Introduction
Je suis née dans une petite ville du nord de l'Ontario, maintenant
de 6,500 habitants.
Mon père Gérard Beauregard dit Dion est né le 2 septembre 1929 dans
le compté de Dorchester. Son père était Louis Beauregard et sa mère
était peut-être Yvonne Laurin ou une de nos tantes Dion. Son parrain
était Fortunat Beauregard et sa marraine Hénédine Audet. Il a été
baptisé le 3 septembre 1929 et son père était absent. Sa supposée
mère est décédée de la tuberculose lorsque mon père n'avait que 2
ans. Son père le transportait, supposément, de famille d'accueil en
famille d'accueil jusqu'à ce qu'il trouve une famille charitable,
soit Georgette et William Dion ou était-ce leur petit-fils, tous
ceux qui pourraient le confirmer sont décédés. Son père leur a dit
qu'il reviendrait le chercher dans quelques semaines mais est
seulement revenu pour le chercher lorsque celui-ci avait 14 ans. Les
Dion avaient entre temps déménagé dans un petit village à 10 km de
notre village. Mon père lui a dit qu'il ne voulait pas le suivre et
que sa famille était maintenant les Dion qui l'adoraient et lui
donnaient tout l'amour dont il avait besoin, contrairement à son
père, un alcoolique qui n'avait jamais redonné signe de vie jusqu'à
ce jour. Il aurait fait travailler mon père et aurait bu tout
l'argent que celui-ci aurait gagné.
Mon père avait quitté l'école avec seulement une 2e année
d'éducation et travaillait dans le bois. Il a travaillé dans un
moulin à bois, à deux heures et demi de route de chez-nous, dans la
construction et en dernier dans un autre moulin à scie, dans notre
ville Il conduisait un camion qui apportait les copeaux de bois du
moulin au moulin à papier à 100 km de chez-nous. Il nous a emmené
chacun notre tour faire une journée de travail avec lui avant de
devoir quitter son emploi tellement il avait mal. Je crois que la
seule qui n'est pas allée avec lui était Céline car elle n'était
encore qu'un bébé.
Ma mère, Régina Fortin, venait d'un très petit village d'environ
cent habitants, d'une famille de neuf enfants. Ses parents se sont
mariés en 1923 dans un autre petit village qui ne se trouvait pas
trop loin de leur petit village en Ontario et ont élevé leur neuf
enfants sur la ferme à trois heures d'ici. Elle est née le 2 mars,
1932. Son parrain était Adélard Blanchette et sa marraine était
Aurore Cossette. Elle a été baptisée le 15 mars 1932. Au début des
années cinquante, elle a décidé d'entrer chez les soeurs de
l’Assomption. Mais comme elle n'aimait pas cela elle quitta la
communauté et déménagea dans notre ville au nord de l'Ontario.
Lorsque sa mère, Reine Rousselle, née le 12 juillet, 1907 à St. Jean
de Matha, au Québec, mariée à Luc Fortin, né le 19 août, 1897 à
Fermeneuve, Québec (près de Mont Laurier) était sur son lit de mort,
demanda tous ses enfants pour leur parler une dernière fois mais
quand est venu le temps de parler à ma mère, celle-ci s'est avancée
pour lui parler et ma grand-mère lui a tout simplement dit qu'elle
n'avait rien à lui dire et de s'en aller. Imaginez la peine qu'elle
a du ressentir, elle a toujours été le mouton noir de la famille. Ce
n'est pas pour rien qu'elle était incapable de nous donner l'amour
dont nous avions tellement besoin. Sa mère est décédée le 21
juillet, 1955 à l'âge de 48 ans et 9 jours. Son père est décédé le 2
juin, 1967, à l'âge de 69 ans et 10 mois.
Elle est venue travailler à l'Hôpital dans notre ville. Elle avait
terminée sa 8e année scolaire, ce qui était rare en ces
temps-là. Elle est sortie avec Antoine Duguay mais il ne pouvait pas
lui promettre d'être fidèle car il aimait aussi les hommes. Ensuite
elle a rencontré mon père, qui ne travaillait pas trop loin de son
village et après seulement deux mois de fréquentation ils se sont
mariés le 9 juin, 1958 à l'Église du Christ-Roi.
Je suis donc née le 10 avril 1959, même pas un an après leurs noces.
Nous étions 5 enfants dont moi-même née le 10 avril 1959, Jean né le
3 décembre 1960, Alice née le 15 août 1962, Rose née le 5 septembre
1964 et Céline née le 28 septembre 1966. Ma mère a perdu un bébé
environ deux ans après Céline et a dû subir une hystérectomie.
Elle était d'humeur changeante, elle pouvait rire aux éclats et
quelques minutes plus tard être tellement fâchée qu'on ne sache pas
sur quel pied danser. Mon père était tout le contraire, il était
doux comme un agneau, il ne se fâchait jamais et endurait les sautes
d'humeur de ma mère qui comme je l'ai appris plus tard, était
schizophrène.
Un jour mon père a décidé qu'il ne pouvait plus endurer ses sautes
d'humeur et a sorti un gros coffre en métal et mis notre linge à
Jean, Alice et moi ainsi que le sien dedans. Il avait décidé de
partir et de nous emmener avec lui. Mais comme ma mère pleurait trop
et le suppliait de rester et disait vouloir changer, il a décidé de
rester.
Lorsque mon père avait environ 39 ans il est tombé malade et s'est
rendu à Toronto où l'on a diagnostiqué un cancer. Il a dû se faire
amputer la jambe droite un peu plus haut que le genou. Quelques mois
plus tard alors qu'il se rendait de nouveau à Toronto par train, il
est tombé et ils ont du lui amputer la jambe une seconde fois, et
cette fois jusqu'à la hanche. Il n'y avait pas encore beaucoup de
recherche sur le cancer, nous étions fin 1969, début 1970.
Je me souviens lorsque les ambulanciers sont venus le porter
chez-nous de Toronto, ils croyaient que nous habitions le Pôle Nord
et étaient habillés avec de gros parkas et de grosses bottes et
comme nous étions fin mai ils avaient eu pas mal chaud et étaient
surpris de voir qu'on habitait dans des maisons comme eux-mêmes
habitaient. J’étais sur le rebord de la clôture d'école à la
récréation et je me suis enfuie pour aller retrouver mon père quand
je l'ai vu arriver. J’étais tellement contente de le revoir. Je n'ai
pas été punie le lendemain car la direction de l'école savait ce qui
se passait chez-nous. À partir du jour où il est tombé malade, nous
avons dû recevoir du Bien-Être Social. C'était assez gênant car on
était maintenant considérés comme des pauvres. Malgré son mal il a
construit une clôture tout le long de notre terrain, qui était grand
et une balançoire ainsi qu'une maison pour nous les filles afin que
l'on puisse y jouer.
Céline se souvient lorsqu'elle était à l'hôpital pour se faire
arracher les dents et enlever les amygdales de s'être réveillée et
que notre père qui était hospitalisé se trouvait dans un lit dans la
grande chambre pour les enfants et la regardait dormir, il lui a
souri et elle s'est rendormie car elle se sentait en paix avec notre
père à ses côtés. Elle se souvient aussi de la fois où nous étions
tous les cinq enfants entourés de notre père et que nous jouions
dans l'herbe. On le chatouillait avec les pics-pics. Céline pleurait
en disant de ne pas faire de mal à notre père. Elle a un souvenir
aussi d'être assise sur notre père quand il conduisait, elle avait
peur, elle était trop jeune. Papa avait fait modifié la voiture afin
de pouvoir conduire avec sa jambe gauche. À sa mort notre mère a
vendu sa voiture car elle ne savait pas conduire.
Nous sommes déménagés dans cette maison en face de l'école Ste-Anne
en 1961. Elle ne comptait que deux chambres à coucher, une cuisine
et un petit salon. Par la suite mon père a construit une rallonge
pour une salle de bain et une chambre pour Jean. Nous les quatre
filles dormions tous dans la même chambre. Nous avions deux lits
superposés et je peux vous dire que des soirs çà nous prenait du
temps à s'endormir car nous parlions beaucoup ensemble. Ma mère
devait se fâcher pour que nous dormions.
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