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Pages personnelles de l'auteur Patrick Simon

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Impur

Roman, 116 pages, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004

6 X 9 pouces ou 15 X 23 centimètres

ISBN 2-89612-075-0

Résumé

Extrait

Auteur

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  Résumé Extrait Auteur

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Alors je revois ces images dans la pénombre de ma chambre. Des images que depuis j’ai enfouies au plus profond de moi. Mais dont les effluves restaient. Si je suis devenu envieux de la féminité, n’était-ce pas à cause d’un homme qui me renvoyait une image nauséabonde ? Sexe, silence, suintement et solitude ont la même première lettre. Celle qui maintenant se décline en des missives de la nuit pour retrouver le goût de l’authentique, même enfoui à son tour dans l’intimité d’un écrivain public et impudique. Si je reviens dans ma chambre, que vais-je retrouver ? »

Ce roman est l’histoire d’une blessure profonde où l’inceste ravage non seulement un corps mais aussi une âme. Se pose alors la question : qu’est-ce l’amour quand on se sent à jamais impur.

 

 

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Premières pages du chapitre 1 - SILENCES

Tu vas mourir... Tu es mort. Mais qu’est-ce que ça change... ?


Entre ces deux moments, combien est passé de temps ? Autant de silences, d'inquiétudes, d'incertitudes, que de douleurs ou d'insouciance rédemptrice.


Je ne m’en souviens pas. Je ne veux pas essayer de mesurer la distance entre ces deux périodes. La seule chose que je sais, ce sont des souvenirs qui remontent quelquefois à la surface, tout aussi vite refoulés.


A vrai dire, je n’ai pas encore la volonté de ce temps partagé avec des souvenirs comme ceux-là. Je préfère m'en inventer d'autres, au point quelquefois de ne plus faire la différence. Cela me semble plus vivable que de faire des tentatives d'oubli.


Pourtant, il est arrivé deux fois dans ma vie de parler de ces souvenirs douloureux et cachés au fond de moi. Mais ces moments de vérité jaillissaient quand je me suis abandonné sans raison apparente. Une seule certitude : chacune de ces personnes, dans ce moment-là, ne pouvait rien en faire, ni pour elles, ni pour moi. Rencontres de hasard et de désespoir, peut-être, pour faire un bout de chemin ensemble. C'était comme livrer cette vérité dans un espace en apesanteur et hors des réalités.

Le reste du temps, je semble lisse, inaccessible, sans prise. En tous cas pour imaginer de moi un être de chair et de sang, un homme avec qui il est possible de partager son intimité.


Paradoxalement, je ne vis pas dans une tour d’ivoire. Je suis devenu écrivain public sur un instrument dit de communication globale, puisqu'il s'agit d'Internet. J'y ai appris la curiosité, l’ouverture sur d’autres. Je me suis rendu compte qu’il devenait possible d’être très près de quelqu’un, même à des milliers de kilomètres. Le temps est tout aussi aboli que la distance. Je peux ainsi avoir un dialogue en direct avec une personne qui vit à une autre heure du jour ou de la nuit, sur un autre continent… J’y ai aussi découvert la tendresse et la complicité, avec d'autres êtres humains pas forcément trop seuls. Ils ont simplement ce désir d’aller au-delà des mers comme nos ancêtres finalement, lorsqu’ils partaient en bateau pour découvrir d’autres horizons.


Mais je sais également que ces êtres ne sont pas forcément palpables, physiquement, au sens commun du terme. Pour autant, dans d'autres réalités, les gens le sont-ils plus qu'ici ?


Toujours est-il que mes correspondants ont ce désir de se confier à un homme virtuel comme moi, plutôt qu'à un journal intime. Mais le principe semble rester le même. Et je me trouve bien dans cette profession renaissante en cette fin de siècle.


J'y vois la rencontre de désirs fulgurants ou anodins d’écrire ce qui est de plus intime. Et peu à peu, je sens cette sensibilité très humaine plus présente chez les femmes puisqu'elles sont l'essentiel de mes correspondances sur cette toile d'araignée mondiale. Elles se confient et me demandent de réécrire les choses pour qu'elles puissent se relire... se révéler parfois. Je corresponds probablement à ce profil de réécriture qui permet de vivre différemment ce qui peut faire mal ou ce qui n’est pas évident de découvrir tout seul.


- Et quand tu n’écris pas pour elles, ou en écho à ce qu’elles racontent, me disait Cathy, une amie qui osait affronter ma solitude, tu passes l’autre partie de ton temps à les séduire. Et au-delà de cette séduction tu trouves le sens de ta vie. Mais en même temps tu refuses toute passion. L'écran de ton ordinateur est bien pratique pour cela. Il est le miroir sans tain d'une vie escamotée. Et tu refuses toute passion comme si tu en avais peur. Ou comme si on t’avait conçu ainsi, détruit cela en toi.


- Je ne sais pas si je pourrais, un jour, être passionné. Je crois que si la passion venait, il n'y aurait plus de temps pour l'écriture, alors que cette dernière m'est nécessaire pour devenir amoureux.

Mais à peine avoir répondu cela, je n'en étais déjà plus sûr moi-même.

- Ne serait-ce pas en réalité une façon commode de vivre les émotions en pointillé et à travers le prisme des écrans d'Internet où l'on communique, c'est vrai, mais sans prendre le risque de se toucher vraiment. Comme une sorte de dialogue avec préservatif. Mais çà, c'est dans l'air du temps…

Cathy, une fois de plus revient sur cette vieille discussion que nous avons toujours eu depuis que nous nous connaissons.


- Tant que tu n’auras pas extirpé cette brûlure intérieure qui fait que tu redoutes toute passion, comment peut-il en être autrement ?

Je répondais le plus souvent à côté, hors sujet. Probablement parce que le sujet en question était moi-même et que je ne souhaitais pas m’y confronter directement. Le temps était passé et j’avais enfin trouvé une distance suffisante et l'approche séduisante d’autrui.

Pourtant je répondais à Cathy :

- Pourquoi se remémorer cette brûlure ? J’ai encore quelques réticences à penser qu’aborder ce mal intérieur m’aiderait à donner un autre sens à la vie.

- Non, mais verrais-tu peut-être différemment les autres ?


- Et les autres, me voient-ils autrement qu'une simple fonction, qu'un élément anodin de leur univers ? Pendant longtemps, j’ai eu un emploi dans un service public. Au point que ma personne semblait se confondre avec ce que je faisais. J’étais comme le prolongement d’un instrument qui rendait peut-être service mais qui m’escamotait. Je remplissais des imprimés, cochais des cases, vérifiais la compatibilité entre la situation d’un individu et celle de la réglementation. Le moindre détail additionné à un autre devenait la réalité de l’individu. Il existait s’il se conformait au système. Mais rien de bien étonnant pour pouvoir en vivre de ce système. En tous cas c’est ainsi que je le comprenais. Je mettais les choses en ordre. Mais je n’étais que cela.

Aujourd’hui, en devenant le porte-plume ou le cahier intime de femmes, j’ai le sentiment de sentir au fur et à mesure ce qu’il y a de plus humain chez l’être humain. La sensualité mais aussi la pudeur, la fragilité mais non la lâcheté, le doute et l’imperfection... Tout comme le don et le désir de vie. Et de penser aussi que je constate que la femme porte en elle tout cela et la rend plus humaine que l’homme...

Tout cela n’a rien à voir avec ce qu’on peut penser ou dire de la femme: « La femme, une blonde, une brune. Une brunette, une rousse. Une femme agréable, plaisante, accorte, gracieuse, distinguée, chic, élégante. Une belle femme. Une femme belle comme une déesse, comme une nymphe. Une femme d’une beauté éclatante. Une femme bien faite. Bien bâtie, bien balancée, bien roulée. Une pin-up. Une femme forte, corpulente, plantureuse. Gaillarde. Une femme d’allure masculine, autoritaire. Gendarme. Dragon. Hommasse. Virago, etc... »

Non, je la sens, la respire autrement, la vois autrement.

D’ailleurs, certaines ne se définissent pas ainsi. L'une d'elle m’a écrit :

« Finie la femme fleur dont on recherche l’odeur, qui s’offre généreusement au printemps. Mais qui en fait dure peu de temps. Finie la femme dévidoir, cocotte de délestage des querelles conjugales, chez qui va sonner ce monsieur attentionné car il lui reste une petite heure avant de rentrer.


Finie la femme déversoir. La femme du matin, celle du soir, qui lasse des obligations nuptiales envoie l’homme tout à coup chercher le journal.


Finie la femme plante verte, toujours dans le recoin d’une tête que l’on ressort quand une envie pressante fait penser qu’il faut séance tenante l’arroser puis la quitter. Finies toutes ces femmes comme toutes ces nuits où tout se joue, se déjoue ou crie ou gémit. »

Est-ce à entendre ce cri de raison que moi-même je revendique une certaine parcelle de féminité et qui me valut pour une fois un compliment de Cathy ? Non, ne rêvons pas.


Même si on ne naît pas femme et qu'on le devient, pour autant, l'homme a droit aussi à devenir humain et ce dès sa naissance. Et de cela, Cathy n'est pas dupe. Elle ajouta aussitôt après son compliment:

- Dommage que tu sembles impassible au point que l’on peut croire que rien ne te touche, en dehors de ce réceptacle d’émotions féminines...

Alors, je suis allé voir le dictionnaire et je n’ai finalement pas vraiment trouvé de définition à la féminité autre que les traits de caractère de la femme. Et j’en fus heureux...

Aujourd’hui, Cathy essaie de me pousser dans mes retranchements.


- Il y a deux choses qui m’intriguent toujours. C’est l’impossibilité de partager avec toi cette douleur intime qui te fait refuser toute passion. Et c’est cette distance que tu as gardée avec tes parents, au point que je dois te rappeler de les appeler de temps en temps, comme si ce lien était superflu.

- Dans les deux cas, j'ai besoin de garder cette distance pour être et devenir moi-même et avec les autres. De trop grandes proximités me mettent forcément en danger, même si celui-ci apparaît comme délicieux.

Cathy sait alors qu’il ne pourra en être autrement puisque à l’instant, comme c’est toujours le cas, je n’en dirai pas plus. Je préfère laisser ces questions de côté.


De toute façon, nous sommes étrangers l'un à l'autre. Et c'est notre richesse. Nous ne vivons pas l'un par l'autre mais l'un avec l'autre. Chacun garde assurément son jardin secret, lui-même nécessaire à cette relation. Elle est une amie qui vit à mes côtés et moi ce vieux garçon que l'on regarde quelquefois, l'air attendri, quelquefois en haussant les épaules. Cela ne nous empêche pas de vivre avec les autres. Nous avons, chacun, un certain sens de la relation qui nous conduit à être le tiers instruit avec d’autres. Elle parce qu’elle est traductrice et qu’elle court le monde pour servir de parole ou d’écriture entre des gens qui ne peuvent communiquer autrement que par son intermédiaire. Moi, parce que je prends le temps de retranscrire les émotions, les pensées et les désirs de femmes qui ont fait appel à moi pour partager une intimité de l'écrit. Je le fais avec une plume ou un stylo. Je le fais aussi maintenant avec Internet... Les moyens peuvent changer, pas l'acte lui-même.


Cette propension à se confier, au bout du compte, vient peut-être d'une profondeur des sentiments que je retrouve moins chez les hommes. Sont-ils plus superficiels ou tellement fragiles ? Je ne peux émettre de certitudes, tant il est imprudent de juger les autres et soi-même. Et puis, peu à peu, je me sens le lieu de convergence de tous ces sentiments contradictoires et attiré par l'état d'esprit de toutes ces femmes croisées sur le réseau mondial comme au hasard de correspondances souhaitées, un jour parmi d'autres.

Elle, Cathy, voyage beaucoup. C’est un choix. C’est probablement aussi un besoin de découvrir de nouveaux horizons qu'elle a besoin de palper, d'expérimenter. Un peu le pendant des relations virtuelles que je mène de mon côté. Et parce que nous savons depuis le début que nous ne vivrons pas toujours ensemble. Mais de cela nous ne parlons pas beaucoup. Peut-être pour pouvoir partager d'autres silences. Peut-être aussi, est-ce en écho à sa vie que je suis devenu ce lien entre des femmes et leur environnement. Qui répond en écho de l'autre ? Avec les femmes qui m’écrivent comme elles s’écrivent à elles-mêmes, nous échangeons ce qui résonnent en nous comme nos désirs tels qu’ils nous dévoilent. Nous avons chacun besoin de partager quelque chose d’impudique et de nécessaire. Et c’est devenu un jeu entre nous. Ses questions et l’absence de mes réponses. Elle sait que je vais fuir si elle insiste un peu trop pour me percer plus avant. J’ai seulement tenté d’inscrire de l’authenticité dans notre relation, dans la proximité aléatoire avec elle. Les rencontres que nous avons, souvent très espacées, nous maintiennent très proches l'un de l'autre. Cela nous suffit et en même temps, il ne peut en être autrement.


Pourtant, un jour que je lui disais que l’instant présent avec elle était ce qui comptait le plus, elle me répondit sans ambages :


- Tu sais, tu n’as jamais été mon centre du monde.

Et en riant et faisant allusion à un tableau que nous aimions tous deux:


- Je ne te donnerai ni mon nombril, ni ma naissance du monde, si tu gardes pour toi seul tes silences.

Alors, que dire d’autre que de retourner dans le silence. Même si je sais qu’un jour ou l’autre, il me faudra bien revenir sur ce passé et enfin partager cette mémoire-là.

Seul au creux de mes silences, des images remontent en moi. Mais elles restent encore à ma seule reconnaissance. Elles se bousculent encore trop pour avoir vraiment du sens pour moi comme pour d’autres. J’y entre comme on entre dans les eaux glacées d’un torrent. Ces soubresauts du passé sont des paroles muettes, un papillon noir sur mon épaule. Lorsqu’il s’envole, il va vers des ténèbres et s’y confond. Je me sens encore quelque part impur. Oui, le mot est dit. Impur.

Mais c'est quoi cette sensation ? Un doute vis-à-vis de soi ? Des ombres plus que des lumières dans l'espace vital ? Une solitude parce qu'on n'arrive pas à être simplement avec les autres sans penser à une possible agression ? Mais de qui ? De fait, je me sens surtout dans un trop plein d'ambivalence. Souvent je me trouve sur la défensive, en retrait d'avec moi-même. Le mot "aimer" a du mal à être traduit par le seul don de soi. Je me sens mal à l'intérieur et difficilement touché de l'extérieur.

 

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Né le 5 mars 1953, Patrick Simon est avant tout un humaniste et qui revendique la tolérance et l'ouverture sur l'autre comme projet de vie. L'écriture ainsi utilise plusieurs registres de la sensation, de l'émotion et des sentiments pour nous parler de l'existence humaine à travers des interrogations que nous pouvons nous poser en ce nouveau siècle. Le choix est clair. C'est celui de la quête d'humanité. En auteur sensitif et passionné, Patrick Simon apporte sa contribution humaniste dans un monde à la recherche de nouvelles valeurs. Valeurs augurées à travers ses écrits.

 

Entre 1990 et 2001, il a initié des actions de solidarité internationale, notamment dans les Balkans, au sein du Mouvement de la Paix (France). De même, il est membre de la direction de l’Institut de Documentation et Recherche sur la Paix (IDRP).

 

Essayiste, romancier et poète, Patrick Simon a été de 1971 à 1973, rédacteur dans une revue littéraire à Metz (Moselle, France), puis, de 1973 à 1974, il a animé des ateliers de cinéma super 8 et vidéo à la Maison de la culture de Cannes. Créateur et gestionnaire d’un festival de films amateurs entre 1978 et 1981, il répète l’expérience plusieurs années plus tard, en 1994, alors qu’il crée et gère le Salon du livre de Saint-Claude (Jura, France), et ce jusqu’en 1998. Parallèlement, de 1995 à 2001, Patrick Simon est maire adjoint à la culture et à la jeunesse, à Saint-Claude (France). Il a publié son premier ouvrage, Toxicomanie : mythes et réalités, en 1984. Et depuis c’est une quinzaine d’ouvrages qui sont publiés.

 

Patrick Simon est membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois.

 

 

Bibliographie

 

« Toxicomanie : mythes et réalités »,
Essai, chez l'auteur – (1984) / France / Épuisé


Éditions Lacour / France :

« Chemins vers l'autre », Essai -1990-
« Émoi et toi », roman -1993-
« Le parler du Jura », dictionnaire – Collection Rediviva – 1994
« Tiers serti», Poésies -1994
« Esquisse des sentiments », Roman -1996
« Dictionnaire de la tolérance et de la citoyenneté », Essai– 1999
« Petits dialogues avec une sculpteure : Marguerite Gagneur », Biographie – 2004


Éditions Cabédita / Suisse :

« Voltaire Christin et la mainmorte en Haut Jura », Essai,

avec A. Vuillermoz, 1998

 


Fondation littéraire Fleur de Lys / Québec

« Impur », roman, 2004.
« Itinéraire d’un pacifiste dans les Balkans », Essai, 2005.

« D'une rive à l'autre », Poésie, 2005.
« Drogues, toxicomanie : mythes et réalités », Essai, 2006.

« Sécurité humaine et culture de la paix », Essai, 2007.

 

Éditons Mille poètes

"A deux pas de moi », 107 haïku et tanka", 2006.

 

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Comme vous, je suis un auteur qui défend les idées de l'humanisme et respectueux des droits de la personne. Tous mes livres publiés jusqu'alors portent ces valeurs ; que ce soit à travers la poésie, les romans ou mes essais humanistes.

 

 

Patrick Simon, auteur, Montréal, Québec.

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