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Barbara Roberts

Une américaine en voyage au Canada

Roman, 282 pages.

6 X 9 pouces ou 15 X 23 centimètres            ISBN 2-89612-129-3

Résumé

Extrait

Auteur

 

 

 

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Papier : 24.95$ Can. ou 19,00 €

Numérique : 7.00$ Can. ou 5,00 €

 

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Madame Barbara Roberts est veuve, et financièrement à l'aise. Elle demeure à Fall River dans l'État du Massachusetts aux États-Unis. En juillet 1980, elle se rend à Ottawa, au Canada, chez son cousin Alphonse Roberts, ex-professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa.

Elle veut voyager avec une amie, et c'est Florence Harrisson qui l'accompagne. Des ennuis sérieux surviendront au cours de ce voyage. Florence, pessimiste de nature, et voyageant très peu, est irascible et détestable. Pourtant deux bonnes amies de Fall River. Ces malheureux incidents créeront des tensions entre elles, mais Barbara plus optimiste y trouvera des solutions adéquates. Il faut dire que cette Barbara a voyagé beaucoup et qu'elle ne sera pas trop affectée par le comportement de son amie Florence.

La visite de Barbara à Ottawa ne plaît pas trop à Lisa Bellavance, servante du cousin Alphonse Roberts. Par les années passées, Lisa a eu des disputes avec elle, mais tout semble oublié. Tout ira à la perfection. Car Lisa Bellavance a pris de bonnes résolutions pour que Barbara s'y plaise: une chambre impeccable, des repas préparés avec soin, des plats choisis, attentionnés, propreté dans la maison, gentillesse dans ses rapports avec la cousine, sourires et retenue dans ses propos. Un séjour des plus agréables pour la cousine de son patron.

Alphonse, de son côté, caresse un rêve depuis quelque temps: celui de vivre avec Barbara, à Ottawa. Il pense qu'ensemble, ils seraient heureux. Il sont des goûts communs: musique, recherches d'antiquités, voyages, éducation similaire, bonnes relations familiales. Mais Barbara est tombée en amour avec Freddy Brown, financier à Boston. Elle s'attache beaucoup à cet homme. Freddy aime cette Barbara qu'il a connue dans les années 1970. À la fin de l'été 1980, et à l'automne, ils doivent passer tout leur temps ensemble dans la maison de campagne de Freddy, près de Boston. Le destin va bouleverser leurs plans et projets communs. De plus, leur amour, pourtant sincère, connaîtra des difficultés. Car loin des yeux, c'est souvent loin du cœur, selon le dicton populaire. Barbara attendra désespérément le retour de Freddy. Elle retournera donc chez son cousin Alphonse. Un deuxième voyage qui le réjouira grandement. Beaucoup de changements survenus chez lui plairont à Barbara. Amoureuse déçue, elle cherchera à oublier le silence et l'indifférence presque de Freddy

C'est alors que chez son cousin, elle fera la rencontre d'un type plaisant et très affable. Barbara tentera de fréquenter ce citoyen d'Ottawa, malgré bien des difficultés. Elle oubliera Freddy Brown, qui une fois revenu à Boston, s'affole et cherche à revoir Barbara Roberts. Elle n'est pas à Fall River, elle est toujours chez son cousin, car elle y passe l'automne, tout le mois de décembre et le début de l'année 1981. Elle est heureuse avec son nouvel amant qu'elle rencontre dans la plus grande discrétion, au risque parfois d'avoir des surprises troublantes et des déboires graves.

Finira-t-elle par épouser ce nouvel amant ? Encore le cruel destin qui planera sur sa vie amoureuse. Et qu'adviendra-t-il de Freddy Brown, cet Américain de Boston qui l'aime toujours ? D'un amour égoïste, manquant de délicates attentions envers Barbara qu'il attend toujours. Il boit sans retenue et commet les pires erreurs dans ses paroles et gestes pour reconquérir cette Barbara qu'il aime. Et Barbara connaîtra-t-elle enfin le bonheur en amour ?


 

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PREMIÈRE PARTIE


Chapitre 1


En cette belle fin de soirée du 3l mai l980, Alphonse Roberts joue la Sonate au Clair de Lune de Ludving Van Beethoven et l'écho fidèle des dernières notes se perd dans sa paisible résidence d'Ottawa, au Canada. Il fredonne encore ces mesures berçantes tout en arpentant le vaste salon-bibliothèque quand, tout à coup, du fond du sombre couloir, sa servante, mademoiselle Lisa Bellavance, lui crie sur un ton agaçant:

- Monsieur Roberts! Vous êtes demandé au téléphone, c'est votre cousine de Fall River, des États-Unis.

Rapidement, il répond, et entendant la voix de sa cousine, il sourit.

- Ma chère Barbara, comme je suis content d'avoir de tes nouvelles!

Avec beaucoup d’insistance il continue:

- Bien oui!... Lisa est prévenue et tu n’auras pas de problèmes avec elle, sois assurée. Tu arriveras le 5 juillet pour le dîner, j’ai bien hâte.

Alphonse pousse un grand soupir de soulagement:

- Encore un bon mois à attendre!... Il va falloir cette année que les disputes cessent avec Barbara.

Le lendemain matin, au déjeuner, Alphonse Roberts, de joyeuse humeur, s'empresse d'annoncer la nouvelle à Lisa. Elle sourit par politesse et continue le service sans grande démonstration de joie. Alphonse est comblé, car depuis longtemps il caresse un grand rêve: celui de vivre avec Barbara, ici, à Ottawa. Et il espère sincèrement que cette année, elle lui donnera son consentement.

Originaire de Fall River, Massachusetts, il a étudié à l'Université d'Ottawa, grâce à la générosité d'un oncle fortuné qui réside dans la capitale canadienne. Ce dernier dirige son neveu vers les affaires, mais le jeune Roberts se passionne pour l'histoire générale. Il obtient une Maîtrise dans cette discipline, puis enseigne quarante ans dans cette université canadienne. Bel homme, fier, de grande taille, à la chevelure grisonnante et soignée, il a conservé cette vitalité physique que donne un dur entraînement personnel des disciplines sportives. Au premier abord, il semble froid, mais rapidement, cette impression disparaît, car on sent chez lui cette simplicité franche et cette bonté communicative, apanage des gens vrais.

Les splendides premières journées ensoleillées de juillet donnent des ailes à Barbara qui ne perd pas de temps dans de longs préparatifs. Ses deux grosses valises rouges remplies, elle apporte deux robes de soirée pour les soupers dansants. Et, d'un coffret dont elle seule connaît la cachette, elle sort ses bijoux: une bague sertie d'or l4 carats et le jonc de son premier mariage.

- Bon, maintenant, mes médicaments et mes vitamines! Ils sont tellement utiles en voyage. Avec Alphonse, je ne peux jamais compter sur lui. Il rit quand il me voit arriver avec ma pharmacie ambulante.

Avec précaution, elle range dans un sac à main des bouteilles de sirop, des fioles d'expectorants, des comprimés sans ordonnance, autant d'inoffensifs remèdes capables d'enrayer rapidement les premiers symptômes d'une toux agaçante, d'un rhume ou d'une grippe sournoise, et même de neutraliser tout dérèglement occasionnel du foie, de l'estomac et des intestins. Enfin, une dernière attention toute spéciale sur ses produits de beauté, car bien que toujours discrète, elle apporte un soin jaloux à son apparence. Coquetterie bien féminine qu'elle conserve depuis des années et qui lui coûte cher.

Ensuite, elle doit prévenir sa meilleure amie, Angéla Dupuis, très intéressée par ce voyage au Canada. Quand Barbara lui annonce la date du départ, le 4 juillet, Angéla se trouve des excuses pour justifier son refus de partir en voyage. Fort déçue, Barbara l'écoute, mais au lieu de la plaindre en gémissant avec elle, Barbara lui sert sa médecine personnelle: sortir du quotidien, changer de milieu, rencontrer des gens, voir du pays. Mais rien de tout cela ne suscite une réaction positive chez Angéla Dupuis.

Barbara se sert alors d'attaques franches et directes que de vraies amies peuvent se livrer, sans risquer la fin de leur relation. Elle la sermonne vertement, lui rappelant sa passivité quotidienne, son manque d'initiative chronique, sa paresse camouflée sous le couvert de maladies imaginaires et ses longues heures à rêvasser devant la télévision. Désolée, elle conclut:

- Reste donc bien assise dans ta berceuse! Moi, je pars dans trois jours.

Après quelques instants de réflexion, Barbara croit enfin avoir trouvé sa compagne de voyage.”Tiens, si j'appelais Florence. Il faut que je l'invite tout de suite.”

Quand cette dernière reçoit l'appel de Barbara, elle s'imagine qu'une organisation bénévole requiert ses services. Dès qu'elle réalise cette chance unique d'aller au Canada avec Barbara, et de visiter son frère Dave, à Ottawa, Florence explose de joie et accepte immédiatement. Enfin prêtes et heureuses, les deux Américaines partent tôt de Fall River, Massachusetts. Au volant de sa nouvelle Chrysler New Yorker bleue, roulant en toute assurance vers Boston, Barbara a une autre raison de se sentir heureuse. Son nouvel ami, Freddy Brown, réside là. Une bonne connaissance rencontrée au Bostonian Hotel, lors d'une vente d'antiquités, fait naître un vrai coup de foudre. Et comme elle voudrait lui rendre visite!"Ce voyage passera bien vite, se dit-elle, et on sera bientôt ensemble."

Arrivée aussitôt à Boston, elle se rend sur Massachusetts Avenue à la boutique de l'antiquaire, William Burn, un grand spécialiste des meubles anciens. Elle y stationne sa voiture juste en face de l'enseigne placée au-dessus de la vitrine de l'établissement le : William's Antique Shop Co. Elle désire saluer cet aimable propriétaire, car si aujourd'hui, elle s'intéresse tant aux antiquités, elle le doit à cet homme si cultivé.

Quand Barbara ouvre la porte vitrée de la boutique, la clochette argentée tinte joyeusement et semble lui dire : "Bienvenue, chère dame Roberts, entrez." À ce signal si coutumier, William Burn se lève, fixe d’un regard amusé la cliente, tout en gardant une main sur les nombreux catalogues ouverts devant lui. Apercevant tout à coup son étudiante de Fall River, il s'empresse d'aller à sa rencontre pour l'accueillir chaleureusement:

- Barbara Roberts! Quelle belle visite et quel plaisir de vous revoir!

Il prend de ses nouvelles, lui reproche en termes délicats sa longue absence depuis la dernière vente aux enchères, au Bostonian Hotel. Elle se contente de sourire pendant que ses yeux se promènent sur tous les meubles victoriens et sur les deux ensembles de salle à manger de Style Chippendale. Voyant dans un coin une jolie table ronde en acajou, avec le pied de griffe serrant une balle, un de ces motifs décoratifs du grand ébéniste anglais Thomas Chippendale, elle se sent gagnée d'avance.

- Depuis si longtemps que je cherche une semblable table ronde pour mon salon! Comme mon vase de cristal torsadé de couleur bleue irait bien sur ce guéridon!

Elle fait signe à monsieur William Burn qui devine bien qu'elle succombera aux charmes et à l'originalité du meuble antique. En effet, sa décision prise, elle demande qu'on le porte aussitôt dans sa voiture.

Pendant tout ce temps, lasse d'attendre, Florence Harrisson se promène sur le trottoir. Par une chaleur torride, au milieu de gens pressés qui la bousculent sans pitié, elle s’impatiente:

- Que de temps perdu pour des fauteuils et des tables! Sa maison est pleine d'antiquités venant des boutiques de Boston et de la région de Cape Cod!

De l'autre côté de la rue, à deux cents pieds, elle aperçoit un parc, et sur le premier banc libre, elle s'assoupit aussitôt. Se redressant soudainement, elle se réveille en pensant qu'elle a pu dormir longtemps et causer ainsi bien des ennuis à Barbara.

Sur le trottoir, elle cherche nerveusement la fameuse enseigne de l'antiquaire. Pauvre elle! Elle en a même oublié la raison sociale. À bout de souffle, tête basse, hésitante, elle est perdue dans cette cohue grouillante. Alors elle s'affolle. Et sur Massachusetts Avenue, à une intersection achalandée, la malheureuse s'engage sur un feu rouge. Aussitôt, telle une fusillade, des coups de klaxons crépitent, accompagnés de crissements de pneus étourdissants. Une voiture-taxi stoppe juste à temps. Heureusement pour elle, car c'est l'accident certain. Un bon samaritain l'a déjà agrippée par le bras droit et l'a retenue rapidement. Pleurant de joie, elle remercie son sauveur avec effusion en se jetant dans ses bras. Et encore toute chancelante, le regard flou, l'air perdu, la démarche pesante, elle longe les nombreuses vitrines des magasins.
 

Barbara, l’ayant aperçue, va vite la rejoindre en lui disant:

- Arrive donc! Je t'attends depuis une demi-heure!


Toute penaude, épuisée, navrée, Florence s'excuse de son retard. Enfin, elle peut se reposer en toute quiétude. Allongée contre la portière de l'auto, la tête appuyée sur deux oreillers moelleux, Florence se laisse bercer calmement. Elle s'endort pendant que Barbara lui parle de son antiquaire et de l'achat de sa table ronde. S'apercevant qu'elle ne l'écoute plus et qu'elle ronfle bizarrement, Barbara met la radio. Un poste de musique classique joue des concertos d'Antonio Vivaldi, des valses, des concertos et des mazurkas de Chopin.

Midi approche. On arrive à Albany, capitale de l'État de New York. La circulation rapide et dense des automobiles invite à la prudence, en cette journée de fête nationale. Rendue aux abords de Colonie, banlieue de la ville d'Albany, elle traverse Wolf Road et s'arrête pour dîner au Holiday Inn.

Florence Harrisson a retrouvé sa bonne humeur et taquine Barbara à propos de cette manie infatigable de visiter les boutiques d'antiquités. Une occasion pour rencontrer des messieurs à tête grise, à la galanterie éprouvée, qui sont encore capables de flammes romantiques pour attiser le foyer d'un amour endormi. Amusée par ces propos, Barbara lui répond que l'amour n'a pas d'âge, puis elles quittent l'hôtel vers quatorze heures.

Barbara traverse maintenant la merveilleuse région des Adirondacks. À l'horizon, la chaîne des sommets montagneux trace une ligne sombre et ondoyante sur l'immensité du ciel bleu. Et plus proche, un petit lac solitaire brille, tel un joyau enchâssé dans ces profondeurs.

Elle emprunte aussitôt l'ancienne route 9N, et arrive au Lake George Village. Soudain, la circulation ralentit. On entend les faibles échos d'une musique militaire, puis on distingue les coups rythmés des baguettes sur la toile des tambours. La grosse caisse résonne et ses battements saccadés donnent le tempo à la marche. La parade est en avant. Les clairons éclatent; les trompettes répondent; et les clarinettes lancent leurs notes légères. Puis on entend jouer l'hymne national américain. Et voici que le défilé des cadets de la Marine s'avance au pas militaire, en rangs serrés, aux bras alignés, à la poitrine gonflée, au port de tête fier. On s'arrête devant Sheppard Park sur Canada Street pour un solennel salut au drapeau pendant que la bannière étoilée de la nation est hissée au sommet d'un mât blanc. La foule émue, massée sur les trottoirs, applaudit fièrement, revivant l'instant de quelques minutes, la glorieuse épopée d'une jeune nation.

Florence Harrisson manifeste de grands signes d'impatience, qu'elle cache pour ne pas créer la moindre tension à Barbara qui a du mal dans toute la lente circulation d'automobiles. Sur Lower Montcalm Street, à deux cents pieds du lac, au bas d'une côte, Barbara y stationne sa voiture. Se tenant bras dessus, bras dessous, nos deux Américaines remontent cette petite rue transversale et atteignent péniblement Canada Street. De partout, la foule se presse. Florence en a marre de languir et de se faire bousculer. Barbara l'invite au restaurant Sergio. Nos deux touristes sont accueillies avec toute la courtoisie proverbiale du serveur italien. On rigole, on bavarde, buvant les deux coupes de vin blanc offertes gratuitement par la maison. Florence commence à s'inquiéter, car les vingt heures approchent. Elle exprime donc l'idée de coucher au Lake George Village. Cette suggestion ne plaît pas à Barbara qui veut continuer sa route vers la ville de Plattsburgh, à une heure à peine.

La discussion s'engage. Barbara lui explique que la réservation d'un motel est difficile, car tout l'après-midi, elle a vu le fameux "No Vacancy" à presque toutes les portes des établissements. Intransigeante, Florence s'entête à demeurer dans la région. Fort déçue, Barbara cède aux désirs de son amie.

Tout Canada Street est fouillé, ratissé presque. À chaque porte, la plaque lumineuse de néon rouge s’affiche et Florence répète: "No Vacancy!… No Vacancy!…”, la tristesse dans la voix, comme le présage d'une tragique nouvelle. Plus tard, Barbara oblique vers la route 9N et se rend jusqu'à Diamond Point, continuant ses recherches dans cette région plus paisible. Les motels s'espacent; les bureaux de location se ferment sous ses yeux; et la fatidique enseigne, accrochée en travers d'une fenêtre ou d'une porte, annonce l'inévitable réalité: pas une chambre libre dans les motels. Les voyageuses s'épuisent, et la noirceur venue, c’est la solitude totale et désarmante.

Au pied d’une montagne, au bout d'un long chemin, des lumières vacillantes projettent leurs faibles clartés. La silhouette d'un motel se détache près du bois. Un bâtiment en construction, sur deux étages, se précise. Puis, s'approchant, Barbara peut lire sur un panneau, The Mountain's Motel. Tout de suite elle s'y dirige, car quelques voitures sont stationnées devant le poste de la réception. Quand elle demande une chambre, le propriétaire, un astucieux et filou bonhomme, fait semblant de chercher sur un croquis la seule unité restante encore à louer. Il pointe sur la feuille le numéro l23 et lui déclare que c'est la dernière possibilité. Et, avec la parole facile, sans gêne aucune, il lui demande un prix si élevé que Barbara fronce les sourcils, ne discute pas, accepte et s'enregistre. On l'envoie à l'arrière du bâtiment, au premier étage. Le bois et la montagne sont proches.

Florence veut se coucher, mais une émission de variétés, diffusée de Los Angeles, l'intéresse. Le comédien Bob Hope chante, danse et raconte des blagues. Ensuite, George Burns fait son apparition avec son inséparable cigare et son humour fou. C'est le comble pour Florence. Elle rit à gorge déployée et se couche après le show. Quant à Barbara, elle s'applique un masque facial tonifiant aux algues de mer. Puis, avant de se mettre au lit, elle verrouille la porte, et, comme mesure de sécurité supplémentaire, elle y pousse deux valises ainsi qu'un lourd fauteuil afin de stopper le passage à tout intrus qui oserait s'y aventurer. Aux bruits provoqués par cette banale opération, Florence se réveille en colère:

- Quelle folie que de déplacer tous les meubles! Si des voleurs viennent, on saute sur le téléphone et la police saute sur les voleurs et les arrête.

- Dors, Florence, et laisse-moi faire.

Les lampes éteintes, elle fait toujours une dernière inspection rapide de la porte, du verrou et de la chaîne de sécurité. Dans la salle de bains, elle laisse une lumière allumée et la porte entrebâillée. Quand elle se couche vers minuit, Florence ronfle déjà depuis une demi-heure.

 

 

* * *

 

 

Chapitre 2

 


Deux Québécois, arrivés presque en même temps que les Américaines, occupent le motel l25. Ces touristes prennent leurs vacances aux États-Unis. Johnny, le plus grand, avec ses six pieds, ses larges épaules, ses bras longs et ses mains fortes, a l'air d'un lutteur. Il est mécanicien chez un concessionnaire d'automobiles. Dans la trentaine, il porte la barbe en collier bien taillée. Il paraît beaucoup plus âgé, parle peu, sourit rarement. Un gars au regard fuyant. Et ceux qui le connaissent, disent de lui qu'il est comme un ours mal léché. Toutefois, ce gaillard d'homme a ses caprices et ses raffinements. Il aime les objets de luxe, la bonne table, les vins dispendieux et les bières importées.

Maxime, son compagnon de travail, plutôt gringalet et timide, est dans la vingtaine. Réservé, doux et sociable, il charme dès le premier contact. C'est le gentilhomme et l'ami sincère.

- Ce soir, on reste au motel, dit Johnny, et je te prépare un scotch double.

- Apporte-moi plutôt un bière froide, et puis vers minuit, on ira danser au Crazy Horse's Dancings Club sur Canada Street. Il paraît que beaucoup de jolies danseuses vont là, c'est le meilleur club en ville.

- Fiche-moi la paix avec la danse.

Et le sadique compagnon glisse deux valiums de 25 mg dans le verre de bière de Maxime en se disant qu'il va commencer une autre sorte de danse. Nerveux et tendu, Johnny se promène de la salle de bains à son lit.

- Comme il est excité et bizarre! pense Maxime.

Se prélassant sur le grand fauteuil, le jeune homme boit rapidement son verre de bière. Les paupières lourdes, il fixe le plancher, à demi endormi. Un peu plus tard, plus poli, Johnny lui offre une autre bière.

- Oui, dit Maxime, ça va peut-être me réveiller, mais comme je me sens fatigué! Et comme ma vue s'embrouille!...

- Bois vite!... On passe ensuite à l'attaque.

- Quelle attaque?

- Tu verras tout à l'heure.

Johnny ouvre une valise, en sort un mystérieux paquet, et court
vers la salle de bains. Le voyant si affairé, Maxime se demande:
“Que manigance-t-il?”

Johnny apparaît tout à coup devant lui: chapeau noir rabattu sur les yeux, froc rouge à grandes poches, pantalon gris en coton ouaté et gants noirs féminins, remontés jusqu'au coude. Puis il lui ordonne sèchement:

- Le jeune, "grouille-toué", on va "faire" les Américaines du l23.

- Tu deviens complètement fou! Aller voler ces deux femmes!

- Pas de niaisage!

Johnny s'éloigne et revient avec un sac. Il en sort une chemise jaunie toute fripée, un jean sale, une perruque noire, des bas de soie couleur beige et une paire de gants noirs. Lançant ce déguisement vers son compagnon à demi mort, il lui murmure entre les dents:

- Vite, mets ton costume!

Maxime pâlit. Il tremble de tous ses membres. Sa tête tourne comme une toupie. Il se rappelle cette réflexion d'un mécanicien de la "shop" qui l'avait prévenu : "Maxime, écoute-moi, ne prends pas de vacances avec Johnny, tu vas le regretter."

- J'peux pas faire ça, balbutie Maxime... Non! non!... J'ai jamais volé de ma vie, j'peux pas... Non!... Non!...

De grosses larmes roulent sur ses joues. Johnny, le cœur dur comme du plomb, le secoue par les épaules en sacrant:

- "Grouille-toué, sacrament!!" Maudite poule mouillée, commence à "souère!"

Ensuite, il lui montre tout un arsenal caché sous sa froc: deux coupe-vitres, un tournevis à batteries, deux couteaux, des ficelles solides, des bandeaux et un rouleau de papier adhésif résistant, d'une largeur de deux pouces. Pensant se donner du temps, Maxime boit lentement le verre de bière, servi par la sale brute. Quand il aperçoit un revolver à la ceinture de Johnny, le jeune copain se sent faiblir et murmure:

- Non!... J'veux pas voler!... "Écœure-moé pas!"

Le secouant de nouveau par les épaules, il le jette sur le lit, lui assène des coups de poing à la figure, au thorax et dans le ventre. Maxime saisit un oreiller et se protège contre la grêle de coups. Il se roule pour échapper à cette sauvage attaque. C'est une lutte bien inégale puisque Maxime, affaibli par les valiums, ne peut rivaliser avec un pareil goujat. Toutefois, il tient bon et le combat s'envenime. Sentant de la résistance et de l'agressivité chez ce gringalet, Johnny se rue sur lui sans pitié, tel un taureau déchaîné. Maxime est complètement terrassé et laissé à demi inconscient. Johnny sort du motel, aspire une grande bouffée d'air frais et, voyant cette belle Chrysler New Yorker de l'Américaine, change radicalement son plan: “Tiens, au lieu de risquer de me faire attraper dans un vol de bijoux et de sacs à main, la voiture m'intéresse.”

Rentrant aussitôt dans le motel, il endosse son costume de voyage, s'approche de Maxime qui respire difficilement, puis sort sans bruit. Délicatement, il débarre la portière de la voiture convoitée, au moyen d'une longue tige métallique flexible, brise l'ignition, et, grâce à ses connaissances en mécanique, fait démarrer la voiture comme un jouet d'enfant, et disparaît en douce, vers les quatre heures du matin.

Florence se réveille aux chants des oiseaux. Sa toilette terminée, elle boucle sa valise et attend. Tout à coup, ne voyant pas sur le terrain de stationnement, la Chrysler New Yorker bleue de son amie, elle s’écrie effrayée:

- BARBARA!!! ... Ta voiture a été volée!!!...

 

 

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Au sujet de l'auteur Biographie Coordonnée

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Marié et retraité de l'enseignement  au  secondaire  dans la province de Québec. Enseignant à Shawinigan,  Grand-Mère, Ville Saint-Laurent, Sept-Îles, Laval, administration scolaire à Repentigny et  Ville Mont-Royal.

 

Enseignement aux adultes en comptabilité, marketing et vente, décrocheurs, classe du jour et du soir. Agent immobilier, secteur commercial à Montréal, Laval et villes de la Rive Sud et Nord de Montréal.

 


Membre de l'A.R.E.Q.

(Association des retraitées et retraités

de l'enseignement du Québec) (CSQ)

Membre de l'Association Québec France

 

Collectionneur de livres anciens, principalement  le roman de Maria Chapdelaine de Louis Hémon, de madame Bovary de Gustave Flaubert, des Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, des Fables de Jean de La Fontaine et des poésies du poète québécois, Émile Nelligan.
 
Voyages: Québec, les provinces canadiennes, France, Angleterre, l'État  de la Floride, les États de la Nouvelle- Angleterre aux États-Unis, République Dominicaine.

Intérêt marqué pour les Franco-américains et leur histoire. Tout cet exode de Canadiens français aux États-Unis de 1840-1930. Mon roman Barbara Roberts (de Fall River) Une Américaine en voyage au Canada  est un rappel de ces familles canadiennes qui ont travaillé aux États-Unis.

 

Au sujet de l'auteur Biographie Coordonnée

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Au sujet de l'auteur Biographie Coordonnée

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Rosaire Gélinas se fera un plaisir de lire
et de répondre personnellement à vos courriels.

Adresse de correspondance électronique :

ros9@sympatico.ca

Au sujet de l'auteur Biographie Coordonnée

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Lettre d'appui de l'auteur à la Fondation

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Montréal, 15 août 2004

Madame Renée Fournier et
Monsieur Serge-André Guay,

Je naviguais sur le Net à la recherche de cyber-éditeurs français et quelques-uns affichaient leur site. Je restais sceptique à l'idée d'inscrire mes deux manuscrits à l'étranger. Quelle ne fut pas mon heureuse surprise lorsque je découvris la Fondation littéraire fleur de lys et manuscrit dépôt, éditeur francophone en ligne! Et quels soupirs de soulagement!

Enfin, il existait chez nous un tel éditeur. Vite, mon imprimante Lexmark E210 en marche et les 44 pages du Salon des bibliothécaires se déroulèrent sous l'oeil magique de cette merveilleuse imprimerie à ma portée. Empressé et curieux,  je me plongeai dans la lecture documentée de ces pages avec enthousiasme, étonnement et contentement.

Après avoir encaissé des refus d'éditeurs traditionnels pour manuscrit trop volumineux ou pour politique éditoriale étonnante et particulière  à chaque maison d'édition, votre projet tombait pile. Et comment dirais-je? Un auteur inconnu donne la chair de poule au directeur littéraire qui signe une lettre de refus bien polie, laconique même, donnant un peu d'espoir  au courageux créateur.

Votre projet d'édition en ligne, tout en favorisant le livre papier, répond à un besoin très urgent. Vos études minutieuses de l'édition et de son orientation avec l'arrivée des techniques modernes montrent bien que vos connaissances en marketing, si bien condensées dans votre exposé, sont le fruit de recherches intenses et prometteuses.

Accordant aux auteurs toute la place qui leur revient dans ce monde prodigieux de la création littéraire, vous faites preuve d'un grand respect pour leurs œuvres. C'est la marque sincère de votre innovation dans le secteur du livre en ce nouveau millénaire. C'est pourquoi j'adhère en toute confiance à votre projet ambitieux, réaliste,  et tellement merveilleux. Je vous souhaite, chers innovateurs, tout le succès attendu et assuré.
 


Rosaire Gélinas, nouvel auteur. Montréal, Québec, Canada.

 

 

Lettre d'appui de l'auteur à la Fondation

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