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Cent contes du Rwanda, Pierre Crépeau

 

Contes - Histoires, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, 2006, 494 pages.

ISBN 2-89612-142-0

 

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Pierre Crépeau

Gatineau, Québec

 

 

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Cent contes du Rwanda, Contes - Histoires, Pierre Crépeau,
Fondation littéraire Fleur de Lys

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PRÉSENTATION

 

Cent contes du Rwanda, Contes - Histoires, Pierre Crépeau,
Fondation littéraire Fleur de Lys

 

Anthropologue spécialisé dans les systèmes de représentation et dans les arts et traditions populaires, Pierre Crépeau a séjourné au Rwanda de 1962 à 1969, principalement à titre de vice-recteur de l’Université nationale du Rwanda, et de 1972 à 1974 uniquement comme chercheur. Fort d’une longue expérience de terrain et d’une connaissance de première main du Rwanda, de son histoire, de ses institutions, de sa langue et de sa culture, l’auteur nous livre une adaptation française d’un choix de contes du Rwanda dans une langue souple et vivante qui a su conserver la saveur exotique de ces récits.

Marqués d’un sceau culturel spécifique, ces 100 contes du Rwanda n’en représentent pas moins, à leur manière, la sagesse des nations. Les vérités qu’ils énoncent, les vices qu’ils réprouvent et les comportements qu’ils proposent sont ceux de tous les hommes de tous les temps. On y loue le courage, la prudence et la fidélité. On y fustige la jalousie, la bêtise et la trahison. On y recommande la discrétion, la docilité envers le sage, l’entraide et l’assistance au faible. Récits tantôt purement imaginaires, tantôt rudement réalistes, ils étonnent, émerveillent et amusent. Ces récits enchanteront les petits et fascineront les grandes personnes en les conduisant aimablement à la rencontre de l’Autre. Le lecteur rwandais s’y retrouvera, le lecteur francophone s’y reconnaîtra.

 

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EXTRAIT
 

Cent contes du Rwanda, Contes - Histoires, Pierre Crépeau,
Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

Introduction

 

Quand la parole se perd le conte la retrouve
 

 

Le voyageur, qu’il soit touriste ou journaliste, colon ou missionnaire, agent commercial ou politique, à son arrivée dans un pays étranger, a souvent tendance à se montrer arrogant et impertinent. Quelques jours passés dans les bars de la capitale ou un dimanche à la piscine, selon le titre d’un récent roman d’un journaliste québécois (Gil Courtemanche, Un Dimanche à la piscine à Kigali, Les Éditions du Boréal, Montréal 2000), assurent la compétence et le droit de pontifier au sujet d’un pays que l’on feint de connaître comme le fond de sa poche. Cette insolence culturelle découle de l’orgueil de la richesse et de la puissance. L’arrogance est fille de l’or et de l’épée. Elle conduit à la volonté de faire de sa propre culture la culture universelle, l’aune de toute humanité.

 

Si, par contre, mu par une empathie naturelle, le voyageur prolonge son séjour et se donne le temps de se mettre à l’écoute du peuple qu’il visite, sa présence se fera plus discrète, plus modeste, plus respectueuse des gens qu’il côtoie. Il commencera alors à se poser des questions sur sa propre culture, ses propres usages, ses propres valeurs. Il n’ira pas jusqu’à renier sa propre culture, mais n’osera plus prétendre, comme le colonisateur du XIXe siècle, que la Providence l’a investi d’une mission civilisatrice universelle. Certains croient que le nivellement des cultures conduira l’humanité à l’apogée de la civilisation. Je ne suis pas sûr que troquer son plat de haricots ou son plat de riz pour le Big Mac puisse assurer aux générations montantes une meilleure humanité. Si l’on considérait plutôt l’intérêt et la richesse que représente la diversité, peut-être serait-on mieux en mesure d’accepter l’autre pour ce qu’il est, tel qu’il est, sans vouloir le changer, tout en restant soi-même, tel que l’on est, refusant de croire qu’on y gagnerait à se blanchir, ou à se négrifier, ou à se brider les yeux. Là où il y de l’humain, il y a de la culture et toutes les cultures sont éclairantes. Il y a de la lumière partout. Allume une seule petite bougie, elle éclairera toute la pièce. La plus petite parole, d’où qu’elle vienne, même celle qu’on n’est pas habitué d’entendre, contient assez de connaissance et de sagesse pour éclairer toute la maison.

 

Dès mon jeune âge, j’ai voulu aller voir ce qu’on faisait et entendre ce qu’on disait ailleurs et cherché à découvrir ce qu’on avait fait et ce qu’on avait dit avant moi, même longtemps avant moi. Cette curiosité de l’ailleurs, de l’avant-moi, de l’autrement, ne m’a jamais laissé depuis. Où que je sois, je cherche toujours à saisir la différence, à comprendre l’inouï, à percer l’inconnu. Appelé à participer à la fondation de l’Université Nationale du Rwanda dans les années 60, je n’ai pas voulu restreindre mon action aux charges administratives qui m’étaient confiées. Je suis d’abord allé à l’école durant un an où j’ai appris la langue rwandaise; j’ai lu à peu près tout ce qui se publiait sur son histoire et ses institutions; j’ai beaucoup questionné missionnaires, colons et chercheurs qui se trouvaient dans le pays depuis plusieurs années; j’ai surtout regardé les gestes et écouté les paroles des Rwandais, du geste le plus humble à la parole la plus profonde.

 

Le Rwanda est un pays d’une relative pauvreté au plan des arts plastiques. Point de sculpture comparable aux fabuleuses traditions de l’Afrique occidentale; point de peinture aux spectaculaires chatoiements des peintres congolais. Mais au plan de la parole, c’est le foisonnement, la luxuriance tropicale. Maître du verbe, le Rwandais s’est forgé une langue d’une richesse inouïe, unique dans l’univers des langues bantoues. Il s’est doté d’une littérature orale qui n’a rien à envier aux littératures écrites les plus sophistiquées. Des genres dits mineurs, devinettes, proverbes, contes, aux grands poèmes guerriers, pastoraux et dynastiques, en passant par les mythes, les légendes et les grands récits historiques, il a traité de tous les aspects de la vie coutumière dans un style qui lui est propre où l’on retrouve la fantaisie et l’inventivité des pays de lumière.

 

Lorsque je pris ma retraite en 1991, j’entrepris de traduire et d’adapter en français le recueil des contes de Mgr Bigirumwami, ce grand évêque rwandais, qui n’a jamais cessé de se tenir à l’écoute de son peuple et de ses traditions. Trois ans plus tard, je proposai ce travail à plusieurs éditeurs qui paniquèrent devant l’ampleur du projet dont la rentabilité économique était loin d’être assurée. En bout de ligne, les Éditions David acceptèrent de publier, en l’an 2000, un florilège de 65 récits sous le titre Paroles du Soir. Le reste fut relégué au fond d’un tiroir sans espoir d’en livrer davantage au public. Puis je fus mis au courant du projet de publication en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys où l’on peut déposer un manuscrit et ceux qui s’intéressent à l’œuvre peuvent en commander une lecture sur écran ou sur papier moyennant une contribution financière. Ainsi, grâce à la Fondation littéraire Fleur de Lys, ces 100 nouveaux contes rwandais seront conservés pour les générations futures et seront accessibles à un public élargi.

 

Ces 100 contes du Rwanda se regroupent en trois livres: les contes d'animaux, les contes sociaux et les contes merveilleux. Récit parfois purement imaginaire, parfois rudement réaliste, le conte rwandais étonne, émerveille et amuse. La parole du conteur métamorphose le monde: les hommes deviennent agiles, rapides et forts comme les bêtes; les bêtes parlent, pensent et rusent comme les hommes. Le conte juge aussi: il louange, condamne et ricane. L’homme y est mis à nu, dans toute sa beauté, dans toute sa laideur aussi. Et si le conte rwandais porte la marque d’un sceau culturel spécifique, il n’en représente pas moins, à sa manière, la sagesse des nations. Les vérités qu’il énonce, les délits qu’il condamne, les comportements qu’il propose sont ceux de tous les hommes de tous les temps. On y loue le courage, la prudence et la fidélité. On y fustige la jalousie, la bêtise et la trahison. On y recommande la discrétion, la docilité envers le sage, l’entraide et l’assistance au faible. Quelques traits spécifiques à la culture rwandaise conservent à ces contes leur caractère exotique. La vengeance est nécessaire, mais elle doit laisser un peu de place au pardon. La justice, souvent expéditive, n’est pas toujours exempte de vengeance. Si un homme peut épouser plusieurs femmes, une femme ne peut avoir plusieurs maris. La polygamie semble toutefois se limiter aux mieux nantis. Le rapt d’une jeune fille se présente comme un moyen légitime de forcer les épousailles. La marâtre et le traître sont perçus comme particulièrement odieux. Dans les contes merveilleux surtout, le monde des esprits tient une place prépondérante. La plupart du temps, un drame trouve sa résolution par une sorte de Deus ex machina. Les métamorphoses sont monnaie courante. La rivière constitue parfois une sorte de passage interdit qu’on ne peut franchir sans un recours à un pouvoir magique.

 

Toute traduction est à la fois une science et un art. À la rigueur du linguiste, il faut joindre la liberté créatrice du poète. L’intérêt du présent recueil est d’élargir l’expérience particulière de la culture rwandaise aux dimensions d’une expérience plus générale et de la rendre, par le fait même, accessible à des gens de culture française. Il s’agit de comprendre et de sentir en français des formes et des contenus culturels rwandais avec leurs caractéristiques originelles. J’ai d’abord fait de tous ces contes une traduction littérale tout en conservant, dans la mesure du possible leur ambiance particulière et leur climat exotique. Puis, durant de longs mois, je me suis imprégné de leur atmosphère, de leur originalité, de leur beauté, de leur douceur, de leur violence aussi. J’en ai longuement admiré l’imagination prodigieuse, la délicatesse des sentiments, l’ironie subtile, l’humour noir (sans jeu de mots) et l’exquise sensibilité. J’ai rêvé aux exploits de Sans-Peur, ce héros gargantuesque, aux fourberies de la foudre, aux ruses du lièvre, à la grenouille matoise, au voleur téméraire, au pacifique obligé d’aller en guerre, à la jalousie des rivales et des marâtres, à la jolie fiancée habitant une calebasse, au roseau qui chante, au soleil et à la nuit qui se disputent la reconnaissance et l’amour des hommes. J’ai aussi fait des songes terribles de violence, de justice expéditive et de vengeances sanglantes. Et puis, un jour, j’ai tout récrit, comme si j’inventais moi-même ces contes. J’avais allumé ma lampe à la lampe rwandaise et cette flamme était devenue mienne, puisée à la source commune de toute lumière humaine. Le lecteur francophone s’y retrouvera et le lecteur rwandais s’y reconnaîtra. Dans l'adaptation des chants, j’ai visé non pas tant à reproduire qu'à évoquer des rythmes, des assonances, des refrains, des incantations et parfois même de simples jeux verbaux. Malgré toutes les libertés que je me suis permises, une lectrice rwandaise m’a certifié que, en lisant ces chants français, elle entendait la voix de sa mère qui les lui avait chantés dans son enfance en kinyarwanda, sa langue maternelle.

 

Depuis l’hécatombe de1994, les Rwandais ne se voisinent plus, comme jadis, le soir auprès du feu, en pompant au chalumeau la bière de l’amitié. Ils ne chantent plus dans leurs contes un destin bénéfique. Ils se terrent désormais dans leur honte, leur peur et leur rancune. Certains ruminent de terrifiantes vengeances. Les familles ont tant de morts à pleurer et les cicatrices des survivants sont si profondes que la réconciliation tardera encore longtemps. Assez longtemps peut-être pour qu’on oublie ces jolis récits. Car dire des contes, ça n’assouvit pas les vengeances. Ce recueil aura peut-être le mérite de sauvegarder dans notre patrimoine universel une mince parcelle de l’héritage culturel du peuple rwandais. On y retrouvera le charme bucolique des mille collines, charme qui m’a séduit au point de me faire oublier parfois le fragile équilibre de ce petit Éden d’Afrique centrale. J’ose espérer qu’il aidera, à sa manière, à la réconciliation nationale rwandaise. Comme le dit si bien Montaigne, « Nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole ». Quand la parole se perd, le conte la retrouve.


 

Livre I
Contes d’animaux
 

Le chat sauvage ne se souvient pas

de l’endroit où il a volé une poule.

 

 

1. La complainte d'Antilope


Un jour, un homme appelé Tourment trouve un chien errant. Il l'amène à la maison, le domestique, en fait son fidèle compagnon et lui donne le nom d'Antilope.

 

Or, sa femme se ronge d'envie.

 

− J'ai vu, dit-elle, non loin d'ici, un joli petit chiot. Viens avec moi, allons le chercher tout de suite.

 

De retour à la maison, la femme dit à son mari:

 

− Tu as donné à ton chien le nom d'Antilope; au mien, je donne le nom de Chacal.

 

Le temps vient pour Tourment d'aller prendre du service à la cour du roi. Avant de partir, il recommande à sa femme de nourrir les chiens en commençant toujours par Antilope.

 

− Sinon, dit-il, Antilope refusera de manger.

 

Le mari parti, la femme ignore ses recommandations et sert Chacal en premier lieu. Antilope refuse de manger. Mais la femme persiste à nourrir Chacal en premier. Antilope s'entête et refuse toute nourriture.

 

Se sentant mourir de faim, Antilope décide d’aller se plaindre à son maître. Chemin faisant, il aperçoit, dans la cour d'une maison, des enfants qui mangent de la viande. Il s'approche et essaie d’en saisir un morceau, mais les enfants le chassent à coups de bâton. Il s'éloigne un peu et entonne une complainte:

 

Chacal mange à ma place

Et moi, je meurs de faim.

Je sens déjà la mort

là, dans mon ventre.

Je veux vivre!

Je vais chez le roi,

trouver mon père,

mon père, Tourment,

lui dire toute ma peine.

 

Après avoir ainsi chanté son chagrin, Antilope poursuit sa route. Il passe près de cultivateurs en train de labourer leurs champs. Flairant leurs provisions, il découvre de la viande, en saisit un morceau et se sauve. Les laboureurs se fâchent. Antilope leur chante sa complainte:

 

Chacal mange à ma place

Et moi, je meurs de faim.

Je sens déjà la mort

là, dans mon ventre.

Je veux vivre!

Je vais chez le roi,

trouver mon père,

mon père, Tourment,

lui dire toute ma peine.

 

Enfin parvenu à la cour du roi, Antilope voit des enfants occupés à se gaver de viande. Il leur en vole un morceau et le dévore. Les enfants le chassent à coups de pierres.  Antilope s'éloigne un peu et reprend sa complainte:

 

Chacal mange à ma place

Et moi, je meurs de faim.

Je sens déjà la mort

là, dans mon ventre.

Je veux vivre!

Je vais chez le roi,

trouver mon père,

mon père, Tourment,

lui dire toute ma peine.

 

Antilope retrouve enfin son maître. Il court vers lui, lui met les pattes sur les épaules et lui lèche la figure. Tourment devine que quelque chose ne va pas chez lui. Il dit au roi:

 

− Sire, voici Antilope, mon chien, que j'avais confié à ma femme. Il est venu me trouver ici. Quelque chose ne va pas chez moi.

 

Le roi ordonne d'abattre un mouton et de donner à manger à Antilope.

 

Tourment prend ensuite congé du roi. Au moment de partir, le roi lui dit:

 

− Va derrière la maison, tu y trouveras un groupe de jeunes filles. Choisis celle qui te plaît et emmène-la avec toi, je te la donne pour épouse. Va aussi dans le clos, choisis-toi un taureau et amène-le.

 

Tourment rentre donc chez lui avec son chien Antilope, en compagnie d'une belle jeune fille et d'un magnifique taureau reçus en cadeau du roi.

 

Avant même d'entrer dans la maison, il dit à sa femme:

 

− Je te chasse. Prends ton bâton et tout ce qui t'appartient et fous le camp, toi et ton chien Chacal. Je ne veux plus jamais vous revoir ici.

 

La femme retourne chez ses parents avec son chien.

 

Tourment a épousé la fille qu'il a reçue du roi. Ils eurent de nombreux enfants et vivent dans la prospérité et le bonheur.

 

Ce n'est pas moi qui m'arrête, c'est le conte qui s'achève.

 


 

2. L'aïeule des hyènes


Un pauvre paysan menait paître son unique mouton. Chemin faisant, il rencontre l'aïeule des hyènes qui lui dit:

 

− Salut, paysan!

 

− Salut, hideuse! répond le paysan.

 

− Ton mouton, où passe-t-il la nuit?

 

− Mon mouton passe la nuit derrière ma maison.

 

− Ce truc que tu portes, qu'est-ce que c'est?

 

− C'est une massue.

 

− À quoi ça sert une massue?

 

− À frapper le voleur qui s'introduit chez moi la nuit.

 

− Et ça, qu'est-ce que c'est?

 

− C'est une lance.

 

− À quoi ça sert une lance?

 

− À transpercer le voleur qui s'introduit chez moi la nuit.

 

− Mouais! fait l'aïeule en s'éloignant d'un pas incertain.

 

À la tombée de la nuit, le paysan ramène son mouton et l'attache à son pieu derrière la maison. S'étant assuré que la barrière est bien fermée, il va s'asseoir au coin du feu, sa lance et sa massue à portée de la main, et reprend ses rêves d'innombrables troupeaux de moutons bien gras et bien forts.

 

Or pendant ce temps, l'aïeule des hyènes, de retour parmi les siens, les excite à la chasse:

 

− Je connais, leur dit-elle, un endroit où il nous sera facile de voler un mouton. Venez! Ne tardons plus!

 

Fébrile, la troupe se rend en toute hâte chez le paysan pour lui voler son mouton. Arrivée près de la maison, l'aïeule fait signe à la troupe de s'arrêter et chuchote:

 

− Attendez ici en silence, je dois d'abord reconnaître les lieux.

Elle enjambe la clôture et se retrouve dans la cour sans avoir éveillé l'attention du paysan. Elle contemple un instant le mouton attaché à son pieu. Puis elle se glisse tout près sans faire de bruit. Au moment où elle va bondir sur la pauvre bête sans défense, elle reçoit un coup terrible sur la tête et un fer de lance lui perce la hanche. Blessée, elle réussit néanmoins à sauter la clôture et rejoint les siens qui l'attendent hors de la cour. Tous s'empressent autour de l'aïeule et lui demandent:

 

− Qu'est-ce qui se passe?

 

− Taisez-vous! rugit l'aïeule. Laissez-moi tranquille, bande de lâches! Je vous ai appelées pour m'aider à transporter le mouton, et personne n'a bougé.

 

− Ne mens pas, réplique une vieille rivale. Tu n'as même pas touché au mouton. Tu t'es fait rosser, voilà tout. Tu es blessée à la hanche d'un coup de lance. Nous, nous rentrons chez nous. Toi, débrouille-toi toute seule.

 

Et la meute de rentrer chez elle, abandonnant l'aïeule à son triste sort.

 

Ce n'est pas moi qui m'arrête, c'est le conte qui s'achève.

 


 

3. Fausse alerte


Bouquin le lièvre, vagabondant un jour à travers collines et vallons, aperçoit un homme en train de cultiver son champ et lui demande:

 

− Homme, comment t'appelle-t-on?

 

− Légionnaire est mon nom, répond le paysan.

 

− Et que fais-tu là, Légionnaire?

 

− Je sème de l'éleusine.

 

− Quand l'éleusine aura levé, que feras-tu d'autre?

 

− Je la sarclerai.

 

− Après l'avoir sarclée, que feras-tu d'autre?

 

− Je la protégerai des oiseaux jusqu'à ce qu'elle soit mûre.

 

− Lorsqu'elle sera mûre, que feras-tu d'autre?

 

− Je la récolterai.

 

− Après l'avoir récoltée, qu'en feras-tu?

 

− Je la battrai et la moudrai pour me faire des galettes.

 

− Avec quoi mangeras-tu ces galettes?

 

− Je les mangerai avec de la viande.

 

− M'en donneras-tu?

 

− Pourquoi t'en donnerais-je? Suis-je en dette avec toi?

 

− Ça n'a rien à voir, réplique Bouquin. Si tu ne me donnes rien, je mangerai tout, la viande et les galettes. Tu ne pourras même pas y goûter.

 

Et Bouquin laisse Légionnaire à son travail.

 

Le temps passe. Arrive le moment des récoltes. Bouquin descend du sommet de la colline et vient s'installer près de la maison de Légionnaire, attendant le jour où le paysan préparera la viande et les galettes.

 

Le jour venu, voyant que tout est prêt et que Légionnaire s’apprête à servir, Bouquin se met à battre le tambour en criant:

 

− Oh! Gens de céans! Oh! Légionnaire!

 

Et Boum! Boum! sur le tambour.

 

Légionnaire demande ce qui se passe.

 

− Aux armes! crie Bouquin. Le pays est envahi! Le pays est en guerre! Aux armes!

 

D'un saut, Légionnaire est dehors, armé de sa lance et de son arc. Il s'élance sur le sentier de la guerre, en si grande hâte qu'il oublie de prendre ses provisions de route.

 

À peine Légionnaire et ses gens ont-ils disparu derrière le sommet de la première colline que Bouquin se glisse dans la maison et se gave de viande et de galettes. Puis il disparaît.

 

Légionnaire ne trouve aucun champ de bataille. Il finit par se rendre compte que l’alerte était fausse et fait demi-tour. À son retour à la maison, il constate que Bouquin a tout mangé, la viande et les galettes. Il ne lui a rien laissé. Ainsi qu'il le lui avait annoncé.

 

Ce n'est pas moi qui m'arrête, c'est le conte qui s'achève.


 

 

4. Dame Léopard prend servante


Il était une fois une chienne qui alla offrir ses services à Dame Léopard. Au cours de la négociation, Dame Léopard dit à la chienne:

 

− Vous les chiens, vous aimez bien les os. Mais chez nous, les léopards, les os sont tabous. On ne peut pas toucher à un os. Et tu voudrais que je te prenne comme servante?

 

La chienne lui répond:

 

− Peut-être ignores-tu pourquoi nous, les chiens, nous rongeons les os? C'est parce que nous ne trouvons pas de viande. Moi, si j'avais de la viande à manger, penses-tu que je rongerais les os?

 

− Bon, fait Dame Léopard. Je t'engage, mais garde-toi bien de toucher à un os! De la viande, je t'en fournirai autant que tu en voudras.

 

Dès ce jour-là, la chienne devient la servante de Dame Léopard et habite avec elle.

 

Dame Léopard a trois petits. Elle dit à la chienne:

 

− Voici mes trois petits. Je t’engage pour que tu les gardes. Lorsque je partirai à la chasse, tu resteras à la maison et tu en prendras soin. Tu les occuperas et tu les feras jouer pour ne pas qu'ils s’ennuient. Tu veilleras à ce qu'ils ne vagabondent pas dans le voisinage et qu'ils soient toujours près de toi. Et, je te le rappelle, pas  d'os! Mes petits pourraient en crever. Lorsque je rentrerai de la chasse, tu me les apporteras pour leur tétée.

 

La chienne assure Dame Léopard qu'elle a bien compris et qu'elle fera tout selon ses désirs.

 

Chaque jour, Dame Léopard va à la chasse. La chienne reste à la maison. Elle mange la viande que sa maîtresse lui donne et s’occupe des petits. Puis, à son retour de la chasse, Dame Léopard donne de la viande à la chienne. Ensuite, elle lui réclame ses petits pour leur donner la tétée. La chienne en amène d'abord un. Puis lorsqu'il a terminé sa tétée, elle en amène un second et, quand il a fini, elle amène le troisième. Dame Léopard est très satisfaite de sa servante. Chaque jour, la chienne mange de la viande à satiété et elle jette les os loin dans le champ. Les choses se passent bien durant un bon bout de temps.

 

Mais un jour, Dame Léopard revient bredouille de la chasse. Il n’y a pas de viande pour la chienne. Tôt le lendemain, Dame Léopard repart à la chasse et la chienne reste à la maison pour garder les petits comme d'habitude. Mais, se mourant de faim, elle se rend à l'endroit où elle a jeté les os, en déterre un et commence à le ronger. Crunch, crunch, crunch!

 

Soudain, tabou de malheur, un éclat d'os s'envole pfuit! Et pink! dans l'œil d'un petit léopard! La chienne accourt et trouve le petit agonisant, l'œil arraché. Elle lui coupe la tête d'un coup de crocs, et l'enterre. Puis elle dévore le corps. Rassasiée, elle s'assoit dans la cour en attendant le retour de Dame Léopard.

 

De retour de la chasse, Dame Léopard réclame ses petits pour la tétée. La chienne lui amène le premier petit, ensuite le second. Puis elle reprend le premier et le ramène à sa mère pour une seconde tétée. Dame Léopard est satisfaite à l'idée que ses trois petits sont rassasiés. Mais, ce jour-là encore, elle n’a pas rapporté de viande pour la chienne.

 

Le lendemain, Dame Léopard retourne à la chasse. Torturée par la faim, la chienne se dit en elle-même:

 

− Si hier un éclat d'os a tué un petit de Dame Léopard, c'est que je rongeais trop près de la maison.

 

Elle va donc déterrer un os et court le ronger sur l'autre versant de la colline. Crunch, crunch, crunch!

 

Soudain, tabou de malheur, un bruit sec se fait entendre, pfuit! La chienne croit qu'un éclat d'os vient de s'envoler vers un petit de sa maîtresse et qu’il le tuera. Elle descend la colline à la course et, de fait, trouve un petit de Dame Léopard baignant dans son sang. Sans hésiter, elle lui coupe la tête et l'enterre. Puis elle dévore le corps et s'assoit dans la cour en attendant le retour de sa maîtresse.

 

De retour de la chasse, Dame Léopard réclame ses petits pour la tétée. La chienne lui amène le seul petit qui reste. Après sa tétée, elle le ramène une deuxième puis une troisième fois. Le petit n'y comprend rien, trois tétées d'affilée! La chienne le ramène à la niche. Dame Léopard se réjouit que sa servante sache si bien élever ses petits.

 

Le lendemain matin, Dame Léopard s'en va chasser au loin. Sachant maintenant que des éclats d'os peuvent voler très loin, la chienne se dit:

 

− Deux petits sont morts parce que je rongeais les os trop près de la maison. Aujourd'hui, je vais aller ronger mes os par delà deux collines. Aucun éclat ne pourra venir jusqu'ici.

 

Elle se hâte, passe deux collines, trouve un trou de fourmilier abandonné, s'y enfouit avec son os et se met à ronger. Crunch, crunch, crunch! C'était compter sans le tabou de malheur. Le même bruit sec se fait entendre, pfuit! Un fragment d'os vient de voler et plane jusqu'au dernier petit de Dame Léopard. La chienne sort aussitôt la tête du trou, mais elle n'entend plus rien, ne voit plus rien. Elle s'inquiète: 

 

− Tabou de malheur! Vite, vite! Le dernier petit!

 

Enfin revenue à la maison, elle trouve le petit hébété, un œil pendant hors de son orbite. Elle se dit:

 

− C'est le seul qui restait. Qu'est-ce que je vais dire à ma maîtresse lorsqu'elle rentrera de la chasse?

 

Elle achève le petit et le dévore. Et, prenant ses jambes à son cou, elle s'enfuit chez les hommes.

 

Dame Léopard rentre de la chasse et réclame ses petits pour la tétée. Pas de réponse! Elle va voir dans la niche et la trouve vide. Folle de rage, elle hurle:

 

− Cette maudite chienne m'a volé mes petits! Elle me le paiera!

 

Et, d'un bond, elle s'élance à la poursuite de sa servante. En passant devant une maison, la chienne entend Dame Léopard qui s'approche à toute vitesse. Morte de peur, elle se précipite dans la cour. Un devin est assis près de la porte avec sa boîte de dés à deviner. La chienne lui dit dans un souffle:

 

− Homme, cache-moi! Vite! On veut me tuer!

 

− Va dans la chambre du fond, dit le devin sans même se retourner.

 

Apercevant une grande corbeille appuyée contre le mur, la chienne supplie:

 

− Vite, cache-moi dans cette corbeille!

 

Le devin cache la chienne dans la corbeille et revient s'asseoir près de la porte avec sa boîte de dés.

 

Au même moment, Dame Léopard surgit et demande au devin:

 

− Sais-tu où se trouve cette chienne maudite qui m'a dévoré mes trois petits?

 

− Je ne sais pas, répond le devin.

 

− Peut-être ne l'as-tu pas encore vue, reprend Dame Léopard. Lance tes dés pour moi. Je veux connaître le moment propice et la manière la plus efficace de me venger de cette chienne.

 

Le devin ouvre sa boîte et jette les dés sur sa planchette. Puis il dit son oracle:

 

− Tu seras bientôt vengée.

 

− Dis-moi où la trouver, demande Dame Léopard haletante.

 

Sachant que les voisins se préparent à offrir un sacrifice aux défunts, le devin annonce à Dame Léopard:

 

− Tu la trouveras en train de fouiller dans les entrailles d'une vache offerte en sacrifice.

 

Dame Léopard remercie le devin et s'en va rôder dans la bananeraie, derrière la maison où on prépare le sacrifice. Le moment venu, on immole une vache. Du fond de sa corbeille, la chienne flaire l'odeur du sang chaud. Elle demande au devin de la sortir de la corbeille pour lui permettre de humer l'odeur du sacrifice.

 

− Tu n'as donc rien compris? lui reproche le devin. Lorsque j'ai lu les dés, j'ai pourtant parlé à haute voix pour t'avertir du danger que tu cours.

 

− Je ne passerai pas le seuil, promet la chienne. Sors-moi tout simplement de la corbeille.

 

De guerre lasse, le devin sort la chienne de la corbeille. Elle tend les narines, elle flaire, elle hume, elle renifle. Elle sort dans la cour, mais prise de peur rentre aussitôt dans la maison. Pendant ce temps, Dame Léopard rôde silencieuse tout près du sacrifice. La chienne sort de nouveau dans la cour et se hasarde jusqu'à la barrière. Mais le cœur lui saute dans la poitrine et elle revient se cacher dans la maison.

 

Finalement, n'y tenant plus, elle se glisse hors de l’enclos, s'approche des bouchers, rafle un morceau de viande et revient en toute hâte dans la maison du devin. Puis, se rendant compte qu'elle est sortie sans dommage, elle s'imagine qu'il n'y a aucun danger. Elle retourne donc dans la bananeraie et se met à fouiller les entrailles de la victime du sacrifice. C'est le moment que Dame Léopard attendait. Elle lui saute dessus, lui brise la nuque et la réduit en charpie. C'est ainsi que Dame Léopard a vengé la mort de ses trois petits.

 

Ce n'est pas moi qui m'arrête, c'est la chienne dévoreuse des petits de Dame Léopard qui est morte.

 

 

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Pierre Crépeau

 

Élevé au sein d’une famille de cultivateurs, Pierre Crépeau fréquente l'école du rang et obtient son certificat d'études primaires à l'âge de 13 ans. Après avoir travaillé sur la ferme familiale durant cinq ans, il entreprend, à l'âge de 18 ans, ses études classiques au Séminaire du Sacré-Cœur, à Saint-Victor de Beauce et obtient son baccalauréat ès Arts de l'Université Laval en 1953. À l’automne, il entre au noviciat des Dominicains à Saint-Hyacinthe. Après deux années d'études philosophiques au Collège dominicain d'Ottawa, il entre en Faculté de théologie à l'Université Saint-Thomas d'Aquin à Rome, dont il obtient en 1961 la licence et le lauréat en théologie ainsi que le baccalauréat ès Sciences bibliques. Suit un stage de six mois en archéologie palestinienne et histoire du Moyen Orient ancien à l'École française d'Archéologie à Jérusalem.

Arrivé au Rwanda en janvier 1962, il est délégué dès le mois de septembre par le gouvernement rwandais à la conférence de l'UNESCO sur l'enseignement supérieur en Afrique tenue à Tananarive au Madagascar, dans le but de préparer le terrain pour la création de l’enseignement supérieur au Rwanda.


De 1962 à 1969, il est employé par le Bureau d’Aide Extérieure et l'ACDI pour la planification, la fondation et l'organisation de l'Université nationale du Rwanda. Outre ses charges d’administrateur académique de cette université, il enseigne l'anthropologie au grand séminaire local et à l'Université nationale du Rwanda tout en poursuivant des recherches sur les proverbes rwandais.
Au terme d'un séjour de deux ans au pays, il obtient sa maîtrise en anthropologie de l'Université de Montréal en 1972. De 1972 à 1974, il complète ses recherches sur le terrain et la mise au point du manuscrit sur les proverbes du Rwanda. En 1978, il obtient son doctorat en anthropologie de l'Université de Montréal.


De retour au Canada en 1975, il quitte les ordres et entre au Musée national de l'Homme à Ottawa, devenu depuis le Musée canadien des civilisations à Gatineau, comme chargé de la gestion et de l'administration du programme franco-roman du Centre canadien d'études sur la culture traditionnelle. Ses recherches portent surtout sur les traditions orales populaires, les histoires de vie et l'art populaire. De 1977 à 1991, il est l'éditeur de la Série Mercure du Centre, dont il fut le chef de 1978 à 1983. À la retraite depuis mars 1991, il a produit une adaptation française d'un imposant recueil de contes rwandais et publié quelques nouvelles et romans.

 

 

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DU MÊME AUTEUR - BIBLIOGRAPHIE

 

Pierre Crépeau

 

Le novice malgré lui

 

PIERRE CRÉPEAU

 

Roman
Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, 2005, 306 pages.
 

ISBN 2-89612-112-9

http://manuscritdepot.com/a.pierre-crepeau.1.htm  

Cent contes du Rwanda

 

PIERRE CRÉPEAU

Contes - Histoires

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2006, 494 pages.


ISBN 2-89612-142-0

 

http://manuscritdepot.com/a.pierre-crepeau.2.htm

Amadou

 

PIERRE CRÉPEAU

Roman

Fondation littéraire Fleur de Lys

Lévis, Québec, 2008, 300 pages

ISBN 978-2-89612-346-9


http://manuscritdepot.com/a.pierre-crepeau.3.htm

Xylophonie sur mes vieux os

 

PIERRE CRÉPEAU

Essai,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2012, 264 pages.
 

ISBN 978-2-89612-396-4

http://manuscritdepot.com/a.pierre-crepeau.4.htm

 

Autres titres

  • Classifications raciales populaires et métissage : essai d'anthropologie cognitive. Centre de recherches caraïbes, Université de Montréal, 1973.

  • «La définition du proverbe», Fabula 16 (1975) : 287-304.

  • «La variation dans les proverbes du Rwanda», Anthropos, Vienne, 72 (1977): 413-432.

  • «The Invading Guest : Some Aspects of Oral Trans-mission», The Yearbook of Symbolic Anthropology, E. SCHWIMMER éd., C. Hurst & Company, Londres, 1978 : 11-29. Repris dans The Wisdom of Many : Essays on the Proverb, Wolfgang MIEDER, & Alan DUNDES éd., Garland Publishing Inc., New York, 1981 : 86-110

  • Voyage au pays des merveilles : quatre autobiographies d'immigrants. Collection Mercure No. 25, CCECT, Musée national de l'Homme, Ottawa, 1978

  • Proverbes du Rwanda (en collaboration avec Simon Bizimana). Annales du Musée Royal de l'Afrique Centrale, Tervuren, Belgique, 1979. Ouvrage qui s'est mérité le prix Georges Bruel 1980 de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer de Paris

  • Du fond du coeur : l'art populaire au Canada. Musée national de l'Homme, Ottawa, 1983 , en collaboration et sous ma direction

  • From the Heart : Folk Art in Canada. National Museum of Man, Ottawa, 1983 (version anglaise du précédent)

  • Parole et sagesse : valeurs sociales dans les proverbes du Rwanda. Annales du Musée Royal de l'Afrique Centrale, Sciences humaines, No 118, Tervuren, Belgique, 1985

  • Médecine et religion populaires. Folk Medicine and Religion (éditeur). Coll. Mercure, No 53, CCECT, Musée national de l'Homme, Ottawa, 1985.

  • «La mythologie selon Lévi-Strauss et Dumézil», Canadian Folklore Canadien 5 (1983): 21-37

  • Danseries. Portrait de notre culture. En collaboration avec Carmelle Bégin. Musée canadien des civilisations, Hull, 1989

  • Dance. Roots, Ritual and Romance. With Carmelle Bégin. Canadian Museum of Civilization, Hull, 1989 (version anglaise du précédent).

  • Signes des Vents. La collection de girouettes du Musée canadien des civilisations. Musée canadien des civilisations, Hull, 1990

  • Pointing at the Wind. The Weather-Vane Collection of the Canadian Museum of Civilization. Canadian Museum of Civilization, Hull, 1990 (version anglaise du précédent)

  • Jeux de vent. La collection des vire-vent du Musée canadien des civilisations. Musée canadien des civilisations, Hull, 1991

  • Playing with the Wind. The Whirligig Collection of the Canadian Museum of Civilization. Canadian Museum of Civilization, Hull, 1991 (version anglaise du précédent)

  • − «Le Credo de la Quasimodo». Nouvelle publiée dans Les Saisons littéraires, Solstice d’été 1995, Guérin, Montréal, 171-180.

  • Rwanda : le kidnapping médiatique. Vents d’Ouest, Hull, 1995

  • KAMI : mémoires d’une bergère teutonne. Les Éditions David, Orléans, 1999

  • Le grand livre des patiences. Les Éditions de l’Homme, Montréal, 1999

  • The Complete Book of Solitaire. Firefly Books, Willowdale, Ontario, Buffalo et New York, 2001 (traduction anglaise du précédent)

  • Paroles du soir. Contes du Rwanda. Les Éditions David, Orléans, 2000 (adaptation française de contes rwandais).

  • Le novice malgré lui. Fondation littéraire Fleur de Lys, Québec, 2005

  • Cent contes du Rwanda. Fondation littéraire Fleur de Lys, Québec, 2005 (adaptation française de contes rwandais).

  • Madame Iris et autres dérives de la raison. Les Éditions David, Orléans, 2007

  • Préfaces, recensions et articles divers.

 

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