|
L'édition en ligne
avec distribution en librairie
mène à la catastrophe
En 2006, la Fondation littéraire Fleur de Lys a
conseillé monsieur Pierre Fraser de Québec dans son
projet de création d'une maison d'édition en ligne,
Les Éditions Axone. L'hebdomadaire Québec Hebdo
présentait la nouvelle entreprise d'édition en ligne
à ses lecteurs dans son édition du 24 novembre 2006
en publiant un article intitulé «Le
monde de l'édition réinventé». Malheureusement,
cette dernière a été dans l'obligation de fermer ses
portes il y a quelques semaines.
Et contrairement à ce qu'on peut lire sur certains
sites Internet personnels d'auteurs édités par la
défunte maison d'édition en ligne à l'effet que
cette dernière rouvrirait ses portes à l'automne
2008, cette fermeture est définitive de l'avis même
de monsieur Fraser. C'est du moins ce qu'il nous a
confirmée un peu plus tôt cette
semaine lors d'une conversation téléphonique.
Monsieur Fraser nous a confié également que la
fermeture de sa maison d'édition en ligne était le
fait de l'échec commercial de la distribution de ses
livres en libraires. «J'aurai du vous écoutez. Je
n'ai pas suivi votre conseil d'éviter la
distribution en librairies» nous a déclaré monsieur
Fraser. Les Éditions Axones ont accumulé au fil des
mois une dette de 50,000$ liée à la distribution en
librairies, une dette qui a conduit à sa fermeture.
La Fondation littéraire Fleur de Lys a toujours été
d'avis que l'édition en ligne sur Internet n'est pas
compatible avec la distribution traditionnelle en
librairie. En fait, l'un des principaux atouts de
l'édition en ligne est de ne pas avoir à supporter
tous les coûts liés à une distribution
traditionnelle en librairie. Une telle distribution
implique des frais d'impression d'un nombre
suffisant d'exemplaires pour le nombre de librairies
ciblées, des frais d'entreposage, des frais de
distribution et des frais de remise aux libraires,
un pourcentage qui peut atteindre les 40% du prix de
vente de chaque exemplaire.
Même si monsieur Fraser se limitait à des micro
tirages en ciblant certaines libraires, il n'en
demeure pas moins qu'il perdait ainsi l'avantage de
l'impression à la demande, c'est-à-dire,
l'impression d'un exemplaire à la fois à la demande
expresse de chaque lecteur. L'impression à la
demande est la base du succès de l'éditeur en ligne
car chaque exemplaire imprimé est un exemplaire
vendu à l'avance. Avec les micro tirage, même
limités à 20 exemplaires à la fois, on se retrouve
avec un inventaire dont on doit supporter les coûts.
Et tout éditeur ne veut pas voir ces exemplaires
dans son entrepôt mais sur les tablettes des
librairies, ce qui implique alors de retenir les
services d'un distributeur. Et encore faut-il que le
libraire donne aux livres une bonne visibilité. Or,
selon monsieur Fraser, les libraires plaçaient
généralement sa production directement en tablette
avec pour seule visibilité l'épine du livre plutôt
que, par exemple, sur la table des nouveautés.
L'édition en ligne avec distribution en librairie
mène à la catastrophe. On ne doit pas tenter de
faire comme les éditeurs traditionnels lorsqu'on est
un éditeur en ligne sur Internet. Il s'agit de deux
mondes du livre complètement différents, avec des
règles et des procédures différentes, des
désavantages et des avantages spécifiques.
Évidemment, la plupart des auteurs renoncent
difficilement à leur rêve de voir leurs livres en
vitrine des librairies. Plus encore, pour plusieurs
l'oeuvre sera achevée que le jour où elle se
retrouve en librairies. Mais il y a un double hic:
moins de 10% des manuscrits soumis à l'attention des
éditeurs sont acceptés et, le cas échéant, la durée
de vie d'une nouveauté en librairie dépasse rarement
trois mois.
Au terme de cette période, les exemplaires invendus
sont retournés aux éditeurs. Et un bon matin,
l'auteur reçoit un appel de son éditeur lui offrant
de se porter acquéreur de ces invendus à moindre
coût. Le reste des invendus sera pilonné dans des
librairies à escompte ou tout simplement envoyé au
recyclage. Les éditeurs traditionnels sont habitués
à cette procédure. Subventionnée par le gouvernement
du Québec et du Canada, la chaîne traditionnelle du
livre peut ainsi couvrir aisément ses pertes. En
moyenne, un éditeur québécois agréé reçoit 5,000$
par titre qu'il édite. Autrement dit, ses pertes
sont couvertes à l'avance par le gouvernement.
Ce n'est pas le cas de l'éditeur québécois en ligne
qui ne reçoit aucune aide gouvernementale, d'où
l'importance de ne pas dépasser les limites fixées
par les avantages de son champ d'action, l'Internet.
L'aventure de la maison Les Édition Axones fondée
par Pierre Fraser en est un exemple éloquent.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Commenter cet article
Pour écrire votre commentaire, placez votre curseur dans le rectangle ci-dessous.
Puis, cliquez sur le
bouton «Envoyer».
Vous pouvez aussi écrire un courriel à l'adresse
suivante:
contact@manuscritdepot.com
Partager cet article avec vos contacts sur Facebook
Partager sur Facebook
|