Chapitre 1 - (Extrait)
JE SUIS TRÈS BEAU
Cela fait des heures que je me borne à trouver des qualificatifs
pertinents dans l’objectif de me décrire à vous, quand la révélation
m’apparaît soudainement : Je suis très beau est la meilleure phrase
que je puisse trouver pour vous résumer ce qui constitue la plus
grande part de mon être.
Cela ne vous satisfait certainement pas, car vous devez penser,
comme la majeure partie des habitants de la face terre, qu’on ne
cerne pas un individu d’après son seul physique. Chose que
j’approuve totalement, mais ma démarche se veut plus subtile. N’y
voyez surtout aucune atteinte à votre capacité de déduction, mais la
mienne étant plus développée, je me permets de vous mettre la puce à
l’oreille.
Vous ne comprenez toujours pas ? C’est pourtant simple. Vous pouvez
d’ores et déjà et sans mon concours dresser un nombre conséquent
d’attributs décrivant ma personne, sur la base de la simple phrase
que je vous ai citée plus haut. Attributs, tous aussi dévalorisants
les uns que les autres, certes, mais qui sont, il faut bien le
re-connaître, assez plausibles : je suis prétentieux, fainéant et
trop sûr de moi.
Il n’est pas question de débattre de la réalité de ces
caractéristiques. Elles sont peut-être fondées, mais je veux surtout
souligner que je suis réellement très beau, et le fait de le dire
n’a rien de prétentieux, c’est une simple constatation objective.
Je suis atteint du syndrome du jeune Ephèbe et c’est une absolue
réalité. Partant de là, pour contre balancer mes défauts, vous
devriez facilement me concéder les quelques qualités suivantes : je
suis foncièrement honnête, intelligent, assez drôle, mais surtout,
bien évidemment, très beau.
Maintenant que vous me connaissez mieux, vous allez pouvoir
m’accorder une lecture attentive, et en contrepartie, je vous
promets de continuer à vous faire part d’autres de mes grands
défauts tout au long de votre lecture que je souhaite la plus
agréable possible.
En parlant de lecture, il était justement temps que je commence à
écrire ce livre. Car sachez qu’en dehors d’être très beau, je suis
également écrivain.
Au stade actuel, je n’en ai que le titre, savamment attribué par mes
soins. Il se trouve en effet, que jusqu’à ce jour, je ne compte à
mon actif d’homme de lettres que quelques correspondances
épistolaires rédigées à mes heures perdues ainsi que quelques
gribouillages de pseudo rédacteur auprès d’un magazine dont j’aurai
peut-être l’occasion de vous entretenir plus tard.
Je n’ai donc rien d’un écrivain ordinaire, pensez vous, mais notez
que je continue à superbement confirmer mon statut de prétentieux.
Je ne vous permettrais toutefois pas de me traiter d’écrivain raté.
Je suis un écrivain en puissance. Et il y a là une grande nuance. Le
fait est, que j’ai surtout une circonstance atténuante. Je suis
encore fort jeune, puisque je n’ai que 27 ans, cinq mois et vingt
cinq jours.
Le revers de la médaille, c’est que je ne pourrai pas en profiter.
Pourquoi cela ?
Je m’explique. Quand une personne est jeune et qu’elle aspire à la
réalisation d’un projet quelconque, l’une des premières réflexions
encourageante dont on la gratifie est qu’elle a toute la vie devant
elle.
En ce qui me concerne, c’est là que le bât blesse. Je n’ai pas toute
la vie devant moi. Loin s’en faut. Ma vie est toute derrière moi. Je
suis certes jeune, mais irrémédiablement et irréversiblement
condamné à mourir bientôt.
Les médecins sont unanimes. Il ne me reste que quelque six mois à
vivre tout au plus. C’est pour cette raison que je m’attelle tel un
forcené alors que c’est contre ma nature à réaliser la seule
ambition qui me tienne encore plus ou moins à cœur dans ma vie
dramatiquement raccourcie.
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