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Abd El Krim ou l’impossible rêve
PIERRE BONIN
Roman historique, 366 pages,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2008.
ISBN 2-89612-263-9
Papier : 24.95$
Numérique : gratuit
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Pierre Bonin
Montréal, Québec
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Abd El Krim ou l’impossible
rêve, roman historique, Pierre Bonin,
Fondation littéraire Fleur de Lys
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PRÉSENTATION
Abd
El Krim ou l’impossible rêve, roman
historique, Pierre Bonin,
Fondation littéraire Fleur de Lys
Au début des années 1920, le Maroc est
ensanglanté par une guerre cruelle mettant
aux prises les tribus de la région du Rif
aux forces armées de la coalition
franco-espagnole. Le leader de
l’insurrection rifaine, Mohammed Abd El
Krim, livre une lutte acharnée et fait
vaciller le trône chancelant du sultan, tout
en rêvant à la reconnaissance internationale
de la république qu’il a proclamée pour le
Rif.
Pour sa part, le sergent-chef Marcel Picard,
un canadien-français démobilisé de la Légion
étrangère, aspire à gagner honorablement sa
subsistance dans son nouveau pays
d’adoption. Il rêve d’exercer le métier de
photojournaliste et de correspondant pour
des journaux ou magazines du Vieux
Continent. Mais le destin joue parfois de
vilains tours et c’est ainsi qu’il se
retrouve malgré lui, entraîné à jouer le
rôle d’agent de renseignements pour le 2e
Bureau, le service du contre-espionnage
français. Il croisera sur sa route une jeune
romancière en herbe dont il deviendra
follement amoureux et un journaliste avec
lequel il liera une franche amitié. La
mission de Picard dans le Rif se
transformera en cauchemar. Il sera confronté
au chef de la rébellion ainsi qu’à son bras
droit, le sergent Klems, déserteur de la
Légion étrangère. Le destin de Picard sera
scellé à jamais.
Comme le souligne dans sa préface
l’historien militaire Carl Pépin : « …
Marcel Picard et tous les personnages qui
animent ce roman avaient ceci de commun :
ils avaient osé porter leur regard sur cette
Méduse qu’était le Rif. Pétrifiés dans un
rêve, celui d’épouser la contrée, ils
avaient posé les gestes en conséquence… ».
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COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Abd
El Krim ou l’impossible rêve, roman
historique, Pierre Bonin,
Fondation littéraire Fleur de Lys
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Abd El Krim
ou l’impossible rêve
Troisième roman de la trilogie québécoise
sur la Légion étrangère au Maroc
Montréal, le 8 novembre 2008 ─ La Fondation
littéraire Fleur de Lys vous invite à
découvrir Abd El Krim ou l’impossible rêve,
le troisième roman québécois écrit sur la
Légion étrangère au Maroc, signé Pierre
Bonin, professionnel des communications,
retraité de la Ville de Montréal.
Le
récit se déroule au Maroc de 1925 à 1927 et
raconte la chronologie des événements
marquants des dernières années de la guerre
du Rif, à travers le cheminement des
personnages du roman confrontés à leur
propre destin. Le leader de l’insurrection
rifaine, Mohammed Abd El Krim, livre une
lutte acharnée aux armées de la coalition
franco-espagnole et fait vaciller le trône
chancelant du sultan, tout en rêvant à la
reconnaissance internationale de la
république qu’il a proclamée pour le Rif.
Par
ailleurs, le sergent-chef Marcel Picard, un
canadien-français démobilisé de la Légion
étrangère, aspire à gagner honorablement sa
subsistance dans son nouveau pays
d’adoption. Il rêve d’exercer le métier de
photojournaliste et de correspondant pour
des journaux ou magazines du Vieux
Continent. Mais le destin joue parfois de
vilains tours et c’est ainsi qu’il se
retrouve malgré lui, entraîné à jouer le
rôle d’agent de renseignements pour le 2e
Bureau, le service du contre-espionnage
français. Il croisera sur sa route une jeune
romancière en herbe dont il deviendra
follement amoureux et un journaliste avec
lequel il liera une franche amitié. La
mission de Picard dans le Rif se
transformera en cauchemar. Il sera confronté
au chef de la rébellion ainsi qu’à son bras
droit, le sergent Klems, déserteur de la
Légion étrangère. Le destin de Picard sera
scellé à jamais.
Comme
le souligne dans sa préface l’historien
militaire Carl Pépin : « Dans ce contexte,
ce troisième roman de Pierre Bonin est
davantage politique, où l’importante mise en
scène d’actes d’espionnage de part et
d'autre des lignes belligérantes nous
apprend deux leçons : 1) on ne peut faire
confiance à personne; 2) en fin de compte,
seule la survie compte. Bonin accorde une
grande place à ce qui se passe de l’autre
côté de la barrière. Les chefs politiques et
militaires de la « rébellion » qu’ont été
Abd El Krim et Otto Klems (cet
ex-légionnaire qui a changé de camp)
parlent. Bonin leur donne vie, ne serait-ce
que sur quelques pages qui nous montrent
qu’au final, les tribus rifaines unifiées
par Abd El Krim n’étaient pas uniquement ces
bandes de pilleurs et d’assassins décrites
traditionnellement. C’est important à
considérer puisque nombreuses sont les
scènes de ce roman qui s’attardent à la
quête de sens (politique) accordée à cette
grande aventure rifaine. Marcel Picard et
tous les personnages qui animent ce roman
avaient ceci de commun : ils avaient osé
porter leur regard sur cette Méduse qu’était
le Rif. Pétrifiés dans un rêve, celui
d’épouser la contrée, ils avaient posé les
gestes en conséquence… ».
Dans
le but d’assurer l’authenticité du récit
même s’il est le fruit de son imagination,
l’auteur a consulté des témoignages et
documents de l’époque et a séjourné au Maroc
à l’automne 2005, pour s’imprégner de la
culture berbère, de l’islam, du vécu
quotidien de ses habitants et visiter les
lieux qui servent de décor à l’intrigue du
roman. Le livre inclut aussi une section
documentaire avec des photos d’époque.
Le
livre est disponible sur le réseau Internet
et les lecteurs intéressés peuvent se le
procurer sous le format traditionnel en
papier au coût de 24.95$, taxes et livraison
incluses, en acquittant les frais par carte
de crédit ou chèque, ou encore en
télécharger la version numérique (fichier
PDF) gratuite, à partir de la page
personnelle de l’auteur sur le site Internet
de l’éditeur, la Fondation littéraire Fleur
de Lys:
http://manuscritdepot.com/a.pierre-bonin.3.htm
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SOURCE :
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Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
TÉLÉPHONE
450-933-2392
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POSTALE
Fondation littéraire Fleur de Lys,
259, rue
de Clairvaux, Laval, Qc. H7N 5K2
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ÉLECTRONIQUE
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REVUE DE PRESSE
Abd
El Krim ou l’impossible rêve, roman
historique, Pierre Bonin,
Fondation littéraire Fleur de Lys
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TABLE DES MATIÈRES
Abd
El Krim ou l’impossible rêve, roman
historique, Pierre Bonin,
Fondation littéraire Fleur de Lys
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Remerciements
Préface
Avant-propos
Lexique
Prologue
PREMIÈRE PARTIE
Les tambours de la guerre
Le Maroc-Hôtel
Un étrange trio
Un déjeuner sur l’herbe à Volubilis
La tragédie de Médiouna
En route vers la république du Rif
DEUXIÈME PARTIE
El caïd Hadji Aleman
Porté disparu
Au royaume du kif
Bas les masques !
Sur le front : rien à signaler
La débâcle
Épilogue
ANNEXES
Ce qu’ils sont devenus
Mohammed Ben Abd El Krim Khattabi
Le sergent Joseph Otto Klems
Le commandant François de la Rocque
Le capitaine Henry de Bournazel
Le commandant Jean Cazaban
Bibliographie
Carte du Maroc
Album photos – Guerre du Rif
Au sujet de l’auteur
Communiquer avec l’auteur
Du même auteur |
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EXTRAIT
Abd
El Krim ou l’impossible rêve, roman
historique, Pierre Bonin,
Fondation littéraire Fleur de Lys
AVANT-PROPOS
Le récit qui suit est une œuvre de fiction. Toutefois, il relate des
événements survenus au Maroc pendant la guerre du Rif (1921-1926) surnommée
« la guerre oubliée » par les historiens. La région montagneuse du Rif est
située au nord de Fez, face à la Méditerranée. Un leader nationaliste du nom
de Mohammed ben Abd El Krim avait réussi à unifier les tribus du Rif pour
combattre le sultan Moulay Youssef dont il contestait l’autorité légitime et
pour bouter hors du pays les Espagnols et les Français qui s’y étaient
installés, respectivement dès le XVIe siècle pour les premiers, au début du
XXe siècle pour les seconds.
Le personnage principal de ce roman est un Québécois ; à l’époque, dans la
Légion étrangère, il était inscrit sous la nationalité canadienne. Soit dit
en passant, de 1923 à 1928, des Québécois ont réellement combattu sous
l’uniforme de ce prestigieux corps d’armée lors de la guerre du Rif, et par
la suite dans les oasis du Sud. Parmi ces légionnaires, on en comptait un de
la région de Québec et un autre de la Beauce : ces deux hommes ont laissé
des témoignages écrits de leur séjour au Maroc. Des récits captivants qui
ont été publiés en 1931 et 1932.
Par ailleurs, la Légion étrangère a dénombré 74 officiers, 158
sous-officiers et 1 264 légionnaires du rang qui ont trouvé la mort au
Maroc, de 1920 à 1935. Pour la même période, des milliers de Marocains ont
aussi perdu la vie pendant la guerre du Rif et lors des affrontements armés
qui ont découlé des années de la Pacification.
À l’automne 2005, je me suis rendu en pèlerinage dans ce pays, sur les lieux
où nos compatriotes ont battu la semelle dans les sables du désert et sur
les pistes rocailleuses des djebels. C’est là, qu’a pris forme cette
histoire, sous le ciel d’une nuit constellée d’étoiles de l’Erg Chebbi.
Enfin, pour faciliter la compréhension du récit, le lecteur est invité à
consulter le lexique lui permettant de se familiariser avec les mots arabes
ou berbères présents dans le texte.
Pierre Bonin
EXTRAIT DU CHAPITRE DEUX
Le Maroc-Hôtel
Marcel Picard quitta le riad à la nuit tombée, encore ébloui par les
prouesses amoureuses de Yasmina. Auparavant, il salua son hôte Abd El Aziz
Lahlo, de passage sur place, la rumeur locale faisait de ce riche
commerçant, propriétaire de nombreuses maisons, l’homme le plus puissant de
la médina après le représentant du sultan. Depuis l’arrivée de Picard à Fez,
quelques mois plus tôt, Abd El Aziz l’avait pris sous son aile protectrice
et lui assurait sa subsistance dans l’attente de jours meilleurs. Picard lui
devait beaucoup depuis sa démobilisation de la Légion. Au fil des jours, il
avait appris à l’apprécier et à s’en faire un ami. Grâce à lui, il avait pu
parfaire plus facilement ses connaissances de la culture marocaine, si
différente, avec sa religion l’islam, ses traditions culinaires et les us et
coutumes de ses habitants.
Inquiet pour la sécurité de Picard, estimant imprudent pour un roumi de
s’aventurer seul dans les rues et ruelles mal éclairées, Abd El Aziz proposa
une escorte discrète de deux de ses serviteurs, habiles à manier le poignard
habilement dissimulé sous leur burnous. Malgré la précaution de revêtir une
djellaba et de camoufler une partie de son visage avec le capuchon, une
habitude prise par Picard depuis son installation à Fez, celui-ci accepta
son offre avec grande courtoisie pour ne pas le froisser. Il n’avait pas
tort. La médina était un véritable labyrinthe avec son dédale de ruelles,
d’autant plus sinistres dans la pénombre. Surtout que ce soir-là, Picard se
rendait à un rendez-vous important qui allait peut-être enfin lui porter
chance !
* * *
Le plus grand des serviteurs avait pour nom Malek, et l’autre, Abdul. Tous
les deux étaient de farouches guerriers, ils avaient combattu dans les oasis
du Sud au sein de la même tribu du Tafilalet. Une province sous la coupe de
Bel Kacem N’Gadi, le roi des pirates du désert. Ils avaient fui vers le nord
l’année précédente pour échapper à la vindicte du Boiteux sanguinaire et de
ses sbires. En homme avisé, son hôte avait recruté ces deux combattants dans
les souks et les avait engagés comme gardes du corps. Il fut convenu que
Malek précéderait Picard dans son périple tandis qu’Abdul fermerait la
marche. L’un et l’autre, à distances respectables de moins de cinq mètres,
raseraient les murs pour ne pas mettre Picard dans l’embarras en cas de
rencontre avec une patrouille de l’armée française. Heureusement, Picard
avait apporté dans sa musette le sauf-conduit délivré par l’autorité
militaire. Le précieux document leur permettrait de franchir, sans
inquiétude, les barrages érigés par les légionnaires.
* * *
La ville de Fez n’était pas sûre. Quelques semaines auparavant, un
administrateur français avait été agressé au détour d’une ruelle par des
malfrats alors qu’il rentrait seul chez lui. Il put s’en tirer sans trop de
mal. Toutefois, les autorités avaient craint la répétition de l’incident
Lory, survenu en avril 1912. Cet administrateur colonial avait été capturé
par des fanatiques pour finir pieds et poings liés, brûlé à petit feu, la
tête piétinée, écrasée par une foule déchainée. Depuis lors, nul Occidental
ne se sentait en sécurité malgré la présence incessante de patrouilles de
légionnaires ou de turcos chargées de maintenir l’ordre. Abd El Krim avait
de nombreux partisans et espions à l’intérieur des murs de la médina.
Suspicion et terreur faisaient désormais parties du lot quotidien des
habitants de la cité.
Pour un roumi, il n’était donc pas aisé de circuler en ville ou dans le bled
sans susciter une certaine méfiance. Le pays était ravagé par la guerre et
la présence des Européens ne manquait pas d’agacer les Marocains. Certaines
tribus combattaient dans le Nord avec Abd El Krim pour chasser les Espagnols
et les Français, et visaient aussi à renverser le sultan dont le trône était
chancelant. Dans le Sud, de nombreuses tribus nomades se livraient à la
piraterie et au pillage des oasis sans que le sultan ne puisse intervenir
pour y assoir efficacement son autorité. Voilà pourquoi, il était dorénavant
risqué de s’aventurer seul dans un pays devenu une véritable poudrière.
* * *
Tout en marchant en compagnie de ses anges gardiens, Picard vit défiler dans
sa mémoire un carrousel de souvenirs. Que de chemin parcouru depuis son
arrivée en Afrique du Nord, à la fin de décembre 1918 ! À sa descente du
bateau, à Cherbourg, la troupe dirigée par le capitaine Chastenet de Géry
avait reçu l’ordre de rejoindre le RMLE en Allemagne pour occuper la région
du Rhin. Avec regrets et pincements au cœur, Picard vit partir ses
compagnons de voyage alors qu’il prenait le train pour Paris et ensuite pour
Marseille. Sur le bateau, il avait pu profiter du voyage pour faire plus
ample connaissance avec les hommes de la troupe et s’abreuver de leurs
exploits réels ou imaginaires. Il avait bien apprécié le capitaine Chastenet
de Géry, avec qui il avait développé une bonne relation pour une recrue.
L’officier le trouvait sympathique et croyait qu’il aurait pu faire carrière
dans la Légion. Un volontaire étranger avec un diplôme d’études supérieures
pouvait vite grimper les échelons de la hiérarchie et espérer obtenir de
l’avancement jusqu’au grade d’adjudant-chef.
Picard séjourna quelques jours au fort Saint-Jean pour compléter les
formalités d’engagement. Il passa avec succès l’examen médical. Il se
retrouva ensuite avec un contingent de recrues à Sidi-Bel-Abbès en Algérie.
C’est là qu’il devait s’initier à sa nouvelle vie de légionnaire. Il fut
bien servi. Le sergent instructeur et ses caporaux lui en firent voir de
toutes les couleurs avec les exercices répétitifs pour la parade, les
corvées de ménage de la chambrée, de la cour et des bâtiments à l’intérieur
de la caserne. Sans oublier les marches à n’en plus finir avec tout le barda
et les armes, au point que les hommes, tant ils étaient fourbus, tombaient
morts de sommeil à la fin de chaque journée. Et puis, il y avait aussi le
maniement des armes : tir au fusil à la cible, lancer des grenades, combats
au corps à corps avec les baïonnettes, initiation aux tirs de mortiers et de
mitrailleuses, le tout exécuté avec la plus grande précision. Comme dans la
tradition des légions romaines, les recrues s’éreintaient à de durs travaux
sous un soleil de plomb pour l’entretien et la construction de routes. On ne
chômait pas du lever au coucher du soleil. Après six mois intensifs d’un tel
régime sous la houlette d’une discipline de fer régie par les instructeurs,
les bleus devinrent des soldats prêts pour le baptême du feu. Par bonheur,
durant cette période, les hommes pouvaient s’éclater lors de leurs
permissions. Les bistros et les bordels étaient très populaires au sein de
la troupe. C’est là qu’on déversait son trop-plein d’amertume, ou que l’on
se saoulait la gueule pour oublier une vie d’enfer.
* * *
− Halte ! Qui va là ?
Picard sortit brusquement de sa rêverie. Le légionnaire qui venait de crier
empêcha Malek d’aller de l’avant, au détour d’une ruelle, en pointant sur
lui son fusil Lebel. Le garde du corps resta pétrifié par cette apparition
subite, tandis que Picard le rejoignit d’un pas alerte, en moins de deux,
avec Abdul aux talons. Tous les trois demeurèrent immobiles, en attente de
la suite des événements. Le légionnaire, plutôt nerveux, les tenait en joue.
− Ne tirez, pas légionnaire, s’écria Picard. J’ai un sauf-conduit du général
Colombat!
Le trio fut aussitôt encerclé par un sous-officier portant une lanterne, le
revolver au poing, et quatre de ses hommes, tous surgis de la pénombre comme
par magie. Les légionnaires pointèrent leur fusil sur les suspects. Picard
reconnut le sous-officier. C’était le sergent Schmuntz, un ancien compagnon
d’armes au 2e bataillon du 3e REI. Il cria aussitôt :
− Sergent Schmuntz, c’est moi, Picard.
Le sergent, suspicieux, approcha la lanterne près du visage de Picard. Il
l’examina attentivement, de la racine des cheveux jusqu’au menton, puis il
s’exclama sur un ton courroucé :
− Tu portes la barbe, Picard, et t’es déguisé en Berbère. C’est louche ! On
t’a perdu de vue depuis ton départ l’an dernier. On croyait tous que t’étais
reparti dans ton pays.
− Ben non, tu vois, j’suis toujours là.
− Où tu vas ? C’est le couvre-feu. Personne ne doit circuler dans les rues.
On aurait pu te tirer dessus. T’as la baraka mon homme !
− J’ai pas le choix sergent. Des gens importants m’ont donné rendez-vous ce
soir au Maroc-Hôtel. J’suis avec des amis qui assurent ma protection en cas
de mauvaises rencontres. J’ai un sauf-conduit qui m’autorise à circuler.
Regarde par toi-même.
Soulevant sa djellaba, Picard saisit le document camouflé dans son saroual
et le remit au sergent. Schmuntz le consulta en vitesse et constata qu’il
lui avait dit la vérité.
− C’est bon Picard. On te laisse passer. Mais tu ne pourras pas entrer au
Maroc-Hôtel avec ton déguisement.
− T’en fais pas, sergent, j’suis au courant.
Là-dessus, Picard laissa Schmuntz et ses hommes perplexes de ces
retrouvailles inusitées et poursuivit son petit bonhomme de chemin avec ses
fidèles serviteurs, tenant fermement le précieux papier leur ayant sans
doute sauvés la vie.
* * *
Le trio put franchir la porte Bab-el-Ftouh, gardée par un barrage de
légionnaires, en répétant le manège du sauf-conduit. Après quelques minutes
de marche dans la ville moderne, en pleine expansion depuis 1912, nos trois
hommes arrivèrent au Maroc-Hôtel. Les portes de l’édifice étaient
étroitement surveillées par des turcos. N’entrait pas qui voulait dans cet
établissement, lieu de rendez-vous privilégié des officiers de l’armée
française, en garnison dans la ville ou en transit avant de monter au front
ou de revenir du bled. On y retrouvait également des civils, fonctionnaires
de l’administration coloniale, des aventuriers de tout acabit en goguette,
des journalistes à l’affût des dernières nouvelles des hostilités en cours.
Tout ce beau monde attendait fébrilement un ordre d’évacuation vers Rabat,
avant que le rogui ne déclenche son offensive ultime contre Fez.
En plus des musiciens locaux et des danseuses, il s’y produisait aussi des
artistes de variété en provenance de Paris, interprétant les chansons à la
mode dans la capitale. Justement, ce soir-là, une ravissante blonde plutôt
menue chantait Valencia, en imitant la voix nasillarde de Mistinguett, au
grand plaisir des spectateurs présents qui se sustentaient en mangeant de la
cuisine maghrébine arrosée de coupes de champagne. L’atmosphère était à la
fête, malgré le climat d’incertitude et de morosité flottant sur la cité.
L’officier responsable des sentinelles à la porte d’entrée principale, tout
en jetant un regard circulaire aux alentours, repéra le trio et lui fit
signe de le rejoindre. Les trois hommes s’avancèrent en silence vers
l’officier tout en regardant à gauche et à droite pour s’assurer de ne pas
attirer l’attention. L’officier s’adressa à Picard impérativement :
− Vous êtes sûrement Marcel Picard, vous êtes en retard. Qui sont ces Arabes
qui vous accompagnent?
− Je suis celui que vous dites et ces hommes sont des amis.
− Montrez-moi votre sauf-conduit et remettez-moi vos armes. On vous les
rendra à votre départ. C’est la consigne avant d’entrer. Dernier détail :
vos compagnons devront vous attendre dans les cuisines.
− Calvaire, j’ai pas le choix. O.K lieutenant. On fera comme vous dites.
Visiblement déçu, Picard se tourna vers ses anges gardiens et leur transmit
la consigne en langue arabe. Ils obtempérèrent, ne voulant pas déplaire à
leur maître Abd El Aziz et remirent leurs armes aux factionnaires. Ensuite,
le lieutenant les invita à le suivre à l’intérieur de l’édifice où les
clameurs du public s’alimentaient à même les effluves de l’alcool et à la
prestation endiablée des artistes.
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BIOGRAPHIE
Pierre Bonin
Pierre Bonin est retraité
de la fonction publique montréalaise après trente années de service. Au
cours de ces années, il a occupé successivement des postes d’animateur
en loisirs, d’agent d’aide socioéconomique, d’agent d’information, de
rédacteur-relationniste et de chargé de communication pour différents
services municipaux.
|
Dans l’exercice de ses fonctions, il a collaboré activement à la tenue de
campagnes de promotion, sensibilisation et d’information auprès des citoyens et
des médias, notamment dans les secteurs des sports et loisirs, de la culture, de
l’aménagement des parcs et des travaux publics. Il a terminé sa carrière comme
gestionnaire pour le Service des travaux publics de l’arrondissement Rosemont–Petite-Patrie.
Il a obtenu certains prix dont celui du meilleur directeur de campagne au sein
de municipalités pour l’organisme Centraide en 1989, et le Mérite municipal
décerné par le ministère des Affaires municipales en 1997, pour la mise en place
du service téléphonique et de références aux citoyens et aux chroniqueurs à la
circulation «Info-Travaux-Montréal».
Diplômé en animation culturelle, promotion 1976, de l’Université du Québec à
Montréal, l’auteur a aussi suivi des cours en journalisme et relations publiques
à l’Université de Montréal. Il a réalisé également des courts métrages en cinéma
vidéo au cours des années 70-80.
Pour écrire ce roman dont l’intrigue se déroule au Maroc au début du XXe siècle,
l’auteur a procédé à des recherches exhaustives sur le sujet en consultant des
documents et témoignages de cette époque et en allant visiter les lieux qui
servent de décor à l’intrigue du récit.
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BIBLIOGRAPHIE
Pierre Bonin
Le
trésor du Rif
PIERRE BONIN
Roman historique, deuxième édition,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal,
2009, 370 pages.
ISBN ISBN 2-89612-177-3 / 978-2-89612-177-9
Les captifs de Rissani
PIERRE BONIN
Roman historique,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2007, 366 pages.
ISBN 2-89612-210-9
Abd El
Krim ou l’impossible rêve
PIERRE BONIN
Roman historique,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2006, 366 pages.
ISBN 2-89612-263-9
DE
PIERRE BONIN À TITRE DE DIRECTEUR DE LA COLLECTION
DU DOMAINE PUBLIQUE DE LA FONDATION LITTÉRAIRE FLEUR
DE LYS
Voyage
au Canada
dans le nord de l’Amérique septentrionale
depuis l’an 1751 à 1761
JOSEPH-CHARLES BONIN
Compagnie des canonniers-bombardiers du Canada
Édition revue et corrigée par Pierre Bonin
Nouvelle édition avec un album photos
Récit historique, Collection du domaine public
de la Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, Québec, 20 mars 2009, 358 pages.
ISBN 978-2-89612-283-7
La guerre du Mexique de 1862 à 1866
Journal de marche du 3e régiment des
chasseurs d’Afrique
PAUL LAURENT, capitaine, 3e régiment des chasseurs
d’Afrique
Édition revue et
corrigée par Pierre Bonin
Récit historique, Collection du domaine public
de la Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, Québec, 12 août 2009, 386 pages.
ISBN 978-2-89612-304-9
Collaboration médias
Ces Québécois qui ont fait la Légion étrangère, Pierre
Bonin,
Dossier : Aventuriers et aventurières,
Cap-aux-Diamants,
Revue d'histoire du Québec, No 90 - Été 2007, Québec.
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Pierre Bonin
Pierre Bonin se fera un plaisir de lire
et de répondre personnellement à vos courriels.
Voici son adresse électronique :
pierre-bonin@videotron.ca
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historique, Pierre Bonin,
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