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Le malaise des écrivains face au monde virtuel
Le dossier
Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique
publié dans l'édition du 13 mars 2008 de l'hebdomadaire Courrier international
nous permet de comprendre une part du malaise des écrivains face au monde
virtuel. Dans ce dossier, on retrouve un article intitulé «Place au
roman 2.0» présenté en ces mots: «La littérature peut-elle représenter
un monde de plus en plus virtuel ? En 2006,
le magazine en ligne
Slate invitait les auteurs américains Gary Shteyngart et Walter Kim
à en débattre. Extrait de leur échange.» L'article original en anglais
du magazine Slate est accessible gratuitement en ligne sous le titre «The
Novel, 2.0».
Il ne faut pas perdre de vue la question : «La
littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ?».
Walter Kim écrit:
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«Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me
déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette
désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de
façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans
fin. Il se passe trop de choses chaque jour, tout se passe en même temps
et pourtant, en un sens, il ne se passe rien du tout. Il est difficile
de mettre en scène une journée passée à traiter des signaux
électroniques.
J'ai lu quelque part que les écrivains des années 1960 étaient
tourmentés par le fait que la vie devenait plus étrange et plus
sensationnelle que ne pouvait espérer l'être des histoires
inventés. Notre problème
−
plus grave, je pense −,
c'est que la vie ne ressemble plus à une histoire. Les choses
s'entrecroisent mais ne progressent pas. Les gens communiquent sans
entrer en contact. Les décors se déplace sans nécessairement changer.»
Walter Kim
Source :
Courrier internationale, Place au roman 2.0, pp. 42-43,
13 mars 2008.
Slate magazine, The Novel, 2.0, 10 octobre 2006.
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C'est vrai, le monde virtuel a tout pour ébranler l'écrivain qui veut en
témoigner. Une écriture linéaire,
respectant l’ordre dans lequel se produisent les événements,
se prête mal au monde virtuel avec sa multitude de réalités instantanées
qui donne l'impression de passer du coq à l'âne jusqu'à épuisement.
Le meilleur exemple qui me vient à l'esprit est celui de mon fils de 18
ans qui peut se prêter à un jeux en ligne, discuter avec une amie sur
son cellulaire tout en échangeant avec plusieurs personnes sur deux ou
trois sites de clavardage en
même temps. Comment écrire une histoire en pareil contexte ? Il faut
dire que la simple description de ces activités n'en fait pas une
histoire à suivre. «Tout se passe en même temps» comme le souligne
l'écrivain Walter Kim.
Dans le monde virtuel, ce n'est plus quelques
analepses (flash-back) ou
prolepses (projection dans le futur) qui peuvent suffire à la tâche
pour recoudre la réalité au présent. Au
contraire, l'histoire se compliquerait à ce point que la densité du
présent deviendrait insupportable au lecteur. Il aurait alors
l'impression d'être immobile dans le temps malgré les pages défilant
devant lui.
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« La littérature peut-elle représenter ce
monde ? Peut-elle représenter ce que cela fait de l'habiter ? Les films,
eux, ont renoncé à essayer. Le mieux qu'ils puissent faire est de
montrer des allers et retours entre les gens qui se parlent au téléphone
ou de montrer quelqu'un qui tape sur un clavier puis ce qui apparaît sur
l'écran.»
Walter Kim
Source :
Courrier internationale, Place au roman 2.0, pp. 42-43,
13 mars 2008.
Slate magazine, The Novel, 2.0, 10 octobre 2006.
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Puis, une autre question se pose, plus existentialiste celle-là : une
fois branché à ce monde virtuel, l'histoire de l'individu se
poursuit-elle réellement ? Est-il toujours le même homme ou la même
femme avec la même histoire ? À l'ère des pseudonymes et de l'anonymat
qui règnent en roi et maître sur l'Internet, l'individu devient-il un
personnage voire plusieurs personnages à la fois ? Si oui, comment le
mettre en scène sans dédoubler sa personnalité mainte et mainte fois
dans une même histoire, cohérente et linéaire? Serait-ce toujours
l'histoire de l'individu qui devient une autre personne une fois branché
sur ce monde virtuel ? Et si chacun clame être le même ou simplement
jouer un personnage de son invention, plus libre ou plus tordu que
nature, comment expliquer sa diversité et ses penchants ?
Le monde virtuel n'est pas un simple reflet du monde réel. À prime
abord, il semble que l'histoire ne se vit pas plus qu'elle s'invente et
se raconte de la même manière dans chacun de ces deux mondes. Le
tangible et l'intangible tout comme le visible et l'invisible auxquels
les écrivains sont si familiers ne les placent pas pour autant dans une
situation confortable face au monde virtuel comme on aimerait le
croire. «Les romanciers, qui ont accès à l'invisible, devraient être
bien placés pour faire mieux (que le cinéma − voir l'encadré ci-dessus).
Mais comment?, se demande l'écrivain Walter Kim.
Pour certains, le monde virtuel n'est que le prolongement du monde réel
et, de ce fait, il lui est intimement lié. Ils défendront aisément cette
hypothèse par l'influence du monde virtuel sur le monde réel, par
exemple, sur les politiciens. Mais il ne faut pas oublier une chose, le
monde virtuel ne tient qu'à un fil, un simple fil de transmission, ce
qui ne se compare en rien aux tenants et aboutissants du monde réel. La
création au bout du fil, le monde virtuel, est loin d'être de même
nature que le monde réel. On peut donc se demander si les
personnages de l'un et de l'autre partagent une nature commune car vivre
dans un prolongement du monde réel, quelqu'il soit, implique un passage,
et celui dans le monde virtuel n'est pas inoffensif. La personne semble
profondément transformée au point de ne plus tenir à son identification,
son visage, son nom, sa profession,..., son histoire ! Si le passage
dans le monde virtuel procure des gains, il enregistre aussi plusieurs
pertes. Est-ce profitable, pour l'individu lui-même et pour le monde
réel ?
Pour d'autres, le monde virtuel n'est qu'un ensemble de supports
électroniques de communications. La meilleure concrétisation du «village
global» prédit par le sociologue canadien des communications,
Marshall McLuhan [
site officiel)
]. On soutient même que le «terme né de l'impression de proximité que
l'on peut ressentir avec ses correspondants sur Internet» (source),
ce qui est faux, bien entendu. Le terme «Village global» tel que
popularisé aujourd'hui est issu du livre «La galaxie Gutenberg» signé
par Marshall McLuhan publié en 1962 et précédemment, des livres «Finnegans
Wake» de James Joyce et «America and Cosmic Man» de Wyndham Lewis,
publiés respectivement en 1939 et 1948 (source).
Que certaines personnes attribuent aujourd'hui le terme «Village global»
à l'avènement de l'Internet est caractéristique d'une perception du
monde virtuel fort répandue mais fausse car c'est en se référant à la
découverte et à l'expansion de l'imprimerie (Galaxie Gutenberg) que
McLuhan utilise le terme. Le rapprochement en raison de la diffusion
rejoignant désormais un plus grande nombre de gens qu'à l'époque
précédant l'arrivée de l'imprimerie fera dire à McLuhan que le monde
devient un village planétaire, du moins pour l'Occident. Et avec
l'imprimerie est venu le livre : «Le livre, en raison de sa
malléabilité, incite les hommes à lire et à penser individuellement, à
se centrer sur eux-mêmes. Dans La Galaxie Gutenberg,
McLuhan écrit: « Printing, a ditto device, confirmed and extended the
new visual stress. It created the portable book, which men could read in
privacy and isolation from others ». (source)
«L'individu se replie sur lui, devient « linéaire »,
« unidimensionnel », terme employé par James Joyce, romancier fort
apprécié de McLuhan, et repris par Herbert Marcuse dans son ouvrage,
L'Homme unidimensionnel, écrit en 1964.» (source)
S'il est difficile de définir cet homme d'une seule dimension, on peut
s'attarder au retour du mot «linéaire»: «L'individu se replie sur lui,
devient ''linéaire''». C'est exactement ce «linéaire» qui bloque les
écrivains face au monde virtuel. Rappelons-nous cette affirmation de
Walter Kim (premier encadré ci-dessus) : «Voici
où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme
romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que
je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me
retrouve à vivre dans des boucles sans fin.»
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le
monde virtuel tel l'Internet n'est pas linéaire, pas plus
qu'unidimensionnel, ne serait-ce qu'en raison des liens hypertextes qui
s'ouvrent sur de nombreuses informations, du multimédias qui éveille
d'autres sens que la vue avec l'audio et la vidéo et de l'interactivité
qui suscite la participation. Le linéaire (respect de l’ordre
dans lequel se produisent les événements) est quasiment impossible dans
le monde virtuel parce que non seulement les événements se bousculent
mais ils se produisent en même temps.
On vient peut être de trouver ici pourquoi les jeunes nés depuis
l'avènement de ce monde virtuel éprouvent des difficultés à lire et à
écrire des textes linéaires le moindrement longs, ce qui y inclus les
livres, papier ou virtuel. Nous savons tous que le mode de communication
influence la pensée dans sa structure même. Or, les visites du monde
virtuel ne sont pas particulièrement reconnues pour être linéaires. On peut
présumer que plus le lien entre ce monde virtuel et le jeune est étroit
et intense, plus il s'éloigne d'une pensée linéaire. Le problème, c'est
que la transmission du savoir aux jeunes générations repose encore sur
la pensée linéaire et unidimensionnelle héritée de l'avènement de
l'imprimerie.
Le monde virtuel, dit-on, est avant tout tribal, comme le monde réel
avant l'imprimerie. C'est le retour en force du bouche à oreille,
version virtuelle, avec l'image et le son en plus grâce aux microphones
et aux Webcams. Et c'est aussi le retour en force de la «tribu», avec
les sites de clavardage et les blogues.
Cependant, la discussion sur le site de l'hebdomadaire culturel Voir au
sujet d'un article intitulé «Trop
de blogues ?» laisse entrevoir que la «nouvelle tribu» n'a rien en
commun avec la vie tribale d'antan. L'un des participants, Éric Milette,
écrit, nous mettons en caractères gras les passages qui nous
intéressent: «Les blogs répondent à une demande culturelle pour plus
de liberté et moins d'autorité dans les médias. Bien sûr, blogs ou
télévision, on est tout aussi libre du contenu qui entre dans notre
cerveau, par contre, le blog pulvérise le concept d'autorité dans
les domaines culturels.» (source)
En réponse à un autre participant, monsieur Millette ajoute : «Je
parlais de l'Autorité avec un grand "A". Par exemple, plus il y a de
blogs politiques, moins l'avis des experts (qui détiennent une autorité
sur un sujet) est respecté. Et plus ces mêmes experts finissent par
utiliser le même langage et alors creusent leurs propres tombes.» (source)Dans
un autre de ses commentaires, monsieur Millette écrit: «(...) Je
soutiens tout de même que le web est maintenant le lieu d'un retour de
la pensée tribale. (...)». (source)
Et à un autre participant qui lui demande «Dites-moi, est-ce que la
pensée tribale était disparue? N'y a-t-il pas toujours eu de ces lieu où
la conversation était dirigée à un petit clan? Jadis, c'était les clubs
sociaux, aujourd'hui, les blogues?», monsieur Millette répond :
|
«Ce n'est pas qu'elle était disparue mais elle était
amoindrie. Les clubs sociaux dont vous parlez ne sont pas
nécessairement indépendants du reste de la société. Ils sont
parfois actifs dans leurs communautés ou ils ne sont que des
lieux de rencontres pour ceux et celles qui aiment la même
activité. Ils ne constituent pas des modes de vie complets.
On est membre d'un club mais on y fait pas sa vie. Le
néo-tribalisme, ce n'est pas non plus des regroupements
politiques, comme les syndicats par exemple. Ces derniers
sont ancrés dans la vie collective moderne. Ils ne
s'excluent pas de la société, ils prennent leur place dans
celle-ci. Or, les néo-tribus s'autonomisent par leurs
mythes, leurs rituels, leurs codes, etc. Bien sûr, ils
vivent encore dans la société moderne, mais ils n'y
participent pas ou très peu.
Comprenez-moi bien, les néo-tribus ont une vision bien à
elles du monde que nous partageons de sorte qu'elles ne
partagent plus les mythes nécessaires à une vie politique
collective. Chacune d'elles s'isole graduellement des
autres et alors les revendications politiques n'ont plus de
poids. Bien sûr, le monde politique continue de fonctionner,
mais toujours sur son inertie; il n'y a plus de changement,
plus d'innovation, on se répète ou on suit religieusement le
mouvement des nouvelles techniques.
Et je crois que l'internet avec ses blogs est le terrain
privilégié de ces néo-tribus car maintenant, les gens
peuvent s'isoler médiatiquement dans leurs visions du monde.
Ils ne sont plus confrontés aux autres, sauf dans la rue ou
au travail (alors on se ferme les yeux et on se "plogue" sur
on ipod et on attend que ça passe). On ne peut plus
atteindre ces gens-là car ils ont toujours un lieu virtuel
où se cacher. Chacun y allant de ses propres "ressentis"
tribaux pour comprendre ce qui arrive. On ne cherche plus à
partager une vision commune, plus ou moins conflictuelle, du
monde que nous partageons par la politique.
Et les puissants de ce monde dorment alors bien
tranquilles...»
Éric Millette
Source
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La tribu du monde virtuel est différente de la tribu d'antan du monde
réel parce qu'elle n'est pas sous l'autorité d'un chef qui la dirige ou d'un
sage qui la guide. On observe souvent dans le monde virtuel une sainte
horreur de l'autorité... traditionnelle ou telle qu'on la connaît dans le
monde réel. Car, dans les faits, le temps venu d'argumenter, on cherche
souvent dans le monde virtuel à prendre autorité sur le monde réel.
Plusieurs tribus du monde virtuel ne sont donc que des regroupements de
personnes qui se sentent dominées dans le monde réel.
L'écrivain trouvera peu d'inspiration dans ce nouveau tribalisme du
monde virtuel car le thème «Dominants - Dominés» est épuisé depuis
longtemps même si certains s'y complaisent, généralement pour les
archives.
Revenons à la question posée par l'écrivain Walter Kim : «La
littérature peut-elle représenter ce monde virtuel ?». L'écrivain se
demande si un nouveau style littéraire s'impose. Personnellement, je ne crois pas qu'il faille inventer un nouveau style
littéraire pour témoigner du monde virtuel; l'écriture linéaire s'impose
d'autant plus que la compréhension de l'oeuvre par le lecteur est en
jeu. Le style de lecture dominant est linéaire. La cible d'une
littérature représentant le monde virtuel ne se compose pas des
habitants du monde virtuel mais de ceux du monde réel. L'écrivain n'a
donc pas à inventer un nouveau style
d'écriture à l'image du monde virtuel pour représenter ce dernier. La
majorité des lecteurs de littérature est née avant la naissance de ce
monde virtuel ; elle a l'habitude des histoires linéaires et la logique du
monde virtuel ne lui sied pas très bien.
Lors du lancement de notre maison d'édition en ligne en juin 2003, nous nous
attendions à une ruée de jeunes auteurs, plus familiers avec l'Internet
que leurs aînées. Ce
ne fut pas le cas. La moyenne d'âge de nos auteurs dépasse les 50 ans.
Et le livre papier traditionnel représente plus de 90% de nos ventes.
À la seconde
question posée par l'écrivain Walter Kim, la littérature peut-elle
représenter ce que cela fait d'habiter le monde virtuel?, je répond par
l'affirmative. La littérature peut tout raconter. La question elle-même
m'apparaît découler d'un certaine incompréhension du monde virtuel. Ce
dernier n'est pas un monde à part, quoiqu'on en pense. Car non
seulement le monde virtuel a ses propres repères, mais il se réfère
constamment au monde réel. Seule l'extension technologique éloigne le
monde virtuel du monde réel. Et c'est l'effet de cet éloignement, de
soi-même dans un autre monde, qui agit sur les habitants du monde
virtuel. C'est le cas, par exemple, de cette impression de liberté que
l'auteur d'un blogue éprouve en publiant un billet sur Internet. Un tel
personnage est facilement imaginable dans un roman. Et on imagine qu'il
sera vite coupé d'une réalité pour une autre ou déchiré entre deux
réalités ou encore suspendu entre les deux. Je le répète, la littérature
peut tout raconter et, au sujet de monde virtuel, il n'est pas besoin de
contraindre l'écriture à un autre style que linéaire.
Qui plus est,
l'abandon du style linéaire n'est pas utile car la logique n'émerge pas
d'elle-même, tant dans le monde réel que virtuel. Pour être compris,
il faut respecter un certain ordre dans lequel se produisent les événements,
même superposés les uns aux autres dans le temps et dans l'espace, à
moins d'aimer l'absurde.
Dans les deux
cas, le Courrier international et le magazine en ligne Slate, on parle
du «roman 2.0» en allusion au «Web 2.0» :
«Place au roman 2.0» et «The Novel, 2.0».
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Au détour d'articles et autres dossiers
de presse, vous avez sans doute découvert que le Web entrait
dans une nouvelle version : 2.0. Plutôt étrange sachant que
le Web n'est ni un programme, ni un langage de programmation
qui pourrait justifier une numérotation des nouvelles
versions. Du reste, les définitions semblent se contredire
comme le souligne
Hubert Guillaud sur InternetActu : "D’un côté, il
est vu comme le basculement des techniques vers des
services, de l’autre il représente un nouveau réseau
d’interaction sociale. Dans les deux cas pourtant,
il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres,
plutôt qu’avec des contenus ou des machines, au centre de
l’internet. Le web 2.0 est résolument relationnel." La
première phrase de l'article de
Guy Hervier sur ITRManager restitue bien la confusion et
la multiplicité des définitions qui sont associées à ce web
2.0, né de nulle part : "Le Web 2.0 est une sorte
d’auberge espagnole où chacun peut apporter quelque
chose ou trouver ce qu’il souhaite. Concept
technologique pour les uns, évolution fonctionnelle du Web
pour les autres, vaporware marketing pour d’autres
encore..." Mais comme le signale Hubert Guillaud, tous
s'entendent toutefois sur le fait que "le web 2.0 est
une plate-forme d’innovation qui fait en quelque
sorte du web un système d’exploitation."
Anicet Mbida sur 01Net conforte cette analyse,
récapitulant les précédentes versions que l'on peut
envisager du Web dans ce contexte (1.0 et 1.5) et estimant
qu'avec la version 2.0 "le Web n'est plus une collection
de sites, mais une sorte de système d'exploitation pour
applications Web. À terme, les services de Web 2.0
pourraient remplacer les applications bureautiques."
Finalement,
Wikipédia offre une définition suffisamment large à ce
concept étendu : "Web 2.0 est un terme souvent utilisé
pour désigner ce qui est perçu comme une
transition importante du World Wide Web,
passant d'une collection de sites web à une plateforme
informatique à part entière, fournissant des applications
web aux utilisateurs. Les défenseurs de ce point de
vue soutiennent que les services du Web 2.0 remplaceront
progressivement les applications de bureau traditionnelles."
Toutes ces lectures sont à compléter avec cet article d'Eric
van der Vlist, "Web
2.0 : mythe et réalité", très complet.
Source
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Cette autre définition résume bien le Web 2.0: «Considéré comme l'évolution
naturelle du web actuel, le web 2.0 est un concept d'utilisation d'internet
qui a pour but de valoriser l'utilisateur et ses relations avec les autres.»
(source)
En image, voici la différence en le Web 1.0 (partie supérieure de
l'illustration) et le Web 2.0 (partie inférieure de l'illustration) :

Source
Pour avoir une idée de ce qu'est le «roman 2.0», il suffit de remplacer
«site web 2.0» par «roman 2.0» dans l'illustration ci-dessus.
Le roman 1.0 se limitait à la publication d'une oeuvre sur un site Internet
par son auteur. Les internautes intéressés pouvaient accéder au site et lire
le roman, page par page ou chapitre par chapitre. Le roman 1.0 pouvait alors
contenir autant d'illustrations que le souhaitait l'auteur, sans aucune des
contraintes budgétaires connues avec l'impression papier. L'auteur pouvait
aussi mettre autant de liens hypertextes voulus dans son texte. Les romans
version 1.0 les plus originaux contenaient aussi des pages pour la
présentation des personnages, du décor, de l'époque, les sources
factuelles,...
Le roman 2.0 implique une participation des lecteurs à l'oeuvre. Au départ,
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peut prendre différentes formes. Par exemple, l'auteur peut poser une
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roman: «Que pensez-vous que le personnage XYZ fera?», «Que contient
l'enveloppe laissée sur la table de chevet du personnage principal?», «Avec
qui discute le personnage XYZ au téléphone?»,... Une autre consiste à
demander aux lecteurs d'écrire eux-mêmes des parties du roman. À l'occasion,
le dénouement d'une telle oeuvre ne fera pas consensus et l'auteur lui
donnera plusieurs fins optionnelles. Dans les deux cas, le produit final est
«oeuvre évolutive». À ce roman pourra s'ajouter tout ce que le Web 2.0
offre: des extraits audio, des vidéos, un site de clavardage avec l'auteur,
un blogue d'échange entre les lecteurs, des cartes géographiques animées,...
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elle peut elle-même en faire partie, avec ou sans participation des lecteurs
internautes.
Le seul et unique problème du roman 2.0, c'est l'intérêt et la cohérence de
l'oeuvre, comme le démontrent des expériences passées. Sur Internet, le
style linéaire est difficile à maintenir en raison des lecteurs
contributeurs, ces derniers en ne se donnant pas toujours la peine de prendre
connaissance de l'ensemble des travaux d'écriture avant de contribuer.
Le malaise des écrivains face au roman 2.0 n'étonnera personne puisque
l'écriture est avant tout un acte solitaire.
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Article mis en ligne le 17 mars 2008
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