwon logon econ, le vivant ayant le langage. L'humain, faut-il le dire encore, ne possède pas le langage comme un accessoire quelconque ou un outil d'appoint dont il pourrait se passer tout en restant complet et authentique. L'humain a le langage comme ce qui le caractérise en propre, essentiellement; comme ce qui le différencie de fond en comble des autres vivants. Le langage est son premier et plus grand bien. Sans le langage, l'humain, en tant que tel, ne serait pas tout simplement. Il serait tout bonnement un vivant comme tout autre animal. Pris ou emmuré dans son environnement immédiat, et sans distance consciente par rapport à lui. Alors que le langage lui permet de s'ouvrir au tout de ce qui est, si complexe, si éloigné, si immense, si infime et si intime soit-il.

En même temps que le poème montre l'être langagier de l'humain, il étale aussi toute la mesure de cet être. En son langage, en effet, l'humain est à la mesure du tout, de l'incommensurable tout, du tout défiant toute définitive mesure. Pour l'humain, être à la mesure du tout, c'est être de manière à pouvoir accueillir en langage et en pensée tout ce qui est, a été, ou sera, tout ce qui a rapport à l'être dont le rien semble la seule limite abyssale, insaisissable ou indéfinissable parce que n'ayant aucun caractère de ce qui est. L'humain à la mesure de l'être du tout, du tout absolu, sans rapport à de l'autre identifiable? Vers quel abîme pointe le poème!

 

Phénomène d'être et vérité

Dévoilant l'être langagier de l'humain, le poème montre en même temps où et comment le tout vient à se manifester, vient à être, vient à l'être: le phénomène d'être a lieu chez l'humain. Voilà son destin! Le phénomène d'être a son lieu chez l'humain en son langage même. Phénomène d'être… Il se montre en tout ceci une appartenance secrète entre manifestation et être. Être est phénomène d'être, i.e. manifestation. Rigoureusement. La manifestation lui est essentielle, constitue son propre. Être serait alors être en manifestation. Être dit manifestation. Cela n'est pas sans étonner. Mais, objectera-t-on, ce qui est absent est, et pourtant n'est pas manifeste. C'est abusivement toutefois qu'on réduit d'habitude la manifestation à la présence. Édith, l'amie commune, est absente. Elle est manifestement absente. Elle est manifeste, mais en tant qu'absente, sortie de la présence. La présence et l'absence, semble-t-il, sont tout juste deux modes de la manifestation. Être, en tentant d'expliciter davantage, c'est être en dévoilement. Ou encore en instance de non-occultation, sortie de l'occultation et tenue hors d'elle. Sortie de l'état d'occultation, de ne pas être caché, permettant alors le jeu de la présence et de l'absence. Ainsi être signifie littéralement: dé-cèlement, déclosion. Déclosion, ne figurant pas au dictionnaire, n'est pas français, dira-t-on. Mais ce vocable le fut déjà. Qui ne connaît pas ces vers de Ronsard: Mignonne, allons voir si la rose / Qui ce matin avait déclose / Sa robe de pourpre au soleil,…? Éclosion, pourrait-on dire aussi. Éploiement, éployer, également. Alhqeia, disaient les premiers penseurs grecs dont nous sommes héritiers. Veritas, traduisirent les Romains. Vérité, disons-nous tout bonnement de nos jours. Mais avec un glissement de sens qui est aussi une contraction, une diminution notable de signification. Car vérité signifie couramment, pour nous, un simple rapport d'adéquation ou d'ajustement ou de conformité entre quelque chose et une proposition, un énoncé, qui porte sur ce quelque chose.

Mais cette conception de la vérité accuse au moins deux carences: 1. Le mot vérité du langage courant ne retient absolument rien de l'expérience du mouvement de décèlement, de dévoilement, de déclosion ou d'éclosion qui vient au jour dans l'expérience grecque et son mot alhqeia; 2. Puis la soi-disant adéquation ou rapport de conformité de la proposition à la chose suppose, bien sûr, que cette chose est déjà manifeste, dévoilée. Et comment arrive-t-elle, la chose, en cet état de dévoilement? Par le langage, justement. Dans le langage qui la nomme et ainsi l'expose. Alors il appert que la vérité-adéquation est tout au plus une forme dérivée de la vérité qui, elle, fondamentalement et originairement est dévoilement, décèlement, accès à la manifestation, arrivée à l'être, en instance d'être. Et cet accès à l'être a lieu chez l'humain, en l'humain, en tant qu'il dit, qu'il a le langage, qu'il a un être langagier. Être dit, c'est être en manifestation, c'est être en vérité, c'est être. Être, c'est être dit. La vérité est originellement la vérité de l'être, l'éploiement, le déploiement, la déclosion de l'être comme être dit. "…allons voir si la rose / Qui ce matin avait déclose…!

En tant que mots, le poème dit, fait apparaître, crée. Le poème fait entrer dans la manifestation, est œuvre de dévoilement, est vérité du tout et de l'humain, de l'humain en son essence, de l'humain dans le tout, en son rapport au tout. Le poème montre l'humain en train de laisser apparaître le tout et ses diverses choses, en train de faire être. En cette guise le poème met l'humain en état de création.

 

Habitat langagier

Ainsi donc l'humain est langagier, de nature langagière. L'humain habite dans le langage, peut-on dire encore. Car habiter veut dire: manière habituelle d'être. D'être en son élément. L'habitat du poisson est l'eau. L'eau est son élément. Le milieu, l'entourage où il est à l'aise, qui lui est favorable ou qui lui permet d'être tout simplement comme poisson. Semblablement le langage est l'élément de l'humain, le milieu qui le favorise au mieux, qui lui accorde l'originelle faveur, qui lui permet de se déployer comme humain, tout simplement. Le langage révèle l'humain et se révèle en même temps comme son lieu. Un lieu, par ailleurs, qu'on ne peut concevoir simplement comme un espace en qui l'humain se trouverait situé et avec qui il n'entretiendrait que des rapports relevant de la pure détermination spatiale ou de localisation. Mais plutôt un lieu qui, par évocation métaphorique, s'approcherait davantage d'une aire oxygénée dont la vertu vitale le pénètre de part en part en le constituant rigoureusement dans ce qu'il est. Lui donnant essence et consistance. Un peu comme une matrice secrétant les agents vitaux. Ce milieu langagier n'est pas fermé, mais a la propriété de s'ouvrir en tous points, en tous sens à la faveur des mots évocateurs, des mots révélateurs de l'être des choses en suite d'une écoute attentive à leur interpellation. Le langage comme habitat de l'humain est ouverture incessante aux choses, ouverture plurielle à la multiplicité des choses selon leur diversité, ouverture immense à l'immensité du tout, et, de la sorte, ouverture habilitée à questionner à propos du sens ou de l'origine du tout. Ouverture inépuisable, insondable, comme le tout lui-même. L'habitat langagier de l'humain peut être compris comme une maison aux innombrables fenêtres s'ouvrant au gré des mots évocateurs du temps, de l'espace et du visage des choses qui y ont place, des choses qui regardent pour ainsi dire en direction de l'humain et qui viennent à sa rencontre pour accéder à la manifestation en des mots hospitaliers. Le langage comme élément ou habitat de l'humain est une sorte d'espace, d'aire qui se dégage et s'éclaire et se meuble au rythme de la manifestation nominative des choses en leur être. Le langage est entretien, est réponse à l'interpellation des choses en leur être. Le langage est la clairière de l'être où foisonnent les choses du tout au rythme de leur nomination.

 

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BIOGRAPHIE

Fernand Couturier

 

Né en 1928 à Saint-Joseph du Madawaska au Nouveau-Brunswick dans une famille paysanne, l'auteur fait ses études classiques au Collège de Saint-Laurent à Montréal. Il étudie ensuite en théologie dans les années 50 pour ensuite enseigner au Collège de Saint-Laurent. Il obtient une licence (maîtrise) en philosophie à Paris en 1961.

Tout en enseignant cette matière toujours au même collège, il entreprit en 1963 une scolarité de doctorat en philosophie à l'Université de Montréal. De 1964 à 1967, il travailla sur la pensée de Martin Heidegger, à Freiburg im Breisgau, sous la direction de Bernhard Welte.

 

"Monde et être chez Heidegger" lui permit d'obtenir le doctorat en philosophie de l'Université de Montréal en 1968. Il devint professeur de philosophie allemande contemporaine à l'UQAM de 1970 à 1993, moment où il prit sa retraite. Pendant cette période, il joint à l'enseignement différentes tâches de direction dans la même université: Module de philosophie de 1978 à 1980; Département de philosophie de 1980 à 1985; Programmes d'études interdisciplinaires sur la mort de 1985 à 1990. C'est en dirigeant ces derniers programmes qu'il fonda la revue Frontières, organe de recherche et de diffusion sur différentes problématiques de la mort et du deuil.

"Monde et être chez Heidegger", 584 pages, a été publié aux Presses de l'Université de Montréal en 1971. Publication d'articles en philosophie dans différentes revues, et collaboration à quelques collectifs. Puis en 1990, "Herméneutique", 211 pages, parut chez Fides.

Depuis sa retraite, surtout à partir du référendum de 1995, il travailla sur le manuscrit "Un peuple et sa langue". Et il a d'autres travaux en cours sur Heidegger, en particulier relatifs à la vérité et à la temporalité de l'être. D'autre part, un manuscrit sur Nietzsche portant comme titre "Langage et interprétation" est à quelques pages de son achèvement.

 

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BIBLIOGRAPHIE
Fernand Couturier

 

Monde et être chez Heidegger,
Presses de l'Université de Montréal,
1971, 584 pages.

Herméneutique,
Fides, 1990, 211 pages.

Un peuple et sa langue - Pour l'avenir du Québec
Essai de philosophie du langage et de l'histoire
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004.

Mots de Noël, Poésie et Prose.
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004.

Mots de Noël, Poésie et Prose.
Deuxième édition augmentée,

Fondation littéraire Fleur de Lys, 2007.

 

 

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