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EXTRAIT du thriller policier fantastique
Le mystère de la rose noire, une oeuvre
signée Paskal Rainville
Prologue
Elle se fit discrète pour
regarder son garçon de onze ans lire
sagement dans sa chambre. Elle l’observait
chaque soir durant de longs moments juste
avant de le mettre au lit. Son fils n’était
plus le même depuis quelque temps. Il se
comportait étrangement depuis la disparition
inexpliquée de son meilleur copain l’année
dernière. Elle le surprenait souvent à
converser seul, et curieusement, à raconter
des choses dont elle ne comprenait pas le
sens. Lorsqu’il s’apercevait qu’elle
l’épiait du seuil de la porte, l’enfant
baissait la voix afin que sa mère n’entende
pas ce qu’il était en train de murmurer...
… de murmurer
hypocritement…
La professionnelle en
psychologie infantile que les parents du
jeune garçon avaient consulté, les avait
rassurés. Cette femme leur avait expliqué
que fréquemment, à la suite d’un
traumatisme, de la perte d’un être cher ou
tout simplement par ennui, les enfants de
cet âge pouvaient s’inventer quelquefois un
monde fantaisiste dans lequel, ils
laisseraient libre cours à leur imagination.
Ils créer ainsi des « amis imaginaires » qui
partageraient leurs jeux et conversations
quotidiennes. Elle les avait
réconfortés en ajoutant qu’il ne fallait
surtout pas s’inquiéter, tout cela durerait
quelques mois, tout au plus quelques années.
Lorsqu’il se ferait de nouveaux amis, tout
redeviendrait normal. Il était même
enrichissant pour les parents de se laisser
prendre au jeu — de s’abandonner tout comme
eux dans ce « monde imaginaire ». Les
enfants, selon elle, préféraient communiquer
de cette façon avec les adultes, même si
cela pouvait paraître incompréhensible.
Mais voilà que les mois
avaient passé, et son fils semblait toujours
aussi évasif, tout aussi épris de ce petit
« monde » qu’il s’était inventé et dont il
ne pouvait plus de se détacher.
Il en était devenu
prisonnier…
… avec son compagnon !
Sa mère s’approcha alors
délicatement de son garçon et lui adressa la
parole :
— Bonjour chéri, comment
vas-tu ? souffla-t-elle doucement sur le
coin de ses lèvres.
— Très bien, maman.
Le gamin d’une beauté
rare, avait les traits aussi fins que ceux
de sa mère, mais sa petite figure étroite
était dépourvue d'expression.
— Dis-moi, que fais-tu ?
— Je lis une histoire à
un copain.
— Ah oui ! et il a un nom
ce copain ?
Le gamin fit une courte
pause avant de répondre :
— Oui, mais il m’a fait
jurer de ne rien dire !
Elle resta stupéfaite
face à cette réponse.
— Et pourquoi ça ?
— Mon ami m’a prévenu que
si je disais quelque chose, il ne viendrait
plus jamais jouer avec moi.
— Et tu le crois ?
— Oui, maman ! Tu sais,
il est vraiment bizarre cet ami...
— Tu peux m’expliquer
pourquoi ?
— Il me chuchote des
choses…
— Quel genre de choses ?
demanda-t-elle avec curiosité.
— Des choses…
— Tu ne veux pas m’en
parler ?
— J’aimerais bien, mais
il m’a fait promettre de ne rien dire, ni à
toi ni à personne d’autre, sinon…
— Sinon quoi ?
insista-t-elle.
Étrangement, les yeux du
garçon brillèrent de méchanceté et d’un
mélange d'amusement. Le jeune garçon hésita
avant de répondre, mais décocha :
— Il pourrait t’arriver
malheur si je t’en parlais !
Une expression de
surprise horrifiée était apparue sur le
visage de la mère.
— Malheur !
s’écria-t-elle. Il à l’air vraiment étrange
ton copain...
— Oui maman, tu as
raison.
Le visage de la femme
révélait maintenant de l’inquiétude et de
l'étonnement. Mais la mère remarqua quelque
chose de curieux sur son garçon.
— Et que portes-tu autour
de ton cou, dis-moi ?
Son fils avait tenté de
dissimuler l’objet lorsque sa mère s’était
approchée de lui pour mieux regarder le
mystérieux pendentif.
— Qui t’a donné ça ?
interrogea-t-elle d’un ton sévère.
Le visage du gamin était
devenu sombre et impassible.
— Personne. Je l’ai
trouvé l’autre jour en revenant de l’école,
mais mon copain m’a conseillé d’en prendre
très soin.
— Tu ne me conterais pas
des histoires, toi par hasard ?
— Non maman, juré !
répondit-il.
— Et pourquoi veut-il que
tu prennes soin de cet objet ?
— Mon copain m’a confié
qu’un jour, il aurait un jeu très amusant à
me montrer et que j’en aurais besoin…
— Mais de quel jeu,
parles-tu ?
Sa mère ne savait pas
pourquoi, mais elle avait senti un courant
glacial lui parcourir d’un bout à l’autre la
colonne vertébrale.
— Je ne sais pas… (Le
gamin avait haussé les épaules au même
instant où il avait prononcé ces
paroles.) Il n’a pas voulu me le dire. Il
m’a demandé d’être patient et de protéger le
pendentif, qu’un jour lorsque je serai
grand, je comprendrais !
Elle était restée
sceptique aux propos qu’il racontait. Cette
histoire « d’ami imaginaire » devenait de
plus en plus agaçante et très préoccupante.
— Et si tu ne jouais plus
avec cet ami… Je le trouve un peu
bizarre pour un garçon de ton âge. En
échange, je te permets de garder le
pendentif. Tu as peut-être
d’autres copains
plus gentils et plus drôles que celui-là...
D’accord ?
— Oui maman, juré !
Elle l’avait alors enlacé
et embrassé affectueusement avant de le
mettre au lit en le bordant.
— Alors, dort bien mon
amour et fais de beaux rêves, cher trésor !
—
Bonne nuit, maman !
Sa mère éteignit ensuite
les lumières de la chambre de son fils et
referma la porte tout doucement.
Le garçon ferma les yeux
et s’endormit.
* * *
Il entendit du bruit à la
fenêtre de sa chambre, voilà c’était le
signal. Sa montre à aiguilles affichait
minuit pile. Le gamin ouvrit la fenêtre
doucement. Il ne fallait surtout pas que ses
parents le surprennent, car sinon tout
échouerait ! Il prit son sac à dos, regarda
en bas et vit son copain qui lui faisait
signe énergiquement de la main. Il était
enchanté, le plan fonctionnait à merveille
jusqu’à maintenant.
Le garçon s’assura alors
à voix basse :
— Tu n’as pas été suivi
j’espère, Œil de Faucon ?
— Non, Fin Renard ! J’ai
fait attention, répondit le rouquin de dix
ans.
Ils rigolèrent ensuite un
bon coup, car ils adoraient leurs nouveaux
noms de code.
— Tiens, attrape mon sac
à dos et place l’échelle près de ma fenêtre.
Œil de Faucon renifla et
s’exécuta aussitôt. Il attrapa le sac et
positionna ensuite l’échelle que son copain
avait préalablement déposée là avant d’aller
au lit. C’était un coup de génie !
Fin Renard descendit
rapidement l’échelle. Les deux garçons la
portèrent ensuite derrière la maison pour
laisser le moins de traces possible. Ils
ramassèrent leurs trucs et prirent sans
tarder le chemin en direction du long
sentier qui traversait la prairie menant à
la forêt. L’obscurité était presque totale.
Seules les lueurs de la pleine lune et des
milliards d’étoiles suspendues dans le ciel
en cette nuit de fin juillet illuminaient
les alentours. Les garçons sortirent leurs
lampes de poche, les pointèrent devant eux
et avancèrent, tout en regardant de gauche à
droite nerveusement. Dans quelques minutes,
ils pénétreraient enfin dans la forêt. La
peur grandissait en eux, car c’était la
toute première fois qu’ils iraient là…
… dans la Forêt
interdite !
Jamais leurs parents
n’auraient permis qu’ils aillent à cet
endroit. Fin Renard, un garçon
remarquablement brillant, était de taille
supérieure à la moyenne de son groupe d’âge.
Il se souvenait très bien des avertissements
répétés de sa mère, au comportement un peu
hystérique, qui lui disait avec cette
expression de crainte dans l’intonation de
sa voix : « Il ne faut jamais aller dans
la forêt. Jamais ! Il s’y passe des choses
très étranges... Tu dois me promettre que tu
n’iras pas jouer là avec tes copains.
Promis ? ». Et chaque fois, le garçon
répétait la même chose, c’était presque
devenu un automatisme : « Juré, maman ! ».
Mais depuis ce temps, il était fasciné par
cette forêt. Que s’y passait-il, pour que sa
mère en ait tellement peur ?
Toutefois, lorsque le
gamin s’était levé la vielle au matin, avec
son épaisse chevelure brune en champ de
bataille sur sa petite tête, il avait trouvé
quelque chose de mystérieux sur le petit
bureau près de son lit. Une enveloppe avait
été déposée là et adressée à son nom. Il
s’était empressé de l’ouvrir et un sourire
avait alors oscillé au coin de ses lèvres.
Aussitôt, le garçon avait demandé la
permission d’aller jouer avec son meilleur
copain, ce que sa mère lui avait accordé
avec plaisir. Par contre, il ne lui avait
pas parlé de sa trouvaille de peur qu’elle
lui confisque. Ensuite, il était parti à la
course sans prendre le temps de déjeuner.
Sa mère étonnée par son
comportement anormal avait tenté de le
retenir :
— Mais que se passe-t-il
ce matin, tu sembles si pressé ?
Le gamin avait simplement
répondu à sa mère sur un ton surexcité :
— Je vais revenir bientôt
maman, juré !
La mère avait été saisie
d'un profond sentiment de doute, car elle
connaissait bien son fils et ses idées un
peu farfelues, qui parfois lui attiraient
des ennuis.
Par la suite, Fin Renard
s’était rendu à la course chez son copain
qui habitait à quelques maisons de la sienne
et avait frappé vivement à la porte.
Le père d’Œil de Faucon
avait répondu :
— Tiens, regarde donc ça
qui est là…
L’homme dans la
quarantaine à l’apparence pas très
sympathique et beaucoup trop corpulent pour
ses 1m 50, n’aimait pas Fin Renard. Selon
lui, ce gamin mentait plus qu’il ne disait
la vérité.
— Que veux-tu, petit
démon ?
— Est-ce que je peux
jouer avec votre fils ?
L’homme était devenu
extrêmement contrarié et agité. Une
expression de fureur avait même traversé les
traits harassés de son visage grassouillet.
— Non, non, non, et NON !
Chaque fois que tu t’amuses avec mon garçon,
tu l’entraines dans tes plans diaboliques.
Alors, cette fois c’est NON !
— Je vous en prie,
monsieur… avait longuement insisté Fin
Renard, lançant du même coup un regard un
peu manipulateur vers l’homme à la voix
éraillée.
Le père avait soupiré
profondément.
— Bon d’accord, jeune
homme... Mais promets-moi que cette fois-ci,
tu ne feras pas de bêtises, promis ?
— Juré ! Sur ces paroles,
Œil de Faucon était apparu derrière son
père, la casquette bien enfoncée sur sa tête
et était sorti rejoindre son copain en
vitesse.
— Bon, allez jouer les
garçons, soyez prudent et n’approchez
surtout pas de la forêt, d’accord ?
— C’est d’accord !
avaient-ils répondu en chœur tout en
rigolant.
L’homme avait refermé la
porte brutalement.
Ensuite, les gamins
s’étaient dirigés dans la cour arrière de la
maison où un arbre énorme était enraciné.
Dans cet arbre feuillu se trouvait une
cabane en bois que le père d’Œil de Faucon
avait construit spécialement pour son fils
l’été auparavant. Une échelle fabriquée avec
de la corde très solide et des planches de
bonne qualité était suspendue à la petite
habitation. Œil de Faucon s’était agrippé
solidement et avait tenté de la gravir. À la
première tentative, le garçon gêné par un
surplus de poids plus qu’évident, avait
abandonné à bout de souffle. Par contre, au
deuxième essai il n’avait pas laissé tomber,
mais était monté difficilement jusqu’à la
cabane. Lorsqu’il était arrivé finalement en
haut, son visage était d’une rougeur
alarmante et de grosses gouttes de sueur
avaient apparu sur son front. Œil de Faucon
avait invité son copain à faire de même.
Très agile, Fin Renard avait repoussé sa
tignasse de cheveux bruns en arrière et
n’avait pris que quelques secondes pour
accomplir la tâche. Les gamins étaient
entrés ensuite à l’intérieur et avaient tiré
rapidement sur l’échelle. Voilà, ils
seraient enfin tranquilles !
Le visage de Fin Renard
s’était durci avec une froideur paralysante,
il avait annoncé sur un ton presque solennel
:
— J’ai quelque chose de
secret à te montrer, mais tu dois me jurer
que tu ne vas rien dire à personne !
— Tu peux me faire
confiance. Je te le promets, juré, craché !
Et le garçon avait craché en signe de foi,
en s'essuya le visage inondé de sueur avec
le revers de son bras.
D’un air méfiant, Fin
Renard avait exposé le contenu de
l’enveloppe à son meilleur ami.
Œil de Faucon s’était
exclamé aussitôt :
— Wow, pas possible ! Où
as-tu trouvé ça ?
— Sur mon bureau près de
mon lit.
— Pas possible !
Mais qui a déposé ça là, d’après toi ?
— Je n’en ai vraiment
aucune idée, mais c’est vraiment chouette !
— Chouette tu dis ! Je
n’ai jamais rien vu d’aussi amusant ! Que
comptes-tu en faire ?
— Je crois que j’ai un
plan, mais « top secret »…
— Magnifique ! avait
lancé Œil de Faucon.
* * *
Chapitre 1
La forêt interdite
L’entrée de la forêt se
trouvait devant eux. Le sentier s’enfonçait
dans les entrailles de cet endroit trop
angoissant qui ne leur inspirait pas
confiance. Pourtant, les garçons ne
reculeraient pas. Ils devaient exécuter le
plan et le suivre à la lettre. Une ambiance
de mort régnait dans la forêt, comme si elle
était déserte et que tous les animaux
avaient fui les lieux, juste avant leur
arrivée.
Déjà, la lueur pâle de la
pleine lune ne pouvait plus atteindre le
sentier, car les milliers d’arbres collés,
les uns sur les autres, empêchaient toute
luminosité de traverser leurs épais
feuillages.
— Où devons-nous aller ?
s’informa Œil de Faucon en reniflant un bon
coup.
— Il faut suivre ce
chemin jusqu’à la passerelle de bois qui
traverse un marais un peu plus loin.
— Un marais ?
s’étonna-t-il.
Le visage du garçon
refléta son inquiétude.
— C’est ce que disent les
indications qui sont sur cette carte. Ce
marais s’appelle, « Le marais des âmes
perdues ».
— D'accord Fin Renard,
allons-y. C’est toi le chef ! Mais il avait
acquiescé en laissant paraître un brin de
découragement.
Fin Renard serra sa carte
dans son sac à dos et passa devant. D’un pas
sûr, il ouvrit le sentier à l’aide de sa
lampe de poche. Cependant, Œil de Faucon qui
le suivait avec sa chevelure un peu trop
longue, retombant sur sa grosse face,
semblait tracassé par quelque chose.
— Je dois t’avouer que
toutes ces histoires de Forêt interdite
et de Marais des âmes perdues,
commencent à me faire vraiment peur… Pas
toi ?
Le visage de Fin Renard
se crispa d'étonnement et de colère.
— Tu plaisantes ! Moi je
trouve ça, super excitant. Toi si tu as la
trouille, tu peux toujours retourner à la
maison comme une vraie poule mouillée, mais
moi, je continue jusqu’au bout !
— Je ne suis pas une
poule mouillée ! C’est seulement que j’ai
entendu bien des choses au sujet de cette
forêt, et que…
— Et quoi ? Tu ne crois
quand même pas à toutes ces histoires
ridicules qui servent seulement à faire peur
aux enfants un peu retardés…
— Oui, justement ! Mon
père me racontait l’autre jour l’histoire
d’un garçon de notre âge qui avait été
s’amuser dans la forêt, sans la permission
de ses parents, et qui depuis, était porté
disparu... Évaporé ! Personne ne sait ce qui
s’est passé, mais les gens racontent que de
mauvais esprits hanteraient la forêt la nuit
et voleraient les âmes des enfants un peu
trop téméraires.
— Et pour en faire quoi,
hein, dis-moi ?
— Euh… Je ne sais pas
moi.
— Deuxièmement, s’est
arrivé quand ton histoire à dormir debout ?
— Il y a bien des années…
Enfin, je crois… Mais mon père pourrait te
le dire ! répliqua-t-il aussitôt, tentant de
convaincre son copain sceptique, même s’il
savait très bien que sa tentative
échouerait.
— Et tu crois tout ce
qu’on ton père te dit ?
— Bien sûr que si ! Mon
père connaît beaucoup de choses... Et
pourquoi, il me mentirait ?
Le gamin avait paru
surpris d’une telle question.
— Comme tu es naïf
parfois…
— Mais on fait quoi si
c’est vrai, Fin Renard ? demanda Œil de
Faucon, en passant une main sur son nez
morveux.
Toutefois, le jeune
garçon imperturbable ne répondit pas à son
copain et se contentait plutôt d’accélérer.
Ils marchèrent une bonne
demi-heure en suivant le long sentier
sinueux qui traversait la forêt obscure.
L’écho de leurs pas écrasant de petites
branches tombées sur le sol, brisait le
calme qui régnait dans cet endroit un peu
trop épeurant. De chaque côté du chemin
boisé, les énormes racines des arbres qui
parcouraient parfois celui-ci, rendaient
l’excursion un peu plus risquée au fur et à
mesure qu’ils avançaient. Fin Renard ne
ressentait aucun malaise et n’était pas
inquiet outre mesure comparativement à Œil
de Faucon. Il marchait à une bonne dizaine
de mètres au-devant de son compagnon. Son
physique plus athlétique et ses jambes
beaucoup plus longues que celles de son
coéquipier l’avantageaient grandement. Fin
Renard était l’éclaireur désigné de leur
équipe et accomplissait ce rôle à la
perfection, dégageant un air d’assurance
dans sa démarche. Œil de Faucon quant à lui,
se contentait de suivre et de scruter sans
arrêt de gauche à droite l’endroit
fébrilement. Il reniflait et éternuait sans
arrêt, signe qu’une vilaine grippe
s’attaquait à son organisme et que son état
s’aggravait. Dirigeant sa lampe partout dans
la forêt, le garçon était terrorisé par
l’endroit, ne sachant plus très bien, si ce
que sa lampe de poche éclairait était bien
réel ou pas. La seule émotion qu'on lisait
sur son visage était cette angoisse terrible
qui l’affligeait. Était-il victime de son
imagination ou pire encore, d’effroyables
hallucinations ? Pourtant, les innombrables
racines démesurées qui percèrent le sol, lui
donnaient l’impression d’être de longs
tentacules articulés, rampant au travers la
forêt à la recherche d’une proie. La chair
de poule l’envahissait tellement il était
effrayé. Tout apparaissait si tangible, si
réaliste à ses yeux, devenus trop pâles. Les
tentacules bougeaient, il aurait pu le
jurer, et s’avéraient beaucoup plus rapides
que lui. Il voyait de son regard empli de
terreur, ces appendices tentaculaires se
faufiler rapidement en sa direction afin de
s’enrouler tout autour de son corps, ayant
comme but ultime de le dévorer vivant, et de
le laisser par la suite pour mort dans cette
terrifiante forêt abandonnée. Œil de Faucon
se frotta énergiquement ses yeux bleus dans
l’espoir que ces angoissantes hallucinations
disparaissent. L’instant suivant, tout était
revenu à la normale. Le garçon poussa un
soupir de soulagement, mais son visage était
d'une blancheur cadavérique.
Le comportement étrange
d’Œil de Faucon alerta Fin Renard.
— Que se passe-t-il, Œil
de Faucon ?
— Rien du tout,
répondit-il d’une façon peu rassurante.
— Tu es certain ? Tu me
sembles un peu préoccupé.
— Non, non… Tout est
parfaitement sous contrôle ! Toutefois, son
comportement plutôt anormal et ses mains
tremblantes le trahirent facilement.
— Si tu le dis, lança
simplement Fin Renard en reprenant la route.
Œil de Faucon préférait
garder tout ça pour lui. De toute façon, Fin
Renard se moquerait de lui en le traitant
une fois de plus de poule mouillée. Et que
penseraient tous ses copains de classe,
lorsqu’ils apprendraient de la bouche même
de Fin Renard au retour des vacances d’été,
qu’il eut peur dans la Forêt interdite ?
Pour le reste de ses jours, ils les
entendraient le ridiculiser dans la cour
d’école en criant en chœur : « Poule
mouillée ! Poule mouillée ! Poule mouillée ! ».
La pire insulte qui soit pour un garçon de
son âge ! Juste à y penser, il préférait la
forêt et ses horribles tentacules…
« Poule mouillée ! Poule
mouillée ! Poule mouillée ! »
Les deux garçons
s’enfoncèrent de plus en plus dans la forêt.
Œil de Faucon avait repris ses esprits et
avait retrouvé sa cadence du début. Puis
brusquement, Fin Renard s’arrêta et fit
signe de la main à son copain tout en
sortant de son sac à dos la carte secrète.
Le garçon renifla et s’approcha lentement.
C’est à ce moment qu’il comprit que la carte
que Fin Renard possédait ne faisait pas
erreur. Bien au contraire. Affichant un
large sourire un peu étrange, Fin Renard
pointa le faisceau de sa lampe de poche vers
un écriteau fabriqué de vieilles planches de
bois, annonçant d’une façon un peu sinistre
en lettres gravées et peinturées en rouge
« MARAIS DES ÂMES PERDUES — À VOS RISQUES ET
PÉRILS ! ».
Dès lors, ils
appréhendèrent le pire des aventures pour
eux.
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