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Allégra, roman, Perle Jetté, Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

Allégra

PERLE JETTÉ

Roman,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Laval, 2009, 506 pages.

ISBN  978-2-89612-316-2

 

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Perle Jetté

Montréal, Québec

 

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Allégra, roman, Perle Jetté, Fondation littéraire Fleur de Lys
 

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PRÉSENTATION
Allégra, roman, Perle Jetté, Fondation littéraire Fleur de Lys

 

Depuis plusieurs mois, Allégra prend un malin plaisir à flâner au lit sans éprouver la moindre angoisse devant le temps qui fuit. Ainsi, en s’amusant à visionner son passé bien campé dans sa mémoire, elle se donne l’illusion qu’elle réussit à ralentir le mouvement de sa vie.


Mais voilà, qu’un rêve qu’elle croit prémonitoire, l’avertit que la fin approche à grands pas et qu’elle se doit de tout mettre à l’ordre avant de partir... La vieille dame qui a peur de la mort confiera toutes ses appréhensions et son désarroi à son entourage. Ces aveux ébranleront particulièrement sa fille Marion et son oncle Charles frère jumeau de sa mère.


Allégra ne veut pas partir seule… Pas sans Charly espère-t-elle secrètement ! Marion et son oncle ne manqueront pas d’imagination pour tenter d’apaiser la crainte du dernier départ ! Mais réussiront-ils vraiment à lui faire lâcher prise ?


Quelle surprise incroyable attendra Marion lorsqu’elle s’aventurera à lire les journaux intimes de sa mère et qu'elle apprendra l'existence d'amis imaginaire qui ont accompagné Allégra tout au long de sa vie ?…

 

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EXTRAIT
Allégra, roman, Perle Jetté, Fondation littéraire Fleur de Lys
 

À Ruby, ma mère que j'aime infiniment…

Et à toutes ces mères et grands-mères
qui nous ont tant aimés…

 

Remerciements

 

Louise, Francis et Martine qui ont si généreusement accepté de réviser mon manuscrit.


À mes trois lectrices qui m'ont donné franchement leurs appréciations :
Ruby, Lorraine et Catou (Ma reine).


Et à tous ceux et celles qui m'ont encouragée ou aidée à aller jusqu'au bout, spécialement à Anick et Claude.

 

 

Chapitre 1 (Intégral)

 

Allégra plisse les yeux pour mieux voir l’heure. Elle y déchiffre, dix heures dix. Encore une fois, cette même intrigue la surprend. Pourquoi sans le chercher, regarde-t-elle si souvent le réveille-matin à cette heure précise. Est-ce un signe prémonitoire ? Un jour, ces aiguilles s’arrêteront-elles sur ce tic-tac pour l‘éternité ? Éternité qui s’approche à pas de loup.


Allégra ferme les paupières pour changer la page de ses pensées. Et, elle se souvient…


Il n’y a pas encore si longtemps, Allégra se levait au chant du coq. Le temps qui courait, la poussait à remplir ses journées à ras bord, quitte à en renverser sur le lendemain. ‘’Le pire gaspillage dans la vie, c’est de penser qu’on a tout son temps.’’ Ces quelques mots, son père les lui avait murmurés dans son dernier souffle. Il venait de célébrer ses quatre-vingt-dix-sept ans.


Tant de choses à expérimenter, à découvrir, à dire, à ne pas dire et à vivre !


Maintenant, Allégra prend un malin plaisir à flâner au lit sans éprouver la moindre culpabilité devant le temps qui fuit. Ainsi, en s’amusant à visionner son passé bien campé dans son imagerie mentale, elle conserve l’illusion qu’elle réussit à ralentir le mouvement de la vie.


En se retournant sur le dos, Allégra s’étire et le rituel commence. Minoune sort par-dessous les couvertures et vient se blottir sur sa poitrine.

— Bonjour Minoune, bien dormi ? As-tu faim ? Que dirais-tu d’un bol de gruau ?

Allégra sourit en entendant ronronner sa chatte. Ce contentement qui vibre sur sa poitrine lui apporte l’élan pour sa journée. Une belle journée : belle, différente, aussi unique que celle d’hier et que dire de celle de demain ?

— Allons Minoune, il faut se lever. Aujourd’hui, on a du pain sur la planche. Ah ! Regarde dehors, Gypsie t’attend.

Allégra lève les toiles pour laisser entrer ce beau soleil en se demandant si elle ne pourrait pas sortir juste un peu pour prendre l’air, sans risquer de tomber ? Son œil interrogateur scrute le miroir sans craquelure qui mène à la rue. L’interdiction verglacée l’oblige à se soumettre à l’évidence. La vieille dame tourne les talons avec un soupir résigné, mais presque réconfortant.


— Après tout, ce n’est pas si grave Minoune. Je vais en profiter pour achever de faire maison nette. Oui, aujourd’hui, je dois avancer avec tout ce barda.

La vieille dame, comme par habitude, enjambe les boîtes de carton et trace un gros X sur son calendrier. Mercredi, 15 décembre.

— Tiens, c’est la fête de Loïc. Je dois absolument lui téléphoner ce soir.

Allégra cherche un truc qui pourrait lui servir d’aide mémoire.

— Ce bout de ficelle fera l’affaire.

Allégra boucle la corde à son index. Ainsi, complètement rassurée, elle pensera à rejoindre son petit-fils pour lui souhaiter une bonne fête et surtout pour lui redire qu’elle l'aime beaucoup.


Loïc a vingt-neuf ans et le cœur rempli d'animosité. Loïc n’attend aucun appel. Il n’éprouve nullement le besoin de se faire gâter par sa grand-maman aussi spéciale qu’elle soit! Loïc a décidé de repousser l’amour qu’il pourrait recevoir en surplus.

— Pauvre Loïc !

Allégra repart à la conquête de sa journée. D’une allure enjouée, elle prépare sa platée matinale préférée. Elle déplace son jeu de cartes et ses lunettes qui traînent sur la table afin d’étendre sa nappe fleurie pliée en quatre. Elle y dépose deux bols, une cuillère, une tasse pour le thé et son pot de cassonade. Elle s’applique à partager avec équité entre elle et sa chatte, le contenu de son chaudron. Minoune, quant à elle, attend patiemment la ration de son petit déjeuner.


Allégra redresse lentement son dos pour s’asseoir devant son menu frugal qu’elle mange avec appétit. Tout à coup, elle se met à gratter son bol avec un sourire malicieux et en continuant de plus belle, son visage rosit. Promptement, elle pose sa cuillère près de son bol et joint les mains sur ses genoux. Réalisant son geste machinal, Allégra sourit timidement. Pour un court moment, elle a réellement cru que le regard sévère de son père se posait sur elle.

— Papa, tu me faisais si peur !

Allégra soupire. Elle aime tant voyager dans le temps, revivre son temps, sa vie !


La vieille dame contraste avec le discours qui allègue que les personnes du quatrième âge souffrent de solitude. Pire, elle ne comprend pas que l’on puisse en souffrir. Pour elle, tous les jours de la vie viennent ajouter un autre bout de ligne blanche qui trace la route de ses souvenirs. Que ce soit la joie quotidienne d’un bon repas, la satisfaction de jouer sa symphonie préférée, un appel téléphonique inattendu, l’achèvement d’un tricot ou tout simplement regarder la couleur du jour, pour elle, tout mérite d‘être reconnu comme le délice d’un plaisir vital qui avivera la teinte de sa vie.


Savourer le temps qui passe. Ce don offert des dieux, privilège rare qui ne semble réservé qu’aux sages. Allégra l’utilise sans même y réfléchir. Lorsque arrivent les jours ombrageux, Allégra inconsciemment, imite l’enfant qui réussit à endormir son chagrin aussitôt qu’il demande à l’oiseau bleu de s’en charger. Comme l’enfant, elle repart pleinement confiante, courir à la chasse aux papillons sans repenser à son gros tourment.


Allégra remplit son lavabo d’eau chaude savonneuse pour y faire tremper la vaisselle accumulée depuis la veille.

— Tantôt, j’essayerai de trouver un instant pour récurer tout ça.

Allégra jette négligemment les couvertures sur le lit. Elle revêt son habit de travail : un chandail de laine, un pantalon usé, sa paire de bas thermos, glisse ses pieds dans ses pantoufles de Phentex. Au même instant, Minoune miaule pour sortir dehors. Elle lui ouvre la porte.

— Ne t'éloigne pas trop, il fait si froid ce matin.

Allégra frisonne et referme la porte. L’horloge sonne déjà midi. Impulsivement, elle se dirige vers son piano et joue l’Ave Maria de Schubert. Allégra est heureuse !


Le cœur léger, elle entreprend de continuer son agréable besogne : trier ses guenilles. Mais le résultat s’avère bien mince parce qu’elle se sent incapable de se séparer de quoi que ce soit, au grand désespoir de sa fille Marion.


Au hasard, elle choisit une boîte qu’elle emporte près de sa chaise berçante et s'empresse à l'ouvrir. Allégra éprouve la même frénésie qu’elle ressentait jadis avec son mari Hervé lorsqu’elle enroulait la corde à son moulinet. Une ligne à pêche qui gigote promet inévitablement une surprise. Bonne ou mauvaise !


Au premier coup d’œil, elle identifie sa prise. Des têtes de chevaux semblables à celles qu’on retrouve sur un échiquier, s’éparpillent sur le tissu vert pomme. Même si elle possédait déjà le luxe de sa machine à coudre Singer, cet élégant tailleur de fin velours cordé, elle l’avait cousu à la main. Pour elle qui prie à sa façon, aligner des points à la perfection remplaçait agréablement la tâche fastidieuse qui lui avait été imposé durant toute sa jeunesse : s’agenouiller quotidiennement pour égrainer son chapelet. Allégra considère que piquer l’aiguille dans une chaîne de points tous égaux l’aide à retrouver sa cachette intérieure. Ainsi, elle peut se rapprocher de sa fidèle amie rencontrée un jour de pluie singulièrement sombre. Allégra ne s’est jamais lassé de cette amie si particulière. Une amie qu’elle avait baptisée Douce.


En dépliant le costume, elle se rappelle du jour où Marion l’avait étrenné et sali de liqueur à l’orange. En vain, Allégra l’avait frotté avec son gros savon jaune sans réussir à enrayer la vilaine tache.

— Pauvre Marion, qu’est-ce que j’ai pu te réprimander !

Allégra retourne à sa boîte, déplie sur ses genoux quelques blouses d’écolière jaunies, deux camisoles raccommodées dont une, encore garnie d’une épingle à ressort qui devait retenir un petit carré de camphre. Elle esquisse un léger sourire en entendant la voix suppliante de Marion surgir de l’écho de son souvenir. ‘’M’man, s’il te plaît, ça sent mauvais et je n’ai jamais la grippe ni même un petit rhume ! Pourquoi faut-il que je sois obligée de renifler cette odeur puante tout l’hiver ?’‘ ‘’Marion, tu n’es pas malade parce que le camphre éloigne les microbes.’’ ‘’Alors, dis-moi, pourquoi Lysiane qui porte ce fameux carré, tousse presque tout le temps?’’ ‘’Tu sais bien que la fille de Jeanne a les poumons fragiles. Arrête de te lamenter pour des sottises et apprécie plutôt d’être en si bonne santé.’’ ‘’M’man, j’ai une superbe idée ! Si tu remplaçais le camphre par la médaille de la Vierge Marie ? Peut-être bien que j’obtiendrais la même protection et si la Vierge perd son pari, je porterai le carré qui pue ! C’est promis ! ‘’ Allégra en souriant fit semblant de céder à l’argument de sa fillette. Depuis qu’elle avait remarqué que le coffre à crayons de Marion empestait le camphre, elle se doutait bien du pourquoi. Allégra détestait la soumission passive et que Marion s’objecte, cela la ravissait, Allégra n’aurait jamais osé répliquer à ses parents, pourtant…

Allégra retire l’épingle tout en la débarrassant de sa pochette vide. Elle referme l’épingle à ressort et la dépose dans cette boîte en métal qui recueille, depuis quelques jours, tous les fragments palpables d’un souvenir parmi d’autres souvenirs.


Elle s’adosse confortablement pour reposer ses reins et regarde danser les micros poussières que le soleil anime devant ces yeux. Elle tourne paresseusement la tête pour suivre le poudroiement lumineux. Au bout de ce kaléidoscope, elle aperçoit Minoune sur le rebord de la fenêtre avec sa petite patte en l’air qui guette un signe de reconnaissance de sa présence. Vivement, Allégra va lui ouvrir la porte. Minoune entre en miaulant comme si elle tentait de lui expliquer la froidure qui lui picote le dessous des pattes.

— Pauvre Minoune, j’avais oublié que tu étais sortie dehors ! Excuse-moi. Tu sais, quand je m’éloigne dans ma mémoire, le présent n’a pas d'autre choix que de patienter.

La chatte saute sur le sofa pour lécher ses pattes.

— Sans rancune ma Minoune ! Regarde donc tout ce satané poil… Va bien falloir que je me décide à brosser ce maudit fauteuil ! Demain.

Oui peut-être bien demain. Pour l’instant, Allégra préfère cuisiner un peu pour satisfaire sa gourmandise.

— Une tarte aux raisins avec des noix, ce serait bien bon. Je n’ai plus de dessert !

Allégra tourne le bouton de la radio pour reposer sa voix intérieure. Un air léger la ramène à la réalité du moment présent. Allégra aime fredonner. Pour elle, l’inattendu du quotidien préserve les souvenirs de demain et, demain n’est rien sans l’éveil d’un souvenir.


Si aujourd’hui, Allégra ne peut respirer l’air frais du dehors, elle se reprend quand le four commence à souffler sa douce haleine. Une odeur qui la ramène vers sa tendre enfance…
…Elle se revoit en train de dérober, en cachette de sa mère, une retaille de croûte à tarte non cuite, trônant au beau milieu de la table enfarinée.


Sa mère lui défendait cette gourmandise tout comme de s’empiffrer de bonbons à la patate sous prétexte qu’elle risquerait d’attraper des petits vers blancs qui chatouillent et piquent le rectum. Cette menace valait aussi quand sa mère ou une de ses grandes sœurs façonnaient des galettes de bœuf haché. Pauvre Allégera ! Lorsqu’elle défiait sa mère et qu’elle se réfugiait derrière la porte de sa chambre pour grignoter son butin, elle se sentait tellement coupable, comme si elle rompait un carême sans s’en confesser.


Tout en mâchouillant son morceau de pâte, la vieille dame nettoie sa table et dépose son torchon sur le comptoir. Au même instant, elle constate que l’eau dans l’évier a perdu toute sa mousse. Allégra hausse les épaules en lâchant une imperceptible plainte marmonnée :

— Maudite vaisselle !

Allégra retourne à sa boîte, fouille sous sa berceuse, saisit un sac vert et, à contrecœur y décharge une brassée de souvenirs.


Allégra choisit, au hasard, une autre boîte. À peine entrouverte, elle ressent une vive déception lorsqu’elle reconnaît le contenu. Des carrés de lainage taillés dans de vieux manteaux d’hiver, empilés serrés les uns par-dessus les autres.

— Je n’aurai plus le temps de les rassembler pour en faire de chaudes courtepointes. Dommage !

Elle referme les rabats et emporte le carton dans la rallonge, là où s’entassent en désordre les reliques de sa vie. Satisfaite de sa besogne, elle se prépare une tasse de thé en ébouillantant de nouveau sa poche du matin.

— Demain, je finirai de nouer ce sac. Pour l’instant, j’ai le goût d’un gros morceau de tarte.

Allégra apporte sa tasse de thé et vient s’asseoir près de Minoune qui dort paisiblement. Regardant distraitement vers la fenêtre, elle remarque une auto blanche devant l’entrée de garage de Marion.

— Qui est-ce ?


Deux enfants qui se chamaillent attirent son attention. Allégra sourit en se calant dans son fauteuil. Doucement, elle décolle...


La sonnerie du téléphone sort Allégra de son rêve. Était-ce bien un rêve ? Perdue, elle essaie de se situer dans le temps. La noirceur la mêle davantage et la sonnerie persiste à demander réponse. Enfin, sa main parvient à tâtons à trouver l’appareil.

— Allô !


— M’man, ça va ? Es-tu malade ? Je viens de m’apercevoir qu’il n’y a aucune lumière chez toi.


— Ne t’énerve pas Marion. Je ne suis pas malade. J’arrive…


— Mais m’man, où étais-tu ? Tu n’es quand même pas sorti ? La rue ressemble à une patinoire et…


— Marion, je somnolais. Dis-moi, quelle heure est-il ?


— Presque six heures du soir, m’man.


— Ah ! Si tard, je …


— Il me reste du pâté au poulet encore tout chaud. Étienne va te l’apporter à l’instant. J’irai faire un tour tantôt, après avoir lavé la vaisselle. D’accord ?


— Oui Marion. Merci.


— De rien m’man, de rien.

Allégra raccroche en traversant lentement le flou d’un après sommeil profond. Mais, d’où revient-elle ? Elle se sent si paisible, comme si...


Étienne frappe à la porte et entre. Le sourire éclatant de son gendre plaît à Allégra.

— Bonsoir madame Dulac. Les embêtements de l’hiver commencent tôt cette année. Ah ! Oui. Marion a oublié de vous demander d’écrire votre liste d’épicerie. Demain, elle aimerait faire vos courses.


— Comme c’est là, je vais préparer aussi ma liste pour les cadeaux de Noël !

Pour la taquiner un peu, Étienne lui rappelle que cette liste doit être adressée au père Noël.
Allégra rit de bon cœur.

— Tu sais, Marion n’a jamais cru à cette légende, et tout ça, au grand désappointement de son père. Le soir de Noël de ses quatre ans, après l’avoir bordée, Marion m’avait confié à voix basse : ‘’Hier soir, j’ai vu papa boire le verre de lait du père Noël mais, il a remis les biscuits dans la jarre. La prochaine fois, je vais lui laisser un morceau de gâteau au chocolat. Ça, c’est certain qu’il va aimer.

Étienne reconnaît bien là la complicité mère- fille qui amuse Marion si souvent.

— Pas facile à déjouer ma petite, n’est-ce pas Étienne ?

Étienne se sent rougir.

— Je regrette madame Dulac, je dois absolument rencontrer un client à dix-neuf heures pile. De toute façon, Marion ne tardera pas à arriver. Elle a une surprise pour vous. Je n’en dis pas plus. Bonsoir et à demain.

— Qu’est-ce qu’il y a demain ?

Étienne sort en riant, fier d’avoir piqué la curiosité de sa belle-mère qu’il adore.


Allégra étend son bout de nappe et s’installe pour prendre son repas. Aussitôt qu’elle soulève le papier d’aluminium, elle hume l’odeur qui lui ouvre l’appétit. Elle plante directement sa fourchette dans le plat sans remplir son assiette.

— Que c’est bon !

Allégra apporte le plat de ‘’Pyrex’’ au lavabo et réalise qu’elle n’a pas encore lavé sa vaisselle. En bougonnant un peu, elle vide l’évier en remettant tout sur le comptoir et tire le bouchon pour laisser couler l’eau refroidie.

— Je ne me dompterai donc jamais !

Marion arrive tout essoufflée. Allégra regarde sa fille suspendre son manteau dans la penderie de l’entrée. Entre deux quintes de toux, Marion réussit à dire bonsoir à sa mère.

— Tu peux bien tousser ! Le manteau toujours déboutonné, rien sur la tête et je parie que tu es pieds nus dans tes bottes.

Le sourire en coin, Marion fouille dans le panier d’osier déposé près de la porte pour y trouver une paire de Phentex. Marion s’assoit sur le banc de quêteux pour chausser les pantoufles et reprendre son souffle.

— M’man, tu sais bien que le problème vient de là.

Marion sort de sa poche son paquet de cigarettes et sa pompe.

— Justement, depuis que les médecins t’ont enlevé des polypes, tu aurais dû cesser de fumer. Je ne te comprends pas …


— M’man, tu ne peux pas savoir comme c’est difficile d’arrêter de fumer. Tu n’as jamais tenu une cigarette entre tes lèvres.


— C’est vrai. Mais il y en a qui réussisse.


— Pour ça M’man, il faut le vouloir et, je …

Sans finir son argument, Marion rejoint sa mère à la cuisine. Elle remarque toute la vaisselle empilée sur le comptoir. Sans dire un mot, Marion roule ses manches et recommence la tâche qu’elle vient à peine de terminer sauf qu’il y en a beaucoup plus. Allégra proteste par principe et laisse faire Marion. En attendant, Allégra s’affaire à nourrir sa chatte qui crie encore famine.


— Il n’y a pas de restes ce soir, Minoune.

Allégra se penche péniblement pour déposer sur la catalogne étendue devant la cuisinière, une soucoupe remplie d’une mixture pour chat ainsi qu’un petit bol de lait.

— M’man, tu finiras par tomber. Tu n’y penseras pas et tu vas perdre pied à cause des bols de la chatte. Mets-les plutôt dans un coin.


— Marion, voyons ! Tu sais bien que je regarde où je marche. J’ai l’habitude des traîneries et puis, quel coin veux-tu que j’utilise ?

Marion ne prend même pas la peine de jeter un coup d’œil circulaire. Elle sait qu’aucun recoin n’échappe à la clémence d’Allégra parce que son loisir préféré consiste à jouer avec ses guenilles. Pour la fille d’Allégra, le désordre qui règne dans la maison, et qui l’inquiète de temps en temps, a depuis longtemps cessé d’être analysé comme un problème, mais plutôt comme une réalité. La vie lui a enseigné que certaines réalités sont sans issue et qu'elle doit l’accepter même si c’est à contrecœur.


Marion plie le linge à vaisselle et le suspend sur la barre à serviettes, à l’intérieur de la porte de l’armoire, sous l’évier. Enfin, elle se prépare un café.

— M’man, veux-tu une tasse de thé ?


— Oui. Tu trouveras ma tasse et ma poche de thé, quelque part près du fauteuil.

Marion va chercher la tasse pour la rincer et y dépose la poche toute ratatinée. Elle connaît bien les manies de sa mère. À vrai dire, Allégra se contente d’une tasse d’eau chaude colorée et sucrée. Marion apporte les deux tasses et vient s’asseoir près de sa mère.

— Veux-tu une pointe de tarte aux raisins ?


— Non merci, m’man. Je n’ai plus faim.

Marion s’allume une cigarette. Enfin, arrive l’heure de la pause, une pause qui l’amuse la plupart du temps. Passer une heure avec Allégra, c’est une heure d‘évasion. Aucun téléroman ne peut recréer cette atmosphère joyeuse du quotidien même s’il est quelque fois teinté par des souvenirs mélancoliques. Du fou rire aux larmes de tristesse, voilà la couleur du bonheur d’Allégra.


Par la force des choses, Marion connaît tous les secrets de famille. Allégra restera toujours incapable de garder un secret. Tôt ou tard, Allégra succombe à la tentation de trahir une confidence, mais toujours sans malice. En plus, Allégra possède ce talent de raconter. Si bien que, malgré elle, de cette même antipathie qu’on peut ressentir pour un personnage fictif sorti d’un roman savon, Marion se surprend à détester quelques membres de la famille qu’elle n’a même jamais connu. On s’indigne mais on veut tout savoir. Un délice

— M’man, pourquoi as-tu enroulé la ficelle à ton doigt ?


— Ah ! C’est pour ne pas oublier Loïc. Je veux lui souhaiter un bon anniversaire.

Marion réalise qu’elle n’a pas pensé à son fils ni aujourd’hui, ni hier. Au fait, depuis quand ne s’est-elle pas préoccupé de Loïc ? Marion n’a jamais couvé Loïc, et pourtant…


Malheureusement, le passé reste ineffaçable !


Contrairement à sa mère, Marion ne s’applique pas toujours à garder tous ses souvenirs intacts. Marion excelle dans l’art de balayer sous le tapis. Mais, depuis le temps, ces bosses dérangeantes qui s’accumulent, obstruent de plus en plus la porte qui conduit au cœur de Loïc !

— Il se peut que tu te butes à son répondeur.


— Oui, mais il saura que j’ai pensé à lui.


— C’est vrai, m’man. Je lui téléphonerai tantôt. Que dirais-tu si je l’invitais dimanche pour dîner ?


— Demain, en allant faire les courses, tu pourrais en profiter pour lui trouver un cadeau et …


— M’man, peut-être que Loïc ne pourra pas venir. Tu sais comme il visite assidûment Béa,...

Ce que Marion ne dit pas, c’est que sa bru a dédain de la grand-mère de Loïc. Marion ne peut jamais prévoir quel commentaire Michèle oserait lancer. Quelquefois, les propos de sa belle-fille la renversent, et, renverser Marion dérive presque de l’improbable !


— Si Loïc ne vient pas, je lui offrirai son cadeau à Noël. En parlant des Fêtes, je vais te donner de l’argent pour acheter tous les cadeaux.

Allégra va dans sa chambre prendre sa bourse et en profite pour baisser les toiles.


Marion réfléchit et cherche de quelle façon elle pourrait bien réussir à boucler son budget ? Elle sourit… quel budget ? La prévoyance, Marion ne l’a jamais apprise et elle sait bien pourquoi. Pour elle deux plus deux font cinq et cinq moins deux font cinq. Autrement dit, quand il n’y en a plus, il y en a encore. Elle croit en la providence et sa providence, c’est Allégra !

— Hier, j’ai noté ce qui me manquait. Tiens, voilà ma liste d’épicerie. Combien te faudrait-il pour acheter tous les cadeaux de Noël ?


— M’man, ça dépend de ce que tu choisiras.


— Tu connais mieux que moi les besoins de chacun. Je te fais confiance mais, sois raisonnable.

Allégra compte trois cents dollars de plus et les remet à sa fille.


Marion pense au chèque qu’elle doit couvrir avant minuit. La somme manquante s’élève à vingt-cinq dollars sans oublier le litre de lait qu’elle doit acheter pour le déjeuner des deux garçons.


Marion enfile ses bottes et son manteau, puis embrasse tendrement sa mère.

— Étienne m’a dit que tu avais une nouvelle à m’annoncer.


— Oui. Si ça te tente, demain soir, Étienne te conduira chez oncle Charles. Étienne doit rencontrer deux clients dans le même quartier. Profites-en, tu auras toute la soirée pour jaser avec ton frère.

Allégra accepte avec joie cette sortie imprévue sans penser à la promesse qu’elle a faite à Marion: trier toutes ses guenilles et mettre un peu d’ordre dans la maison avant Noël !


Marion souhaite bonne nuit à sa mère. Elle traverse le trottoir en patinant et en pestant contre le foutu hiver.


Allégra laisse sortir Minoune tout en regardant Marion verrouiller sa porte. Rassurée, elle guette maintenant le retour de sa chatte.


Avant d’entreprendre sa toilette, elle dénoue sa petite corde enroulée autour de son index et compose le numéro de Loïc.


Elle entend la voix monocorde de Michèle qui demande de laisser le message après le timbre sonore.
 


 

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BIOGRAPHIE

Perle Jetté

 

Née en 1949 à Montréal, Perle Jetté vit toute sa jeunesse dans le quartier ouvrier d’Hochelaga Maisonneuve, Une enfance très heureuse malgré le sentiment de solitude qui l’habite déjà. Très tôt, elle découvre le plaisir de la lecture par le biais des livres de contes. Il n‘en faut pas moins pour que son imaginaire prenne son envol. À l’école primaire, son goût pour l’écriture se manifeste lors de la composition du vendredi. Ce devoir à remettre, se transforme vite en défi qu’elle relève à chaque fois avec contentement. Au secondaire, elle appréciera particulièrement l’enseignement d’un professeur de français qui lui transmet plusieurs trucs indispensables pour embellir ses narrations et qui par conséquent, il attise son envie d’améliorer la qualité de son écriture. À partir de ce jour, son style se définit surtout par son habilité à habiller ses textes de dentelle. Au fil des années, le plaisir de peaufiner ses écrits s’allie harmonieusement à ses nombreux moments de réflexions et d’isolement que le destin lui impose. Ces descentes intérieures ne l’empêchent pas pour autant de s’ouvrir aux autres. Son écoute lui apprend par exemple que le bonheur se trouve immanquablement affadi, s’il ne trouve personne avec qui partager. De plus, après avoir supporté tellement de gens affligés, elle constate que dans le désarroi de chacun, même si les larmes ont cette même saveur de sel, l’importance d’un chagrin ne peut se mesurer à celui de l’autre !


Ainsi, au cœur de la cinquantaine, elle franchit le pas ! Son imaginaire la démange et l’incite à partager une partie de son précieux bagage sous forme de roman. Découvrons ensemble l’univers de cette auteure et souhaitons que cette première œuvre sera suivie de plusieurs autres.
 

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