
Le lundi 30 juillet 2007
LE SOLEIL - ANALYSE
L'internet littéraire
québécois, une vraie honte!

Photothèque Le Soleil
Serge-André Guay
Président de la
Fondation littéraire Fleur de Lys
Un article paru le 15
Juin dernier dans quotidien Le Monde sous le titre «Les sites de
promotion de livres se diversifient et s'enrichissent» nous a incité à dresser
un portrait de la situation au Québec. Voici les faits saillants de notre étude
au sujet de l'internet littéraire québécois.
* Plus de 40 éditeurs ont un site Internet sans aucun mot-clé, pas même
les noms de leurs auteurs et les titres de leurs livres. L'absence de mots-clés
est une véritable catastrophe parce que les moteurs de recherche tels Google et
Yahoo se basent essentiellement sur les mots-clés d'une page web pour la référer
aux internautes. Par exemple, la page du dernier livre de Suzanne Jacob, qui ne
compte aucun mot clé, est la 68e référence de la recherche avec le nom de
l'auteur sur Google. La plupart des internautes se limitent au 10 premières
références.
* Seulement 6% des membres de l'Union des Écrivaines et des Écrivains
Québécois ont un site Internet déclaré à leur association. Cette absence des
auteurs sur Internet s'explique par leur habitude de s'en remettre aux éditeurs
pour promouvoir leurs livres et communiquer avec les lecteurs. Or, à l'ère
d'Internet, les lecteurs s'attendent à une communication directe avec l'auteur,
par le biais d'un site personnel ou d'un blogue.
* Plusieurs noms de domaine (URLs) d'auteurs québécois reconnus n'ont
toujours pas été enregistrés et ainsi protégés de la fraude dont
suzannejacob.com, denisebombardier.com, marie-laberge.com et
gilles-vigneault.com. N''importe qui peut se porter acquéreur de ces URLs et les
détourner à son profit. C'est le cas de micheltremblay.com et emilenelligan.com
qui conduisent à des sites commerciaux unilingues anglais exploitant la
popularité de ces auteurs.
* Certains noms de domaine d'auteurs ont bel et bien été enregistrés,
mais leurs sites Internet se font toujours attendre. C'est le cas de «marielaberge.com»
enregistré il y a quatre ans, mais encore et toujours en construction.
* L'ILE, l'infocentre littéraire des écrivains québécois géré par l'UNEQ
qui se vante d'être «Un site complet, unique en son genre», comprend en réalité
seulement 1067 écrivains, triés sur le volet. Entre autres, Denise Bombardier et
Léon Dion n'y sont pas. Le site donne une fausse image de la littérature
québécoise. Et pourtant, il est subventionné par nos gouvernements!
* Le «Portail du livre au Québec» géré par le magazine Le Libraire
fait la promotion d'auteurs étrangers à même nos taxes et nos impôts. Le 19 juin
dernier, «À la une» de ce «Portail du livre au Québec», 10 auteurs étrangers
et... 2 auteurs québécois. Et dans la section «Liens / Sites d'auteurs», on
retrouve un lien vers le site de l'auteur des célèbres Harry Potter et les sites
de plusieurs auteurs français dont Jacques Attali, Jacques Salomé, Marc Lévy,
etc., comme si ces derniers avaient besoin de notre aide. Une fois de plus,
c'est avec l'argent des contribuables québécois que se fait cette promotion
d'auteurs étrangers au détriment d'auteurs québécois sur Internet.
* Mises à jour déficientes de plusieurs sites Internet de grande
importance. Par exemple, au moment de l'étude, sur le site de l'Association
nationale des éditeurs de livres (ANEL), la dernière actualité et le dernier
événement littéraire en lice remontaient à plus d'un an. Et l'agenda du site de
l'Association des libraires du Québec ne comptait qu'une seule activité pour le
mois en cours et aucune à venir... jusqu'en avril 2008. En pareil cas, il vaut
mieux éliminer la section plutôt que de donner l'impression qu'il ne s'est rien
passé, qu'il ne se passe rien et qu'il ne se passera rien car l'image de la
vitalité du monde québécois du livre en prend pour son rhume aux yeux des
internautes.
* Avant même de bien servir son propre territoire, l'Internet littéraire
québécois s'internationalise. Le «Guide Livres» de La Toile du Québec est un bel
exemple avec ses liens tout azimuts. L'effort est plus que louable. Mais dans la
section «Actualité littéraire», il n'y a aucune distinction entre les sites
québécois et étrangers. Dans le contexte où le nombre de magazines littéraires
québécois est très limité, il va de soi, non seulement d'en encourager leur
lecture, à tous le moins de les identifier comme québécois, mais aussi et
surtout d'en n'oublier aucun. Or, au moins quatre magazines québécois (Lettres
québécoises, Alibis, Solaris, lurelu) ne sont pas de la liste tandis qu'on
retrouve le New York Times, January Magazine et les sites français
Livresse, KaFkaïens Magazine, Magazine littéraire et Lire.
* Le ministère québécois de la Culture et des Communications parle du
«Livre et de la lecture» uniquement en termes d'«industrie», de «production» et
de «marché local» sur son site Internet. Il donne ainsi donne une vision très
restreinte du monde du livre au Québec et confirme, au monde entier, qu'il
n'accorde d'importance à la culture que sous son aspect industriel et
économique. Il en va de même sur le portail international du gouvernement du
Québec.
* Absence de portail culturel québécois sur Internet — site Web dont la
page d'accueil propose, en plus d'un moteur de recherche, des hyperliens avec
une foule d'informations et de services utiles et attrayants, qui est conçu pour
guider les internautes et faciliter leur accès au réseau/Office
québécois de la langue française. Les gouvernements de la France et du Canada
ont leur portail culturel avec une section dédiée au livre. Malheureusement,
l'internaute ne peut pas se fier au portail culturel du Canada, car il y aurait
au Québec seulement 14 sites Internet littéraires et seulement deux salons du
livre. Cette fausse image en partie financée par les contribuables québécois.
Bref, non seulement l'internet littéraire québécois affiche un retard honteux
mais il offre une fausse image de la littérature d'ici, souvent à même nos taxes
et impôts, sans compter que les efforts déployés ne répondent même pas aux
attentes les plus élémentaires du Web.
L'étude complète est accessible au site suivant :
http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/dossiers.01.htm
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