Premières pages du conte Chaïna
Il était une fois, dans une petite ferme située à
mi-chemin entre le village et la forêt, une fillette appelée Chaïna.
Elle vivait avec son papa, sa maman et son grand
frère Rayan.
Les parents travaillaient dans leur ferme, ils y
élevaient des poules, des cochons et plantaient des légumes.
Rayan travaillait dans la laiterie du village,
Chaïna avait une petite chèvre.
Roumia, elle seule pouvait la traire, car c’était
son amie.
Toute la journée, elles gambadaient à travers
champs, ou parcouraient les bois en sautillant.
Le soir venu, elles s’installaient sur un petit
rocher pour attendre le retour de Rayan.
La petite fille affectionnait ce moment où le
coucher du soleil flamboyait le ciel, faisant planer une atmosphère
magique sur le paysage qui se découpait autour de la vallée, Rayan
apparaissait à l’horizon comme par surprise.
Il lui faisait signe, elle accourait vers lui, d’un
bond, elle était dans ses bras et tel un oiseau, il la faisait
virevolter autour de lui.
Parfois il avait une friandise pour elle, et tous
trois rentraient à la maison où papa fumait la pipe, assis sur sa
chaise à bascule près de la cheminée, maman posait le dîner.
Leurs soirées étaient douces et paisibles, puis la
fillette fatiguée embrassait sa famille pour regagner sa chambre.
Elle aurait voulu que rien ne changeât dans sa vie,
mais le destin en avait décidé autrement, car un jour d’hiver
glacial, la mère sortit puiser l’eau, à cause du froid, elle
pressait le pas sans prendre gare au verglas.
Soudain son sabot glissa, de tout son long elle
tomba, l’eau du sceau sur elle se renversa et trempée comme une
soupe, rentra chez elle.
Le soir, une terrible fièvre s’empara d’elle et
malgré tous les remèdes quelques jours plus tard, la pauvre femme
mourut. Mais avant de rendre son dernier souffle, elle implora son
fils : « Mon garçon, promets-moi de prendre soin de ta sœur lorsque
je ne serai plus de ce monde. »
Entre deux sanglots, Rayan en fit le serment.
Sous la neige on l’enterra, non loin de la maison
selon la volonté du père.
Dans le village, on racontait que le malheureux
avait perdu la tête.
Son chagrin fut si grand que peu de temps après, le
mari suivit sa moitié.
Et bientôt, sa tombe vint accoler la sienne.
Dans le foyer réduit, le frère et la sœur accablés
par le sort, s’efforçaient de poursuivre les tâches de leurs
parents.
Rayan s’attelait aux travaux de la ferme, Chaïna se
chargeait de l’entretien du logis.
A la nuit tombée, le feu ne crépitait plus dans la
cheminée et sans veiller, chacun regagnait son lit.
Les jours s’écoulaient, et bien que la douleur
s’atténuait, la mélancolie demeurait quotidienne.
Pourtant par un bel après-midi, le regard de Chaîna
s’attarda sur le bleu du ciel et le beau vert de la prairie bigarré
d’une multitude de fleurs et dont les senteurs venaient lui
chatouiller les narines.
Ainsi que les papillons, les abeilles et autres
batifoleurs, elle fut attirée par ce regain, le cœur apaisé et le
pas léger, elle franchit la barrière de la ferme pour la première
fois depuis la tragédie.
Roumia suivit son amie, et toutes deux se dirigèrent
vers la forêt où les oiseaux s’en donnaient à cœur joie. La petite
fille redécouvrait la joie de la ballade, des feuilles craquant sous
ses pas, les petits animaux furetant, elles s’engageaient dans les
sentiers regardant les cimes inatteignables des arbres, elle se
sentait transportée.
Lorsqu’il fallut rentrer, Chaîna ne savait plus quel
chemin prendre, tous les repères avaient changé, cela faisait si
longtemps qu’elle n’y était venue.

Obtenir un exemplaire